Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à Kaboul un mardi matin à 7h15 sur un vol Ariana Afghan Airlines en retard de trois heures. L'aéroport international Hamid Karzai était surpeuplé, chaotique, avec des familles assises à même le sol et des militaires un peu partout. La file d'attente pour les visas a pris quatre heures. Première galère : notre guide prévu n'était pas là. Après quelques appels tendus, un homme nommé Rashid s'est présenté vers 11h30, confus mais sympathique. L'hôtel Serena Kabul, où nous avions réservé pour six nuits, se trouve dans le quartier de Wazir Akbar Khan. Les murs sont très hauts, les portiques de sécurité inévitables. La chambre était propre mais froide — impossible de régler le chauffage correctement. L'odeur de diesel des générateurs imprégnait le couloir. Petit déjeuner à 6h30 : oeufs brouillés, pain naan chaud sorti du tandoor, confiture de grenade. Environ 15 euros pour deux. Les bazars et leurs labyrinthesNous avons passé deux jours entiers au Chicken Street Market, où les vendeurs nous accostaient toutes les deux minutes. Un homme nommé Ahmad nous a suivis pendant 45 minutes pour nous vendre des tapis — pas agressif, juste insistant. L'odeur là-bas était écrasante : mélange de mouton grillé, d'épices crues et de cuir neuf. Les prix affichés n'avaient aucun rapport avec la réalité. Un pashmina « authentique » demandeait d'abord 80 euros, négocié à 18 euros après une heure de discussion. Le Restaurant Kabul nous a reçus pour le dîner un jeudi soir. Nous avons mangé du qabuli palaw (riz avec pois chiches et viande) pour 12 euros, et de l'aushak (raviolis afghans couverts de yaourt et sauce tomate) pour 8 euros. La viande avait un goût très prononcé, presque trop riche. Le thé à la menthe qui a suivi était sucré à l'extrême mais réconfortant après une journée de marche. Le Musée national et ses trous de mémoireNous y sommes allés un mercredi matin à 9h. Les vitrines contenaient des pièces magnifiques — statues bouddhistes, manuscrits du 9e siècle — mais beaucoup d'étiquettes manquaient. Des deux salles réputées, une était fermée depuis deux ans pour travaux. Nous avons ressenti un malaise face à cette collection fragmentée, vestige des destructions des décennies précédentes. Un gardien nommé Omar nous a expliqué, non sans fierté, quels objets avaient été cachés souterrainement pour survivre. Ce moment a été étrange : la fierté mélangée à la cicatrice. Le soir, nous avons pris le taxi jaune (n° 342, selon le chauffeur) pour rejoindre le Blue Mosque de Mazar-i-Sharif... non, en réalité nous avons changé d'avis. La route était dangereuse, les routes hors Kaboul demandent une préparation spéciale. Nous avons opté pour un café au centre : le Coffee Republic Kabul. Expresso serré, vraiment bon, 3 euros. Une femme afghane s'y cachait discrètement avec son voile; une autre lisait un livre seule à la table voisine. Ces gestes quotidiens sont des actes de résistance silencieuse. Les difficultés de terrainNotre plus grosse galère : nous voulions visiter la Citadelle de Bala Hissar le vendredi matin. En route, une fourgonnette de police nous a arrêtés. Rashid, notre guide, a dû donner notre noms et passports. Vingt minutes de tension absolue. L'officier nous a finalement laissés partir sans explication. Nous avons annulé la visite, trop stressés. Cela nous a rappelé que nous n'étions pas juste des touristes lambda. Les appels à la prière s'entendent partout, cinq fois par jour, amplifiés à très haut volume depuis les mosquées. La première fois, vers 5h du matin, cela nous a réveillés en sursaut. Après trois jours, c'était presque normal, étrangement rassurant. Le son des haut-parleurs rappelle qu'on est très loin de chez soi. Nos derniers jours ont été consacrés à des ballades en voiture blindée à travers le Parc Kabul, un endroit ordinaire avec des enfants qui jouaient au football malgré le froid. Des femmes vendaient du maïs grillé. Pas de scène de film d'action, juste la vie. Un homme nous a proposé une tasse de chai. Nous avons accepté, assis sur un banc en ciment, les mains autour du verre pour se réchauffer. Cinq minutes gratuites, aucune transaction, juste une hospitalité mue par rien d'autre que la politesse.
Les bons plans repérés sur place.
Chicken Street Market le matin avant 10h (avant que la foule ne devienne insoutenable)
Musée national de Kaboul, section des monnaies anciennes, souvent vide
Restaurant Kabul pour l'aushak, à commander deux heures à l'avance
Parc Kabul en fin d'après-midi, pour le chai gratuit et les enfants qui jouent
Blue Mosque à Mazar-i-Sharif si vous avez le courage (4h de route, nécessite guide)
Photos — Kaboul
Et au final.
Kaboul nous a brisés un peu et rassemblés un peu. Ce n'est pas une destination touristique au sens classique. Le contexte géopolitique pèse sur chaque instant. Nous n'avons pas eu la liberté de mouvement qu'on espérait, et la sécurité reste une préoccupation constante. Mais les gens que nous avons rencontrés — Ahmad, Omar, Rashid, l'inconnu du parc — nous ont montré une générosité sans détour qu'on n'oublie pas.








