Comment ça s'est passé.
On a atterri à Wattay International Airport un jeudi matin vers 10 h 30, l'air était lourd, 32°C avec une humidité collante. La minibus jusqu'à Luang Prabang (trajet de 30 km, environ 50 000 kips par personne) a pris deux heures à cause d'une poule sur la route et du chauffeur qui s'est arrêté pour fumer trois fois. Notre hôtel, le Thoulasimexay, rue Khem Khong, avait une clim qui faisait un bruit de moteur d'avion, mais la propriétaire Noy nous a accueillis avec un vrai sourire et du café Laotien fort en chicorée. C'est devenu notre point de ralliement. Le premier matin, levés à 5 h pour voir les moines en saffran passer dans les rues de Luang Prabang. Pas de bousculade touristique à cette heure. On s'est postés près du Wat Xieng Thong (le temple doré, entrée libre à 5 h du matin) et on a regardé les mille ou deux cents moines défiler en silence, les pieds nus sur l'asphalte tiède. Une femme locale nous a tendu un panier de sticky rice et de bananes pour qu'on fasse l'offrande. Geste qu'elle a accepté en se proternant légèrement. Le parfum du bois d'encens qui sortait des temples s'accumulait dans l'air immobile. On ne l'oubliera pas. On a mangé au Couleur Café, petit établissement sur le quai du Mékong, qui sert des oeufs au plat avec du pain français pour 15 000 kips (moins de 2 euros). Le propriétaire, Khamphoui, parlait un français des années 1960, il nous a parlé pendant 45 minutes de l'époque coloniale. On était là seuls, les oreilles qui sifflaient à cause de la chaleur. Vers le quatrième jour, on a voulu louer des scooters pour faire l'excursion aux chutes de Kuang Si. Le loueur (petite échoppe sans nom rue Phouthabath) nous a donné deux motos qui sentaient l'essence bon marché. Une des deux est tombée en panne à mi-chemin. Voilà pour la galère. On a attendu deux heures au bord de la route, assis sous un cocotier, en mangeant des œufs de caille vendus par une grand-mère qui croquait ses graines de bétel en nous regardant. On a finalement pris un tuktuk pour remonter en arrière et échanger la moto. Les chutes elles-mêmes étaient jolies (entrée 20 000 kips), des bassins turquoise, mais remplies de selfies et de groupes organisés. Pas terrible sur ce coup-là. On a passé deux jours au Mékong Riverside Resort, petite structure tenue par des Laotiens, 25 dollars la chambre double. Le soir, on prenait des bières Beerlao (10 000 kips la bouteille) sur la terrasse en regardant le Mékong qui charriait des branchages. Le propriétaire, Bounhom, nous a arrangé une excursion privée en bateau vers les 4000 îles (Siphandon). On a roulé cinq heures vers le sud en bus local (ligne Vientiane-Paksé, compagnie Mekong Express), assis à côté d'une femme avec ses trois poules et un enfant qui crachotait. Les routes, c'était du gravier et des nids-de-poule. À Siphandon, on a loué une cabane basique sur l'île de Don Khon pour une nuit. Dîner au restaurant du coin : soupe de papaye verte (som tam), 25 000 kips, avec du riz gluant et du poisson du Mékong grillé qui sentait un peu fort. L'eau était tiède, marron, on ne voyait pas à 20 cm sous la surface. On a croisé deux dauphins d'eau douce l'après-midi, de loin, c'était vraiment impressionnant. Le retour vers Luang Prabang en bus s'est fait sans grand événement. On a une nuit passée à Thakhek, ville moyenne sur le Mékong, juste pour prendre un train touristique qui ne partait pas à l'heure prévue (deux heures d'attente, les horaires c'est relatif par ici). La gare de Thakhek est un bâtiment en béton rose datant des années 1980, peu engageant. Les derniers jours, on a flâné à Luang Prabang. Marché du matin (Phousi Market) : fruits tropicaux, fleurs de lotus, poisson séché qui pue bon. Massage thaï au Mekong Thai Massage pour 30 000 kips l'heure, masseuse qui parlait pas un mot d'anglais mais qui savait ce qu'elle faisait. Les pieds gonflés après deux semaines de marche, ça a fait du bien. Dîner d'adieu au restaurant L'Éléphant, cuisine française-laotienne, plat principal autour de 80 000 à 100 000 kips. Le vin était mauvais, mais la terrine de foie gras était acceptable.
Les bons plans repérés sur place.
Les moines en procession matinale dans les rues de Luang Prabang vers 5 h 30, avant l'arrivée des touristes organisés
Le Mékong en bateau privé au coucher de soleil, avec les bruits de la jungle et l'odeur de fumée de bois des villages riverains
Les 4000 îles (Siphandon), îles Don Khon et Don Det, pour respirer vraiment loin, dormir en cabane et croiser les dauphins d'eau douce
Le Wat Xieng Thong de Luang Prabang, temple principal de la ville, la nuit quand les projecteurs illuminent les murs dorés
Manger au marché de Phousi Market à Luang Prabang tôt le matin : fruits qu'on ne reconnaît pas, prix locaux (pas touristiques), atmosphère réelle
Et au final.
Le Laos, c'est vraiment un pays où on sent encore qu'on est loin du tourisme de masse, comparé à la Thaïlande voisine. Les gens sont calmes, curieux sans être envahissants. Mais il faut être patient : les transports sont imprévisibles, les services ont leurs propres horaires, et on n'échappe pas à l'humidité collante ni à quelques désagréments logistiques. Ça en vaut la peine, à condition de ne pas être trop pressé.
