Comment ça s'est passé.
On a atterri à l'aéroport international de Hato vers 15h30, un lundi de janvier. Après 9 heures de vol depuis Paris via Miami (Air France puis Spirit Airlines), on avait juste envie de trouver un endroit calme. Un taxi sans compteur nous a menés à l'hôtel Sunscape Curaçao Resort, Spa & Casino pour 85 euros la nuit. Le chauffeur, Rafael, parlait trois langues et nous a déjà prévenu : « Les prix touristiques, c'est pour les touristes. » Le lendemain matin, levé à 5h30 pour voir le lever de soleil sur Piscadera Bay. L'air avait cette odeur salée mêlée aux fleurs de bougainvilliers qui poussent partout. La température avait déjà 26 degrés à 6 heures du matin. On a pris le bus n°1 depuis notre hôtel (3 florins antillais, environ 1,50 euro) jusqu'au cœur de Willemstad. Les maisons colorées du quartier de Punda – rose vif, jaune safran, bleu turquoise – datent du 17e siècle et servent toujours de commerces au rez-de-chaussée. C'est du concret : des épiceries, des bijouteries, des petits restaurants. On a eu notre première galère dès le mardi : en voulant louer une voiture chez Avis, on s'est rendu compte que la réservation en ligne n'existait pas vraiment. Le gérant nous a riposté « C'est un site pour les Américains, pas pour Curaçao ». Finalement, 55 euros par jour chez un loueur local, sans assurance complète, et on a pris le risque. C'était idiot en retard. Mercredi, on a découvert le marché de Punda. Les vendeurs de poisson frais criaient les prix en papiamento. On a acheté du « yambo » (poisson local) pour 12 euros le kilo et on l'a fait cuire au restaurant Kome, une petite gargote tenue par deux sœurs. Le plat nous a coûté 18 euros mais c'était savoureux, avec riz blanc et plantain frit. L'une des sœurs, Angela, nous a expliqué qu'elle faisait ça depuis 30 ans, quatre jours par semaine, parce que sinon elle s'ennuyait à la retraite. Le Handelskade, cette rue bordée de maisons multicolores qui longent la baie, a été notre moment marquant. On s'y est assis avec un Amstel (3,50 euros) au bar Mambo Beach, et un type en rasta nous a joué de la guitare acoustique pendant 20 minutes. Ce n'était pas monnayé, c'était juste parce qu'il avait envie. On lui a donné 5 euros et il a souri. C'est rare quand les gens ne jouent pas la comédie touristique. On a visité le Museu Kura Hulanda jeudi. Entrée : 10 euros, ouvert de 9h30 à 16h30. C'est dédié à l'histoire de l'esclavage dans la région. Les murs sentaient la poussière et le bois ancien. C'était serein, pas grand-guignolesque, et ça raconte la vraie histoire. Les guides ne forçaient pas le ton dramatique. Ça faisait juste connaissance. Vendredi, on a pris un ferry pour l'île de Klein Curaçao (10 euros aller-retour, 30 minutes depuis le port de Willemstad). L'eau était si transparente qu'on voyait les coraux à trois mètres de profondeur. Pas de restaurants là-bas, juste du sable. On a apporté des sandwichs du Scoop Bakery (2 euros pièce). Le thermomètre du soleil était à 38 degrés à 12h, et on s'est rendu compte qu'on avait oublié un parasol. Première vraie galère de confort. Samedi, on a roulé vers la côte nord : Playa Kenepa Grandi, une plage de sable blanc avec des falaises rouge-brique derrière. Stationnement gratuit. On a nagé trois heures. À 17h, on a mangé au restaurant Sunscape (inclus dans notre forfait hôtel) : côte de bœuf, environ 25 euros. Le service était lent mais personne ne stressait. C'est la vibe ici : tout se fait, mais pas avant demain. Le dimanche matin, on a pris le bus n°5 pour aller à Otrobanda, le quartier historique moins touristique. Maisons coloniales, rues pavées, moins de couleurs mais plus de silence. Un petit musée gratuit, fermé la moitié du temps, nous a donné un aperçu de l'architecture locale. Les habitants qu'on a croisés n'étaient pas habitués aux touristes par ici. Notre dernière soirée, on s'est assis au Wet Lips Bar (un vrai trou à touristes avec vue sur la baie, bière à 4 euros). Une femme à côté nous a expliqué qu'elle venait ici tous les mercredis depuis 12 ans, toujours aux mêmes heures, et qu'elle connaissait le barman par cœur. Curaçao attire les gens qui ont envie de ralentir, pas ceux qui cherchent l'aventure.
Les bons plans repérés sur place.
Handelskade à Willemstad : marcher le long des façades colorées, s'asseoir en terrasse, regarder les voiliers de la baie
Museu Kura Hulanda : 10 euros d'entrée, musée sur l'histoire coloniale, pas touristique malgré la proximité des hôtels
Restaurant Kome (quartier de Punda) : yambo grillé et plantain, 18 euros, tenu par Angela depuis 30 ans
Playa Kenepa Grandi : route côtière nord (1 heure de voiture), falaises rouges, eau transparente, parking gratuit
Ferry vers Klein Curaçao : 10 euros A/R, 30 min, coraux visibles, île vierge sans infrastructure
Et au final.
Curaçao m'a donné ce que je cherchais : des couleurs, une histoire vraie, et des gens qui ne venaient à moi que pour me parler, pas pour me vendre quelque chose. Le seul truc ? C'est cher pour la Caraïbe, et les files d'attente au supermarché le samedi sont infernales.