Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à Kaboul un jeudi matin, après deux escales avec Ariana Afghan Airlines. L'aéroport international Hamid Karzaï sentait la poudre et l'essence. Dehors, 18 degrés, un froid sec qui pique les narines. Nous avons négocié un trajet en taxi blanc (modèle Toyota Corolla 2005, comme 80 % des taxis) jusqu'à l'hôtel Serena, où nous avions réservé une chambre double. Le chauffeur, un homme de soixante ans nommé Rashid, nous a parlé durant quarante minutes en dari, mime compris : ses enfants à Peshawar, ses trois ans sans sortir de Kaboul. C'était déjà l'Afghanistan. Le Serena surplombe la vallée. Les chambres datent des années 1990. Le petit-déjeuner (8 euros, naan aux œufs, miel local, thé noir) était servi dans une salle avec vue sur les collines brunâtres. Le premier matin, levés à 5 h 30 pour observer la lumière sur la mosquée Jamal al-Din al-Afghani depuis la terrasse. Rien de spectaculaire, juste le silence avant l'appel à la prière. Puis les klaxons ont commencé. La Vieille Ville et ses marchésDimanche, nous avons exploré le bazar de Kaboul. Nous ne nous attendions pas à trouver autant de monde. Les ruelles du Chahar Qala sont étroites, des épices s'entassent en pyramides jaunes et rouges. Odeur mélangée de cumin, d'œil de dromadaire (un fruit local), de gaz diesel. Le vendeur de qabuli palaw (riz aux pois chiches et raisins secs) nous a fait goûter pour 1,50 euro. C'était bon, gras, des morceaux de viande qui fondaient. Nous avons acheté des écharpes, des noix. Un homme a essayé de nous vendre des pièces de monnaie soviétiques « authentiques » : clairement du faux, mais sympathique. Mardi, galère majeure : on s'est perdus dans le dédale du bazar et notre guide Sohrab n'était pas joignable (problème de réseau). Nous avons tourné en rond pendant deux heures. Une femme en burqa bleu turquoise nous a finalement mises sur la bonne route en nous prenant la main. Elle n'a pas accepté l'argent qu'on lui proposait. Bala Hissar et les ruinesMercredi, nous avons pris le minibus n° 7 (départ gare centrale, 0,30 euro) jusqu'aux ruines de Bala Hissar, la forteresse surplombant la ville. Trois étages de murs effondrés, des obus encore visibles dans les pierres. La température avait grimpé à 22 degrés. Vue sur toute Kaboul depuis les remparts. Un enfant nous a suivi cinquante mètres en demandant des bonbons. Son T-shirt était déchiré. Nous avons donné nos barres énergétiques. Nourriture et restaurantsLe restaurant Sarkhas (rue Jadeh Maydan) servait un afghan plate complet : poulet frit, naan frais, raita (concombre-yaourt), pour 3 euros. Bon marché. La nuit, vapeur qui monte des assiettes. Goût poivré, légèrement aigre. Les restaurants n'ont pas d'alcool ; nous avons bu du jus de grenade frais. Le café Mesh Café (quartier Wazir Akbar Khan) avait du wifi correct et du kapuchino (2 euros). Espace plus calme. Beaucoup d'étudiants avec des ordinateurs portables. Vendredi, nous avons essayé le restaurant Pamir (spécialités du nord) : qabuli palaw, shorba (soupe d'agneau). Ambiance bruyante, murs verts, une télévision diffusait un match de cricket. Le prix total pour deux : 9 euros. Bon rapport. Musée National et détails cachésJeudi, nous avons visité le Musée National d'Afghanistan (accès rue Khesht). Les vitrines manquent de chauffage. Les Bouddhas de Bamiyan ont été détruits en 2001 ; on peut voir les photos avant-après. Un conservateur nous a montré des pièces en lapis-lazuli. Son bâtiment, c'est son domaine. Il parlait avec fierté de la collection textile du IXe siècle. Droit d'entrée : 1,50 euro. Notre plus grande déception : le plan d'aller jusqu'à Ghazni (bus Afghan Ariana, 6 heures, 5 euros) a été annulé. Le minibus ne partait pas à cause d'un problème mécanique. Le chauffeur nous l'a annoncé une heure avant le départ. Nous avons dû rester deux jours de plus à Kaboul. Moments et sensationsSamedi soir, conversation avec Sohrab autour du thé vert (serveur murmure, lumière tamisée, température chaude tasse contre les paumes). Il nous a parlé de 1980, des Soviétiques, de ses frères décédés. Pas de dramatisation. Juste les faits. C'était difficile. Nous avons écouté sans vraiment savoir quoi répondre. Le dernier jour, marche matinale vers le palais de Darulaman. Bâtiment imposant, en ruine depuis les guerres civiles. Les fenêtres sans vitres laissent passer la brise. On entend les pigeons. Solitude complète. Nous avons grimpé jusqu'au toit : les collines de Kaboul s'étendaient sous un ciel gris-beige. Pas d'autre touriste visible. C'était le moment où on a senti quelque chose, une forme de gravité liée au lieu, pas de mots magiques, juste la réalité.
Les bons plans repérés sur place.
Bazar de Chahar Qala : jus de grenade frais pressé en direct, 0,50 euro le verre, vendeur qui sourit
Ruines de Bala Hissar : reste 2 heures minimum pour monter aux remparts et voir la vue
Restaurant Sarkhas : Afghan plate à 3 euros, servi à 19 h précises, commencer par appeler avant
Musée National : lapis-lazuli du IXe siècle, fermé lundi et mardi, entrée nord via rue Khesht
Minibus n° 7 depuis gare centrale : 0,30 euro jusqu'à Bala Hissar, derniers départs avant 17 h
Photos — Kaboul
Et au final.
Kaboul n'est pas facile. On ne revient pas en rêvant d'y retourner demain. Mais les gens, leur résilience simple, l'hospitalité sans calcul, ça reste. On regrette de ne pas avoir eu plus de temps pour le nord. La sécurité était un souci constant aussi.








