Comment ça s'est passé.
On a débarqué à Téhéran un jeudi soir, vol Lufthansa LH602, bagages perdus pendant 36 heures. Première galère concrète : pas de préparation mentale pour l'absence de nos affaires. L'aéroport Khomeini était vide, un froid sec de 8°C nous a saisi à la sortie. On a pris un taxi privé (Snapp app) pour 180 000 rials, soit environ 4 euros, vers l'hôtel Parsian Azadi Tower où on avait réservé une chambre standard. Téhéran m'a déçu les deux premiers jours. La ville s'étend sur des kilomètres, grise, encombrée, le bruit des klaxons permanent. On a marché dans le quartier de Vanak, vu des femmes en mandil noir, d'autres en jeans et foulard transparent. Les contrastes visuels étaient là, mais sans donner ce sentiment d'harmonie qu'on attendait. Le Bazar de Téhéran était fermé le vendredi (jour saint). On s'est console avec du fesenjan au restaurant Sardar, rue Ferdowsi, un ragôut de grenade-noix absolument salé, prix 95 000 rials (2 euros). Le goût amer de la grenade était vivace, presque agressif au palais. Isfahan : quand la géographie sauve le voyage Bus de nuit Kasra, 8 heures de route, on a dormi assis. Arrivée à Isfahan à 6 h du matin. Le taxi du Terminus Kaveh nous a menés à l'hôtel Abbasi, un ancien palais converti, chambre 312 donnant sur la cour intérieure avec bassin. C'est là que le voyage a basculé. La Place Royale (Naqsh-e Jahan) s'étend sur 550 mètres. On l'a vue à 7 h 15, déserte, juste le soleil levant derrière la mosquée de l'Imam, ses quatre minarets bleus électrique. L'air froid sentait la poussière de brique et l'humidité du Zayanderud. On a compris pourquoi cette ville était capitale au XVIe siècle. Les arcades du bazar adjacent étaient encore fermées. On a attendu, assis sur un banc, 45 minutes, sans impatience. Le Bazar d'Isfahan s'ouvre rue Chahar Bagh, une avenue plantée de platanes centenaires. Dedans, le chaos contrôlé : vendeurs de safran en petits sachets (600 000 rials les 5 grammes), épices mélangées (odeur d'anis, de curcuma, de noix de muscade étouffante dans les passages étroits), vendeurs de tapis qui vous saisissent le bras. On a acheté des pistaches à un vendeur du coin est du bazar, 250 000 rials le kilo, salées et rôties, on les a mangées en marchant. L'homme nous a imposé un thé gratuit dans sa petite échoppe, sans demander. Moment touchant dans ce flot transactionnel. Le Pont Si-o-se-pol était notre repère quotidien. On y allait en fin d'après-midi, vers 16 h 30, quand les familles iraniennes arrivaient. Des enfants jouaient au foot avec une bouteille, des couples chuchotaient à l'ombre des arches de pierre. On s'est assis là avec des jus de grenade frais (15 000 rials le verre), respirant l'air plus frais venant de la rivière. Un homme nous a abordés, anglophone, « où vous venez ? », conversation honnête de 30 minutes, sans agenda commercial. Ça m'a rappelé que tourisme n'égale pas solitude. Les galères quotidiennes La monnaie iranienne est capricieuse. Les prix affichés ne correspondent jamais au prix réel. On a été arnaqué une fois au marché des épices, surcharge de 40 % sur une transaction de soie. On a lâché prise au lieu de négocier : fatigue, barrière linguistique, on n'avait pas l'énergie. Essayer de manger sans parler farsi, c'est compliqué. On s'est retrouvé avec du riz blanc et de la tripe hachée à la place d'un curry de poulet. Les restaurants n'avaient pas de menus en anglais. On s'est adapté, commandant « azesha » (brochettes) partout. Elles restaient notre valeur sûre : 120 000 rials pour deux brochettes de poulet, riz blanc, pain lavash grillé. Le dernier jour, la connexion internet d'Iran a été ralentie (mesures gouvernementales fréquentes). On s'est retrouvés sans accès à Google Maps pendant 4 heures. On a dû demander des directions à des passants, ce qui nous a fait découvrir une petite mosquée discrète, la Masjed-e Jame, fermée au public mais entrée tolérée. Architecture de strates : briques du XIe siècle, faïences du XVe, enduits modernes mal entretenus. Le contenu était brut, sans présentation touristique. Les immanquables, bruts Mosquée de l'Imam, point d'entrée Place Royale, arrive avant 8 h pour avoir les carreaux bleus sans touristes (entrée 200 000 rials) Le Pont Si-o-se-pol à la tombée du jour, apporte un livre ou un carnet, reste 2 heures Restaurant Reza, rue Khavaran, abat-jour orangé miteux, khorovats de mouton savoureux, commande « fesenjan-polow » si tu as faim Bazar d'Isfahan le jeudi en début de matin, jus de grenade fraîchement pressé au stand angle nord-est Ruelle derrière le musée du Tapis, quartier résidentiel ignoré des guides, conversations spontanées avec habitants
Les bons plans repérés sur place.
Place Royale à 7 h 15 du matin, juste avant l'ouverture du bazar, silence complet
Pont Si-o-se-pol fin d'après-midi, jus de grenade frais, discussion avec un inconnu iranien en anglais
Mosquée de l'Imam, entrée avant 8 h, les bleus de la faïence sans reflets de téléphones
Vendeur de safran du bazar, petit sachet de 5 grammes, discussion sans vente forcée, thé offert
Petite mosquée Masjed-e Jame, découverte accidentelle, briques du XIe siècle sans rénovation
Photos — Isfahan / Téhéran
Et au final.
Isfahan m'a ramené au voyage. Téhéran m'a montré les limites de cette vision touristique qu'on projette sur les villes. L'Iran n'était pas le paradis perdu ni l'enfer géopolitique. C'était juste une destination avec ses beautés réelles (les ponts, les espaces partagés familiaux, la céramique) et ses frictions banales (arnaque marchande, mauvaise connexion, fatigue de la circulation dense). Je recommande, mais sans attente.
