Comment ça s'est passé.
Arrivée à 6h45 à l'aéroport international Jacksons de Port-Moresby après un vol Air Niugini de 5h30 depuis Brisbane. Les formalités d'immigration ont traîné deux heures — les douaniers vérifiaient chaque page de nos passeports avec une lenteur déconcertante. Une femme devant nous s'est fait refuser l'entrée sans explication. Premier choc : la chaleur moite et l'odeur acre de diesel mélangée à la transpiration dans le hall des arrivées. J'avais réservé deux nuits à l'Ela Beach Hotel, 45 minutes de trajet depuis l'aéroport. J'ai refusé les taxi-brousse qui s'agglutinaient à la sortie — réputés dangereux — et opté pour un Uber (35 PGK, soit 10 euros). Mauvaise idée. Le chauffeur a pris trois faux virages, ajoutant 20 minutes à la course, puis a prétendu que le GPS ne fonctionnait pas. Arnaques classiques. Port-Moresby : entre modernité et délabrementPort-Moresby est déconcertante. Des gratte-ciel climatisés côtoient des bidonvilles en tôle. Les rues du quartier central sont semi-désertes en journée — on nous conseillait de ne pas trainer dehors après 16h. J'ai pris le petit-déjeuner au café Summit (en haut du Centre Centre, une tour de bureaux), où un œuf-bacon-toast coûtait 28 PGK (8 euros). La vue était plate, la nourriture tiède. Les odeurs de cuisine asiatique provenant du restaurant d'à côté — ail frit, sauce soja — étaient bien plus alléchantes. J'ai visité le National Museum, petit musée feutré avec des masques Sepik derrière du verre dépoli (entrée 10 PGK). L'endroit était quasi vide. Le vigile semblait endormi. Trois salles seulement, mais j'y ai vu des objets cérémoniels authentiques, des tas de flèches gravées dont les motifs m'ont fasciné pendant une heure. C'est là que j'ai compris que je ne venais pas pour Port-Moresby. Vers la vallée du Sepik : loin de toutAu matin du troisième jour, vol domestique Air Niugini vers Wewak (55 minutes, 89 USD). Petit Dash 8 bondé, enfants qui pleuraient, pas d'air frais. L'arrivée à Wewak fut un soulagement. Un guesthouse local, le Windjammer, m'accueillit pour 60 PGK la nuit. Femme popa adorable, petit-déj inclus : papaye, pain blanc avec de la margarine bon marché. L'odeur de la jungle était déjà présente — humus, feuilles pourries, traces d'encens. J'ai négocié une excursion en pirogue motorisée avec un guide nommé Joseph (ancien prof de biologie reconverti en tourisme). Départ à 5h du matin du pont de Wewak. Six heures de navigation sur le Sepik, moteur deux-temps crachotant, trois autres touristes australiens à bord que je n'ai pas choisis. Le prix : 150 PGK (43 euros) pour une journée complète avec repas. Le Sepik n'est pas transparent comme on l'imagine. L'eau est brun foncé, tantôt huileuse. On croisait d'autres pirogues de pêcheurs, des enfants nus plongeant depuis des rives embourbeées. Joseph nous a menés au village de Kanganaman, reculé de 45 minutes du fleuve. Les maisons sur pilotis, les coques de pirogue partout, des poules maigres et des chiens errants. Les habitants nous observaient avec curiosité muette — pas une once de sourire de bienvenue commercial. C'était brut. Un enfant d'environ 8 ans nous a crié quelque chose qu'on n'a pas compris. Joseph a dit que c'était une blague sur notre peau pâle. Repas au village : poisson fumé, riz blanc, bananes vertes cuites. La viande avait un goût prononcé, faisandé, presque rance. Une des touristes australiennes a vomi discrètement derrière une case. Moi, je suis resté souriant, même si mon estomac protestait. Moment marquant : retour au coucher du soleil. Le ciel s'était teint en orange-rose, et le Sepik reflétait cette lumière dure. Joseph a coupé le moteur pour laisser la pirogue dériver. Silence complet sauf le clapotis. Trois minutes sans parler. Je suis resté à regarder les libellules traverser le fleuve. C'est probablement pour ça que j'étais venu. J'ai passé quatre nuits supplémentaires à Wewak, répétant des excursions similaires. La routine était usante. Les mêmes sites, d'autres groupes de touristes. J'ai dîné au restaurant Sepik Sunset (pâtes carbonara médiocres, 45 PGK) où l'propriétaire, un Australien d'âge mûr, m'a raconté qu'il y avait 20 ans qu'il vivait là. Il semblait amer, rongé par l'alcool. Retour à la réalitéDernier jour à Port-Moresby avant le décollage. Quatre heures à l'aéroport, dans une salle climatisée qui sentait le Lysol. J'ai acheté des sculptures en bois au marché Badili, près du port — trois petits masques pour 150 PGK au vendeur qui en demandait 400. Je ne sais pas si j'ai bien négocié ou si j'ai été arnaqué malgré tout.
Les bons plans repérés sur place.
Fleuve Sepik en pirogue motorisée au coucher du soleil — demander Joseph à Wewak
National Museum de Port-Moresby — les masques gravés Sepik (gratuit presque d'avoir la salle pour soi)
Village de Kanganaman : repas de poisson fumé local, expérience non-touristique (négocier à 120 PGK max)
Café Summit à Port-Moresby — seul endroit vraiment sûr pour traîner en journée, même si surfait
Marché Badili pour sculptures bois — arriver avant 10h, le stock disparaît
Et au final.
Papouasie-Nouvelle-Guinée m'a moins ravi que je l'espérais. Port-Moresby est trop dangereuse pour vraiment l'explorer, et la vallée du Sepik, magnifique deux jours, devient monotone après. Les coûts restent élevés pour la qualité. Mais ces moments fluviaux au coucher du soleil, cette rencontre avec des villages authentiquement isolés — pas de façade touristique — valaient le voyage.