Comment ça s'est passé.
On débarque à l'aéroport L.F. Wade International aux Bermudes un lundi 7 h 30 du matin, les jambes molles après 6 heures de vol direct avec Air Canada. Je respire cet air humide, presque sucré—le sel et la végétation tropicale, c'est immédiat. Le taxi jusqu'à notre guesthouse The Rosewood à Hamilton coûte 50 CAD (35 euros), un prix qui donne le ton. Les taxis n'ont pas de compteur ici, tout est forfaitaire. Bienvenue aux Bermudes. On choisit de loger en guesthouse plutôt qu'à l'hôtel principal pour économiser. The Rosewood, rue Church, propose des chambres à 180 USD la nuit (165 euros). C'est basique mais propre, accueil chaleureux de Patricia qui nous conseille aussitôt d'éviter le ferry de 8 h car il « est toujours en retard »—ce sera vrai trois jours plus tard. Hamilton elle-même déçoit un peu au premier abord. C'est une petite capitale, très ordonnée, avec Front Street où s'alignent les boutiques de luxe (Gucci, Prada) sans âme particulière. Les habitants se déplacent en scooter électrique—interdit avant 16 ans, très réglementé. On repère vite que les Bermudiens sont attachés à leurs traditions : chemises rose bonbon le vendredi pour les hommes, accent anglais affirmé, politesse très formelle. Le coût de la vie est dingue. Un café au Miles Market (chaîne locale) : 5 USD. Un repas au restaurant The Spot (cuisine locale) : 35 USD le plat. Le deuxième jour, on prend le bus pink-and-blue numéro 1 (1,50 USD) jusqu'à Horseshoe Bay. La plage est effectivement rose—le sable contient des fragments de corail et de coquillage. Je me baigne dans cette eau à 22 °C, limpide et fraîche. Pas surpeuplé en septembre. Les familles bermudiens y sont en majorité, peu de touristes. Un moment marquant : on rencontre Jean-Paul, un retraité français installé depuis 25 ans à Saint George. Il nous invite à prendre un verre au Swizzle Inn (rue York, Saint George) où on goûte le Dark & Stormy (rhum local Gosling, ginger beer, glaçons) pour 14 USD. Le goût est légèrement épicé, l'alcool brûle doucement. Jean-Paul nous parle de l'ouragan qui a frappé en 2003, du sentiment d'isolement sur cette île. Conversation qui sort de l'itinéraire touristique habituel. Saint George, la plus vieille ville anglaise de toute l'Amérique du Nord (fondée 1609), valait vraiment le détour. Pas de bus direct depuis Hamilton, faut prendre le ferry (7 USD, 30 min). Ici, les ruelles sont étroites, pavées, avec des cottages peints en pastel (rose, bleu ciel, jaune clair). La lumière de fin d'après-midi accentue les couleurs. On visite la cathédrale Saint-Pierre, l'une des plus anciennes églises anglicanes, bâtie en 1612. L'intérieur est sobre, le toit en cèdre rosâtre reste impressionnant après 400 ans. Pas de foule—peut-être 10 visiteurs sur l'heure. La galère la plus grosse : le transport. On a voulu louer un scooter pour gagner en liberté. Contrôle rigoureux, assurance obligatoire, papiers à remplir à la location (35 USD/jour chez Oleander Cycles). Mais après une heure, crevaison sur la route vers Bermuda Railway Trail. Appel au loueur, attente 90 min sous un soleil de plomb. Frustration maximale. On abandonne l'idée et revient aux bus, moins rapide mais plus fiable. Nourriture locale : on goûte la soupe de poisson (fish soup) au restaurant Café Olé (5 dollars pour un petit bol) le mercredi midi. C'est du bouillon orange clair avec du poisson blanc, des crackers cassés dedans. Simple, réconfortant. Le cassava pie (tourte à la manioc et la viande) coûte 8 USD à la boulangerie Fourways Pastry. Moins excitant qu'annoncé. On préfère les fruits vendus au marché de Hamilton le samedi matin : bananes locales, papayes, fruits de la passion à prix normaux (2-3 USD le kilo). Derniers jours consacrés aux plages mineures, moins touristiques. Clearwater Beach au nord, accessible en bus (une chance d'avoir un driver sympa qui explique les bâtiments en passant). Warwick Long Bay aussi, où on croise des surfeurs locaux. L'eau est déjà plus fraîche fin septembre (20 °C). Le 10e jour, on quitte l'île. Le vol retour décolle à 10 h, tout est en retard évidemment.
Les bons plans repérés sur place.
Horseshoe Bay plage rose et Warwick Long Bay pour baignade paisible en septembre
The Swizzle Inn à Saint George pour Dark & Stormy et rencontres inattendues
Ferry Hamilton-Saint George (7 USD, 30 min) pour explorer l'architecture coloniale
Café Olé rue Court pour soupe de poisson locale sans prétention
Bermuda Railway Trail (ancienne ligne ferroviaire reconvertie) pour promenade à pied en altitude
Photos — Hamilton (capitale) + Saint George
Et au final.
Les Bermudes restent une destination attachante mais exigeante : les paysages côtiers et les plages rose justifient le détour, les habitants sont bienveillants, l'histoire coloniale tangible. Mais le coût prohibitif (on a dépensé 3000 euros à trois pour 10 jours) et la dépendance aux transports publics lents limitent vraiment la liberté de mouvement. Je ne reviendrais pas de sitôt.
