Comment ça s'est passé.
On a atterri à Moscou un mardi 6 h du matin avec Aeroflot, complètement épuisés après 4 h de vol depuis Paris. L'aéroport Domodedovo était bondé, et on a attendu 45 minutes à la douane — moment où j'ai réalisé qu'on ne parlait pas un mot de cyrillique au-delà de quelques mots. Premier choc : l'hôtel réservé sur Booking, le Petrov Hall près de la place Rouge, avait oublié notre réservation. On s'est retrouvés à négocier en anglais basique pendant 30 minutes à la réception avant qu'ils trouvent une chambre alternative. Les premiers jours, on a marché sans plan. La place Rouge, c'est massif — la Cathédrale Basile-le-Bienheureux avec ses bulbes colorés domine complètement. On a payé 500 roubles (5,50 €) pour entrer à l'intérieur. L'odeur d'encens mélangée à l'humidité froide des murs en pierre m'a frappée. La Galerie Tretiakov, on l'a trouvée plus prenante que prévu : 1 100 roubles pour voir les icônes et les tableaux de Kandinsky. On a mangé du bortsch (soupe de betteraves) au café Pushkin, rue Tverskaya : 380 roubles, copieux, le goût un peu salé mais rassurant. Choc de réalité : le métro de MoscouLe métro, c'est un labyrinthe. Les stations comme Belorusskaya et Komsomolskaya sont décorées comme des palais — murs en marbre, mosaïques soviétiques. Mais trouver la bonne ligne ? Impossible sans parler russe. On s'est trompés trois fois avant d'atteindre le Kremlin. Les gens ne sont pas aussi froids qu'on le dit, mais ils ne sourient pas non plus. Une femme âgée nous a aidés à lire le plan, sans demander, juste parce qu'elle voyait qu'on regardait bêtement les symboles. GUM, le grand magasin historique : on a flâné sans rien acheter, les prix sont salés (jeans à partir de 4 000 roubles). La galerie commerciale à trois étages scintille de luxe.Monastère Novodievitchi : 600 roubles, calme à côté de la fureur touristique du Kremlin. On a écouté l'eau de la Moskova qui gelait à peine en janvier.Musée des Cosmonautes : 550 roubles. La maquette de Spoutnik en vraie grandeur, c'est impressionnant même si le guide nous parlait sans vérifier si on comprenait.Quatre jours à Moscou, puis bus de nuit Megaroom vers Saint-Pétersbourg (2 200 roubles pour deux sièges). On n'a presque pas dormi — le chauffeur roulait vite, les chaussées russes secouaient la carlingue. Arrivée à 9 h à la gare de Vitebsk, gelés et croûtés. Saint-Pétersbourg : la vengeance de la beautéSaint-Pétersbourg, c'est plus contrôlé, plus baroque, plus « occidental ». Le Palais d'Hiver (Ermitage) était notre priorité : on a pris un billet combiné à 1 600 roubles pour trois musées. Sept heures dedans. La Salle d'Ambre, la galerie des maîtres italiens, les appartements privés de la tsarine — on sentait le bois verni, on entendait le crissement des parquets sous des centaines de pieds chaque minute. Moment qui m'a vraiment atteinte : se tenir devant un Rembrandt en face de la fenêtre donnant sur la Neva gelée. La cathédrale du Sauveur-sur-le-Sang, 300 roubles : l'intérieur étouffe d'or et de mosaïques bleues. C'était trop chaud, trop étroit, trop de touristes en même temps. Je me suis sentie claustrophobe. L'ambiance était étouffante, pas mystique. On a loué une petite chambre chez l'habitant via Airbnb (3 200 roubles la nuit pour deux, une vieille dame russe qui ne parlait que russe mais qui faisait du thé excellent). Elle nous a recommandé un restaurant minuscule, Demyanova Ukha, ruelle Morskaya : pâté de poisson (ukha) à 450 roubles, pain noir, et le goût du poisson fumé qui persiste sur la langue pendant deux heures. C'est là qu'on a vraiment commencé à aimer ce voyage. Les canaux gèlent partiellement en janvier : l'eau entre les glaçons sentait l'air salin mélangé au carburant. On a pris le tram n° 22 jusqu'à Peterhof pour voir le Palais d'Été depuis l'extérieur (les fontaines ne jouent qu'en été). C'était gris et triste, mais honnête. Les banlieues de Saint-Pétersbourg ressemblent aux années 1970 : blocs de béton, petits magasins mal éclairés, aucun touriste. Galerie de la rue Nevski, vie quotidienne : les femmes se maquillent beaucoup, les hommes ont des regards perçants, personne n'est pressé dans les cafés. Un jour, on a mangé des pelmeni (raviolis russes) pour 180 roubles dans une cantine populaire. Le bouillon était gras, un peu écœurant, mais ça tenait au ventre. Les ratés et les réalitésOn a essayé d'acheter des cartes SIM : compris « oui » pour « non » à trois reprises. Les routes sont dangereuses — les conducteurs ne respectent rien. Une tentative d'arnaque discrète au change d'argent : on a perdu 200 roubles sur une transaction. L'hiver est vraiment froid (moins 8 degrés), on n'était pas assez équipés. Les musées ferment tôt (17 h souvent), ce qu'on n'a su qu'en les cherchant à 16 h.
Les bons plans repérés sur place.
Ermitage à Saint-Pétersbourg : entrer par l'escalier principal du Palais d'Hiver (plutôt que par l'entrée touristique), commander un café au bar du rez-de-chaussée en marbre blanc
Monastère Novodievitchi à Moscou : y aller en fin d'après-midi quand la lumière est basse, apporter un morceau de pain pour les corbeaux
Rue Morskaya à Saint-Pétersbourg : dîner chez Demyanova Ukha entre 18 h et 19 h avant l'arrivée des groupes de touristes
Métro de Moscou, station Komsomolskaya : descendre juste pour voir les mosaïques, puis remonter immédiatement
Peterhof en janvier : y aller en tram n° 22 vers 14 h, le palais est vide et la neige crisse sous les pieds
Photos — Moscou et Saint-Pétersbourg
Et au final.
La Russie, ce n'est pas ce qu'on voit aux films de propagande, mais ce n'est pas non plus un cauchemar. Moscou est trop grosse, trop chaotique pour nous. Saint-Pétersbourg vaut vraiment le coup, surtout hors saison quand il y a moins de buses touristiques. On aurait aimé rester trois semaines au lieu de deux, et apprendre la langue : ça change tout. Pas notre coup de cœur absolu, mais on reviendrait.

