Comment ça s'est passé.
Levée à 5 h 30 à Nouakchott pour prendre le minibus Air Mauritanie qui devait partir à 6 h vers Atar. Il est parti à 8 h 15. Le chauffeur, Abdoul, a klaxonné trois fois avant de vraiment démarrer. La route du nord traverse un désert plat et monotone, puis les dunes commencent à onduler autour de Chinguetti, la vieille ville caravanière à 430 km de la capitale. J'ai descend à l'hôtel Sahara Nights, rue principale, chambre 7 avec eau chaude aléatoire et un ventilo qui vibrait. 15 000 ouguiya la nuit (35 euros). Le tenancier, Mohamed, m'a prévenu tout de suite : « Les filles seules, pas de problème ici, mais ne traîne pas après 20 h près de la mosquée. » Honnête. Le soir, j'ai mangé chez Amina, une femme qui fait des plats depuis sa cour. Un thiéboudienne (riz-poisson) vraiment lourd, avec des arêtes partout, mais savoureux, oignons caramélisés, 3 000 ouguiya. Pas cher, pas bon marché : juste mangeable. L'odeur du poisson fumé flottait sur toute la ruelle. Jour 2 : j'ai loué un 4x4 avec Hamadi, guide local qui fumait des cigarettes Marlboro du matin au soir. Il m'a emmenée voir la bibliothèque ancienne de Chinguetti, des manuscrits du XVe siècle encore là, dans des vitrines en bois. Franchise : le bâtiment est vétuste, il fait trop chaud, les textes jaunissent. Pas dépaysant, juste triste. 5 000 ouguiya l'entrée. Ensuite, nous avons roulé jusqu'à Oualâta, 260 km vers l'est, pour voir les maisons peintes. Hamadi conduisait vite, trop vite. Panne de climatisation à mi-route. J'ai sué comme je n'avais jamais transpiré. L'air devait frôler les 50°C. À Oualâta, les façades ocre et bleues des maisons coloniales sont encore visibles, mais beaucoup s'effondrent. Un enfant nous a demandé de l'argent au moins six fois en une heure. Ça m'a gonflée. Jour 3-4 : retour à Chinguetti. J'ai loué un chameau avec Bouna, un Bédouin taciturne qui vivait à la périphérie de la ville. 8 000 ouguiya pour deux jours. L'animal sentait fort, un mélange de sueur de chameau et de fumier sec. J'ai cru que je tombais plusieurs fois en montant. Bouna riait chaque fois en silence. Les nuits dans le désert ont été froides, surprenantes après les journées étouffantes. Nous avons dormi sous une tente berbère près de puits d'Araouane. Le pain maure (aïch) grillé sur le feu et le thé sucré à outrance : c'était bon, réellement bon, mieux que n'importe quel restaurant de Chinguetti. Mais mon dos a souffert, et j'avais du sable partout, dans les cheveux, entre les dents, dans mon sac. Jour 5 : visite du marché central de Chinguetti, très tôt, vers 6 h. Étals de dattes, de fromage mou blanc, de tomates venues de l'Algérie. Les vendeurs criaient les prix, 50 ouguiya une mangue, 200 ouguiya le kilo de tomates. J'ai acheté une brique de lait frais au vendeur Hassan, qui m'a reconnue du premier jour. L'ambiance était vivante, certes, mais je me sentais observée en permanence. Une femme mauritanienne avec ses enfants m'a abordée pour me vendre des bracelets. Refus poli trois fois avant qu'elle n'abandonne. Jour 6-7 : Atar, plus au nord. Bus via une compagnie locale dont j'ai oublié le nom, 4 h de route sur une piste creusée. À Atar, j'ai dormi à l'hôtel Al Karama, moins cher (10 000 ouguiya), mais aussi moins propre. L'eau du robinet était brune. Les rochers de Tamanrasset dominaient la petite ville. Une excursion en 4x4 le matin avec un autre guide, Alhassane, qui parlait français avec un accent du nord québécois inexplicable. Les gravures rupestres de la région, dans des grottes, datent de 8000 ans. Impossible de dater précisément en les regardant : juste des silhouettes de gazelles et d'hommes tracées à l'ocre. Moins spectaculaire que je ne l'imaginais. Jour 8-10 : retour progressif. Trop fatigué pour Nouadhibou. Un dernier repas matelote (soupe de poisson local) au restaurant Le Désert, avenue centrale d'Atar, 4 000 ouguiya. Gras, copieux, avec des piments qui piquaient. Puis minibus vers Nouakchott via Akjoujt, 9 h assis serré entre un homme qui ronfla et une femme avec trois sacs de plastique. Arrivée tard. Fatigue totale.
Les bons plans repérés sur place.
Bibliothèque ancienne de Chinguetti : manuscrits du XVe siècle fragiles, entrée 5 000 ouguiya, visite tôt le matin avant la chaleur
Nuit en tente berbère près du puits d'Araouane avec Bouna : dortir sur le sable, pain maure au feu, prix 8 000 ouguiya/jour
Marché central de Chinguetti à 6 h du matin : mangues à 50 ouguiya, observation des vendeurs de fromage blanc, vraiment animé
Roches de Tamanrasset près d'Atar : gravures rupestres anciennes, accessible en 4x4, moins impressionnant qu'attendu mais nécessaire
Restaurant Le Désert à Atar : matelote locale 4 000 ouguiya, plat copieux et épicé, teste la résistance digestive
Photos — Chinguetti
Et au final.
La Mauritanie m'a confrontée à un pays brut, sans filtres touristiques. Chinguetti et Oualâta restent belles, mais défraîchies, battues par le climat et le temps. Les gens ont été généralement bienveillants, juste fatigués. Je n'oublierai jamais les nuits au désert et le goût du thé sucré. Cela dit, dix jours, c'était juste : une semaine serait suffisante, et les conditions sanitaires m'ont inquiétée.
