Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport international Imam Khomeini avec une appréhension stupide : les récits sur l'Iran sont souvent déroutants. Dès les premiers pas, la chaleur nous a frappés — pas juste la température, mais une sensation de poids dans l'air, 38 °C à 8 h du matin. L'odeur du diesel des taxis s'est mélangée à celle des clémentines vendues à la sortie du terminal. Nous avons pris un taxi partagé (shared taxi) jusqu'à Ispahan, 400 km de route poussiéreuse, trois heures et demie. À côté de nous : un retraité iranien qui parlait français, un ouvrier du bâtiment et sa mère. Personne n'avait les passagers que Google Maps annonçait. Arrivés à Ispahan vers midi, nous avons débarqué à la gare routière Kaveh — un vrai chaos, des dizaines de taxis klaxonnant, des vendeurs de thé et de mâche-khiar (concombre), le sol couvert de cacahuètes écrasées. Ispahan : le cœur qui résisteL'hôtel Aghazadeh (ruelle Chaharbagh, près de la place Naqsh-e Jahan) était plus petit que prévu, trois étages dans un bâtiment de 1920, avec des carrelages bleus écaillés mais un toit-terrasse merveilleux. Le patron, Abbas, nous a d'emblée proposé du thé sucré et des dattes : 180 000 tomans par nuit (environ 4,50 euros). Pas luxe, mais propre et central. Le jour suivant, levés à 5 h 30 pour atteindre la place Naqsh-e Jahan avant la cohue. À 6 h, la place était déjà vivante — des coureurs, des familles, des vendeurs poussant des charrettes de melons. La Mosquée du Cheikh Lotfollah s'illuminait progressivement. L'intérieur était vide à cette heure, juste nous et un gardien qui nettoyait. Les carrelages bleus reflétaient la lumière comme des centaines de petits lacs gelés. Nous avons marché trois fois autour de la cour pour explorer chaque coin. Moment pivot (et un peu douloureux) : à midi, nous avons mangé au restaurant Shams ol-Emareh (3e étage du palais de la Musique, face à la place). Khorovatz (brochettes) à 220 000 tomans par portion, accompagnées de riz à la cardamome. Mon collègue a eu une intoxication alimentaire quelques heures après — fièvre, vertiges. Nous avons dû annuler la visite du Pont Khaju et acheter du Imodium à la pharmacie Farahani (boulevard Chaharbagh). Le propriétaire de l'hôtel nous a donné du doogh (yaourt turc) probablement pour compenser, et Abbas a refusé de nous facturer la journée où nous n'avions pas quitté la chambre. Le bazar du Grand Bazaar (Bazar Bozorg) était mon Everest personnellement. Nous y sommes rentrés à 15 h. Odeur de safran, de cannelle, de cuir, de moisi — tout à la fois. Étroitesse des ruelles, hommes qui nous crient « madame, regarde ici » en français cassé, bruit des transactions, des enfants, des motos. Deux heures là-dedans, j'ai acheté du safran (50 euros pour 3 grammes, chez un vieux monsieur au sourire sans dents au stand 47, section épices) et j'ai décliner poliment cinq propositions de mariage. Mon mari a trouvé ça hilare. Yazd : quand le silence prend formeTrain de nuit Espahan-Yazd, départ 20 h, arrivée 7 h 15. Classe 2, couchettes trois personnes, climatisation bruyante qui faisait vibrer les vitres. Voyage long mais nécessaire — paysage de montagnes rouges par la fenêtre au lever du soleil, comme du vrai théâtre. Yazd nous a accueillis avec un silence différent. 600 000 habitants, mais les vieilles ruelles d'adobe semblaient dormir. Nous avons posé nos sacs à l'hôtel Moshir (rue Moshir, centre historique, 165 000 tomans), une maison traditionnelle transformée en guest house, avec un patio rempli de géraniums. La propriétaire, Farida, cuisinait du khorovatz-e sabzi (brochettes d'herbes) sur un petit réchaud. Goût salé, herbes fraîches, porc absent (bien sûr) mais viande de mouton tendre. Elle nous en a donné pour 40 000 tomans chacun. Les tours du vent (Badgir) de Yazd : nous les avons contournées pendant une heure, prenant des photos, écoutant le vent chuinter à travers les ouvertures verticales. À 16 h, une famille locale — parents + trois enfants — nous a arrêtés pour nous proposer du jus de melon à leur domicile. Nous avons accepté avec une dose de prudence. Ils ont parlé anglais, nous avons partagé nos photos de France sur un téléphone, les enfants m'ont demandé si Paris avait des chats (oui). Deux heures perdues qui valaient bien un sightseeing classique. Galère mineure : le bus pour le désert de Kalut était annoncé à 7 h. À 8 h 15, le chauffeur n'avait toujours pas fermé les portes. Départ à 8 h 45. Route escarpée, deux arrêts. Nous sommes restés dans le désert juste quatre heures — paysage de pierre, de roches pointues, silence de mort. Température : 41 °C. Eau : 1,5 litre par personne. Revenu à Yazd à 18 h, épuisés mais vivants.
Les bons plans repérés sur place.
Mosquée du Cheikh Lotfollah à Ispahan, visite à 6 h avant les touristes (ticket 300 000 tomans pour deux)
Bazar Bozorg d'Ispahan, section épices : safran au stand 47, authentique et cher
Hôtel Moshir à Yazd avec Farida et ses brochettes d'herbes (165 000 tomans/nuit)
Tours du vent (Badgir) de Yazd, approche au coucher du soleil vers 17 h 30
Désert de Kalut en visite guidée depuis Yazd (8 h de départ, emporter 2L d'eau minimum)
Et au final.
L'Iran n'est pas le pays de vacances classique. C'est bruyant, imprévisible, l'intoxication alimentaire de mon collègue en a fait les frais, et les bazars sont un test de patience. Mais il y a quelque chose : les gens, la nourriture, l'histoire des murs. Nous reviendrions, mais avec une réserve d'antibiotiques et une dose de sérénité accrue.