Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport de Dubrovnik un matin de septembre, vers 7 h 30. L'air était déjà chaud, étouffant presque. En sortant du terminal, l'odeur du sel marin mélangé aux gaz d'échappement des taxis nous a frappés immédiatement. J'ai pris le bus numéro 1A de la compagnie Libertas jusqu'au centre-ville, 10 kunas le trajet, environ 1,30 euros. Le bus était rempli de touristes allemands et de quelques locaux qui regardaient leurs téléphones sans sourire. Notre hôtel, le Neptun, se trouvait Pile Street, juste avant la porte Vrata od Pila de la vieille ville. La chambre donnait sur la rue, bruyante jusqu'à minuit. Le patron, Marko, un homme d'une soixantaine d'années aux cheveux gris, nous a prévenu d'emblée : « Les prix ont monté, tout le monde vient maintenant à cause de cette série télé sur les trônes. » Il parlait de Game of Thrones, bien sûr. Une nuit coûtait 480 kunas, soit environ 65 euros pour une double standard. Premiers pas dans Dubrovnik : déception et calculsLe premier jour, nous avons marché dans les ruelles de la vieille ville. Les murs en pierre calcaire brillaient sous le soleil de midi. Nous nous sommes assis à la terrasse du café Stara Kota, face à la mer. Un espresso coûtait 15 kunas, un jus d'orange frais pressé 25 kunas. Pas cher, mais le serveur nous a fait comprendre que nous devions consommer davantage. Un couple de Français assis à côté de nous a payé 180 kunas pour deux bières artisanales. C'est là que j'ai réalisé : Dubrovnik n'était plus la destination discrète qu'elle avait été. Nous avons visité le Palais du Recteur l'après-midi. L'entrée coûtait 100 kunas. À l'intérieur, c'était étroit, oppressant presque. Les murs sentaient l'humidité et la vieille pierre. Un groupe de touristes espagnols criait en prenant des selfies devant chaque fenêtre. Une femme âgée, guide en noir, parlait dans un microphone de l'histoire médiévale, mais personne n'écoutait vraiment. La galère des transport : bus, billets et malentendusLe deuxième jour, nous avons voulu aller à Cavtat, un village côtier au sud. Nous avons pris le bus numéro 10 à la gare routière de Dubrovnik Autobusni kolodvor, vers 9 h. Le trajet durait 45 minutes. Le billet était 30 kunas par personne. Mais le chauffeur ne parlait pas un mot d'anglais, et nous n'avions pas précisé la destination à l'achat. Il nous a laissés à la mauvaise arrêt, à 2 kilomètres du centre de Cavtat. Sous le soleil, sans eau, nous avons marché. Ma femme a maugréé les trois quarts du trajet. À Cavtat, nous avons déjeuné au restaurant Kolona, sur la plage. Poulpe grillé, 120 kunas. Calamars, 95 kunas. Une carafe de vin blanc local, très acide, 80 kunas. L'assiette était généreuse, mais le goût salé du poulpe a laissé une sensation âpre en bouche pendant des heures. Le serveur, un jeune homme d'environ 25 ans, nous a parlé de son rêve d'aller en Allemagne pour le travail. « Ici, pas d'avenir », a-t-il dit en souriant jaune. Split : l'authenticité recouverte de bétonNous avons pris le ferry Jadrolinija vers Split le quatrième jour. Le bateau partait à 8 h 30 de la port Gruž de Dubrovnik. La traversée durait trois heures. Le trajet côtier était magnifique, avec les îles de Lopud et Šipan qui émergeaient de la mer turquoise. Mais la cabine sentait le carburant et la poisson. Beaucoup de passagers vomissaient discrètement. Split nous a surpris. Moins touristique que Dubrovnik, mais aussi plus froid, plus désabusé. Le Palais de Dioclétien était moins visité, ce qui était agréable. Nous avons loué une chambre chez Ivo's Place, une maison traditionnelle reconvertie en guesthouse près de la cathédrale. 400 kunas la nuit. Ivo lui-même, un homme de 55 ans environ, nous a cuisiné un petit-déjeuner de burek aux épinards, une pâtisserie feuilletée salée qui était vraiment bonne, mais tellement lourde qu'on n'a pu manger qu'à midi. Nous avons passé quatre jours à Split. Nous avons visité les îles de Brač et Hvar en bateau. Le ferry partait à 10 h du port Gradska luka, billet 45 kunas. Hvar était pire que Dubrovnik en termes de concentration touristique : tous les restaurants étaient des pièges. À la pizzeria Gariful, une pizza margarita ordinaire coûtait 85 kunas. Nous avons vu le coucher de soleil depuis la forteresse Španjola, perchée à 270 mètres d'altitude. C'était le moment où j'ai senti que la Yougoslavie que nous cherchions à découvrir avait disparu, recouverte par une couche de tourisme commercial. Le retour à Dubrovnik en bus de nuit, le dernier jour, a été inconfortable. Le bus numéro 600 partait à 21 h 30, cinq heures de trajet, 120 kunas. Les sièges étaient recroquevillés, les toilettes bloquées à partir de minuit. Nous avons arrêté dans une station-service où le café était immonde. Nous sommes arrivés à 3 h 45 du matin, exténués.
Les bons plans repérés sur place.
Pile Street à Dubrovnik : accès direct à la porte de la vieille ville, hôtel Neptun avec vue imprenable (réserver tôt, très demandé)
Cavtat en bus numéro 10 depuis Dubrovnik : village côtier moins surpeuplé, plages de galets, restaurants abordables loin des rues principales
Ferry Jadrolinija Split-Dubrovnik : trois heures de traversée côtière, billets 45-60 kunas, partir tôt le matin pour éviter la foule
Palais de Dioclétien à Split : entrée 50 kunas, visiter le matin avant 10 h, le souterrain est cool et moins bondé
Île de Brač, plage Zlatni rat : direction Bolska Vodiča depuis Split, sable d'or distinct, eau cristalline, aucune infrastructure commerciale lourde
Photos — Dubrovnik, Split
Et au final.
La Yougoslavie côtière existe encore, mais diluée. Dubrovnik et Split gardent une vraie beauté architecturale et maritime, mais à un coût touristique élevé. Nous avons apprécié les moments loin des circuits principaux, les conversations avec les habitants. Cependant, nous avons aussi ressenti l'épuisement des gens locaux face à l'afflux touristique continu et les prix pratiqués. Une destination à explorer, mais en étant conscient que l'authenticité qu'on cherche s'efface année après année.
