Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport José Martí le 15 mars à 14h30. Le taxi collectif Viazul nous a coûté 25 CUP (environ 1 euro) jusqu'à la station centrale. Première impression en sortant du véhicule : une odeur de gaz d'échappement mélangée à celle de l'essence bon marché, typique des années 1950 qui s'attardent dans les rues. Nous avons réservé la Casa Particular « La Bella Aurora » dans le quartier de Centro Habana, à deux rues de la Cathédrale. Ramón, le propriétaire, nous a averti d'emblée : pas d'eau chaude entre 18h et 7h. Un détail qu'on aurait préféré connaître avant. La chambre, 45 CUC la nuit (environ 40 euros), était correcte : ventilateur bruyant mais efficace, draps propres, mais pas de climatisation. La Havane Vieja : entre romance et réalitéLe premier matin, levés à 6h30 pour voir le soleil se lever depuis le Malecón. La température était déjà de 28°C, l'humidité étouffante. Nous avons marché jusqu'à la Plaza de Armas, admiré les façades pastel de la Fortaleza de la Real Fuerza. Petit déjeuner chez « El Floridita » : un café cubain (cortadito) à 1,50 CUC et un croissant rassis à 2 CUC. Le barman nous a parlé de Hemingway comme s'il était venu hier. C'est vrai qu'il y a une plaque à son nom, mais la magie touristique s'arrête là. Le moment marquant : en traversant la rue Obispo, nous avons été « accostés » par un jeune homme proposant des cigares « vrais » à 50 CUC. Nous avons refusé. Trois minutes plus tard, le même gars nous a suivi en disant que 20 CUC était possible. On a appris plus tard à la Casa que 95% de ces cigares sont des contrefaçons. Galère classique du touriste. Le Museo de la Revolución (entrée 8 CUC) était fermé de 13h à 15h. Nous avons perdu deux heures à attendre. À l'intérieur : des photos jaunies, des uniformes de Fidel, une ambiance glaciale. Moins impressionnant qu'on ne l'imaginait. Trinité : trois jours de dépaysement réelNous avons pris le bus Viazul departing à 8h15 de la gare Estación Central (Terminal de Ómnibus Nacionales). Six heures jusqu'à Trinité, 25 CUC par personne. Le bus était climatisé mais bondé. Une dame avec des poules vivantes s'est assise à côté de nous. L'odeur d'urine de poule s'est incrustée dans nos vêtements. Trinité nous a soufflé. Pas de touristes, pas de restaurants avec menu en trois langues. Nous avons mangé chez « La Botija » (une minuscule gargote de la Plaza Mayor) : un ropa vieja authentique à 4 CUC, un jus de goyave frais pour 1 CUC. La grandmère qui cuisinait avait 87 ans et nous a servis en souriant. Cet instant valait vraiment le détour. Le 19 mars, nous avons gravi le Convento de San Francisco : escaliers usés, vue sur la vallée de los Ingenios depuis le clocher. La pierre était chaude sous les pieds, l'air sec et sucré (canne à sucre qui fermente dans les champs). Aucun panneau explicatif, aucun groupe de touristes. Juste nous et le silence. Retour à La Havane et galères finalesLe retour à La Havane par bus Viazul le 22 mars : trois heures de retard. Pas d'annonce, pas d'explication. Les Cubains attendaient avec fatalisme. Nous, on rongeait notre frein, pressés pour notre vol de retour à 23h. Arrivés à 17h30 au lieu de 14h30, nous avons couru à l'hôtel, récupéré les bagages. Dernier repas chez « Dos Hermanos » (restaurant paladars, cuisine maison) : ceviche de poisson à 8 CUC, mojito à 3 CUC. Servi par Miguel, 62 ans, qui nous a parlé de sa fille à Miami. Un moment de connexion humaine avant le départ.
Les bons plans repérés sur place.
Plaza Mayor de Trinité au lever du soleil (6h45) : zéro touriste, cloches de l'église qui sonnent
Cortadito chez El Floridita, Obispo 557 : 1,50 CUC, vrai goût d'espresso cubain
Convento de San Francisco, Trinité : escaliers en pierre usée, vue sur la vallée de los Ingenios
Ropa vieja de La Botija (Plaza Mayor, Trinité) : 4 CUC, cuisiné par une abuela de 87 ans
Malecón au coucher du soleil (18h45) : odeur d'eau salée, brise tiède, couples enlacés qui ignorent les touristes
Photos — La Havane et Trinité
Et au final.
Cuba, c'est brut et beau en même temps. Pas d'Instagram, juste du réel. Mais il faut accepter l'imprévisibilité : les bus qui retardent, l'eau chaude sporadique, les demi-mensonges des rabatteurs. En revanche, Trinité valait chaque minute du trajet. À refaire, mais avec moins d'illusions touristiques.
