Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport de Pulkovo un mercredi matin, 6 h 45, après un vol Lufthansa éprouvant. Le taxi depuis l'aéroport vers notre hôtel (Park Inn by Radisson, canal Moyka) nous a coûté 900 roubles, soit 12 euros environ. Le chauffeur roulait vite, très vite, dépassait tous les camions sur l'autoroute M20. Je sentais l'odeur du diesel et des gaz d'échappement à travers la climatisation défaillante. Saint-Pétersbourg nous a frappés par le froid des façades et l'humidité qui sort du fleuve Néva. En juillet, il fait environ 22 degrés à midi, mais avec le vent de la Baltique qui remonte les canaux, on frissonne. Nous avons passé trois jours à faire la queue au Musée de l'Ermitage. Trois jours. La première file d'attente, vers 9 h du matin, prenait déjà deux heures avant les portes (entrée place du Palais). À l'intérieur, les galeries de peinture française du 18e siècle occupent deux ailes entières ; nous nous sommes arrêtés devant un Rembrandt particulier, un autoportrait où la lumière jaunit le visage. L'air du musée sent la cire et l'humidité muséale, cette odeur sourde qu'on retrouve partout en Russie quand les bâtiments ferment leurs volets l'hiver. Nous avons mangé à la cafétéria de l'Ermitage : soupe aux choux (shchi) à 280 roubles, poulet avec pâtes à 450 roubles. Ce n'était pas mauvais, juste fade. Plus tard, au restaurant Pashka, près de la cathédrale Notre-Dame-de-Kazan, nous avons commandé des escalopes de viande avec sauce (220 roubles chacune), du vrai kvas versé du tonneau (45 roubles). Le kvas, c'est sucré, fermenté, un peu aigre : ce goût qu'on n'oublie pas. Le moment qui nous a marqués, positivement celui-là : une nuit de promenade en bateau le long des canaux, départ à 22 h 30 du quai du jardin d'été. À cette heure-là en été, le ciel ne devient jamais vraiment noir, il reste bleu-gris. Les ponts s'illuminent au-dessus de nous, les fenêtres des palais Stroganoff et Youssoupov scintillent. Nous étions seuls avec deux couples allemands. Le pilote, un homme d'environ 60 ans qui écoutait de la musique pop russe sur un petit haut-parleur, s'endormait par intermittence sur son volant. Mais il y a eu des galères. D'abord, ma compagne a perdu son passeport au musée de la forteresse Pierre-et-Paul. Nous avons dû nous présenter à l'ambassade française, rue Furstattskaya. Le bâtiment était verrouillé, mais un garde derrière un grillage nous a indiqué d'appeler un numéro. Deux heures d'attente en ligne avec des Russes qui criaient en arrière-plan. Ensuite, le bus n° 11 qu'on devait prendre pour la gare de Vitebsk ne s'est pas présenté. On a attendu 45 minutes sous une pluie fine et froide. Quand il est arrivé, il était tellement blindé que seuls nos bras rentraient dedans. Nous avons visité le palais de Catherine, à Pouchkine, via le train de banlieue depuis la gare de Vitebsk (billets à 30 roubles l'aller). Le trajet dure 25 minutes. Le palais lui-même est une démonstration d'excès rococo : 300 salles, dorures partout, les plafonds peints avec des angelots joufflu très kitsch. Le jardin, lui, reste magnifique malgré les travaux de restauration : des fontaines en forme de sculptures dorées, des bassins où on peut voir les reflets des saules pleureurs. Nous avons terminé nos dix jours en flânant sur la perspective Nevski, achetant des souvenirs matriochka au marché Sennaya. Un vendeur nous a proposé des icônes « authentiques » pour 500 roubles, puis a baissé le prix à 200 quand nous avons dit non. C'était du plastique peint récent, évidemment.
Les bons plans repérés sur place.
Musée de l'Ermitage (place du Palais) : ses galeries de peinture française et son autoportrait de Rembrandt unique
Croisière nocturne sur les canaux depuis le jardin d'été (départ 22 h 30 en été, pont Prince Vladimir
Palais de Catherine à Pouchkine (train banlieue gare Vitebsk, 30 roubles) : les 300 salles dorées et les fontaines du jardin
Restaurant Pashka près de la cathédrale Notre-Dame-de-Kazan : escalopes et kvas frais du tonneau
Forteresse Pierre-et-Paul en fin d'après-midi pour éviter les groupes de touristes chinois
Photos — Saint-Pétersbourg
Et au final.
Saint-Pétersbourg m'a offert des moments de beauté pure, surtout ces nuits blanches où la ville se reflète dans les canaux. Mais c'est aussi une ville fatiguante, froide, où la bureaucratie vous épuise et où les files d'attente semblent être le vrai patrimoine de l'Ermitage. Je n'y retournerais pas immédiatement, mais je n'oublierai pas le goût du kvas ni ces ponts qui se dressent la nuit.








