Ispahan et Yazd : entre bazars étouffants et silence du désert
CarnetIran202612 jours

Ispahan et Yazd : entre bazars étouffants et silence du désert

Nous avons atterri à l'aéroport international Imam Khomeini avec une appréhension stupide : les récits sur l'Iran sont souvent déroutants. Dès les premiers pas, la chaleur nous a frappés — pas juste la température, mais…

MA
Publié le · mis à jour le
12 jours4/5
Le récit

Comment ça s'est passé.

Nous avons atterri à l'aéroport international Imam Khomeini avec une appréhension stupide : les récits sur l'Iran sont souvent déroutants. Dès les premiers pas, la chaleur nous a frappés — pas juste la température, mais une sensation de poids dans l'air, 38 °C à 8 h du matin. L'odeur du diesel des taxis s'est mélangée à celle des clémentines vendues à la sortie du terminal. Nous avons pris un taxi partagé (shared taxi) jusqu'à Ispahan, 400 km de route poussiéreuse, trois heures et demie. À côté de nous : un retraité iranien qui parlait français, un ouvrier du bâtiment et sa mère. Personne n'avait les passagers que Google Maps annonçait. Arrivés à Ispahan vers midi, nous avons débarqué à la gare routière Kaveh — un vrai chaos, des dizaines de taxis klaxonnant, des vendeurs de thé et de mâche-khiar (concombre), le sol couvert de cacahuètes écrasées. Ispahan : le cœur qui résisteL'hôtel Aghazadeh (ruelle Chaharbagh, près de la place Naqsh-e Jahan) était plus petit que prévu, trois étages dans un bâtiment de 1920, avec des carrelages bleus écaillés mais un toit-terrasse merveilleux. Le patron, Abbas, nous a d'emblée proposé du thé sucré et des dattes : 180 000 tomans par nuit (environ 4,50 euros). Pas luxe, mais propre et central. Le jour suivant, levés à 5 h 30 pour atteindre la place Naqsh-e Jahan avant la cohue. À 6 h, la place était déjà vivante — des coureurs, des familles, des vendeurs poussant des charrettes de melons. La Mosquée du Cheikh Lotfollah s'illuminait progressivement. L'intérieur était vide à cette heure, juste nous et un gardien qui nettoyait. Les carrelages bleus reflétaient la lumière comme des centaines de petits lacs gelés. Nous avons marché trois fois autour de la cour pour explorer chaque coin. Moment pivot (et un peu douloureux) : à midi, nous avons mangé au restaurant Shams ol-Emareh (3e étage du palais de la Musique, face à la place). Khorovatz (brochettes) à 220 000 tomans par portion, accompagnées de riz à la cardamome. Mon collègue a eu une intoxication alimentaire quelques heures après — fièvre, vertiges. Nous avons dû annuler la visite du Pont Khaju et acheter du Imodium à la pharmacie Farahani (boulevard Chaharbagh). Le propriétaire de l'hôtel nous a donné du doogh (yaourt turc) probablement pour compenser, et Abbas a refusé de nous facturer la journée où nous n'avions pas quitté la chambre. Le bazar du Grand Bazaar (Bazar Bozorg) était mon Everest personnellement. Nous y sommes rentrés à 15 h. Odeur de safran, de cannelle, de cuir, de moisi — tout à la fois. Étroitesse des ruelles, hommes qui nous crient « madame, regarde ici » en français cassé, bruit des transactions, des enfants, des motos. Deux heures là-dedans, j'ai acheté du safran (50 euros pour 3 grammes, chez un vieux monsieur au sourire sans dents au stand 47, section épices) et j'ai décliner poliment cinq propositions de mariage. Mon mari a trouvé ça hilare. Yazd : quand le silence prend formeTrain de nuit Espahan-Yazd, départ 20 h, arrivée 7 h 15. Classe 2, couchettes trois personnes, climatisation bruyante qui faisait vibrer les vitres. Voyage long mais nécessaire — paysage de montagnes rouges par la fenêtre au lever du soleil, comme du vrai théâtre. Yazd nous a accueillis avec un silence différent. 600 000 habitants, mais les vieilles ruelles d'adobe semblaient dormir. Nous avons posé nos sacs à l'hôtel Moshir (rue Moshir, centre historique, 165 000 tomans), une maison traditionnelle transformée en guest house, avec un patio rempli de géraniums. La propriétaire, Farida, cuisinait du khorovatz-e sabzi (brochettes d'herbes) sur un petit réchaud. Goût salé, herbes fraîches, porc absent (bien sûr) mais viande de mouton tendre. Elle nous en a donné pour 40 000 tomans chacun. Les tours du vent (Badgir) de Yazd : nous les avons contournées pendant une heure, prenant des photos, écoutant le vent chuinter à travers les ouvertures verticales. À 16 h, une famille locale — parents + trois enfants — nous a arrêtés pour nous proposer du jus de melon à leur domicile. Nous avons accepté avec une dose de prudence. Ils ont parlé anglais, nous avons partagé nos photos de France sur un téléphone, les enfants m'ont demandé si Paris avait des chats (oui). Deux heures perdues qui valaient bien un sightseeing classique. Galère mineure : le bus pour le désert de Kalut était annoncé à 7 h. À 8 h 15, le chauffeur n'avait toujours pas fermé les portes. Départ à 8 h 45. Route escarpée, deux arrêts. Nous sommes restés dans le désert juste quatre heures — paysage de pierre, de roches pointues, silence de mort. Température : 41 °C. Eau : 1,5 litre par personne. Revenu à Yazd à 18 h, épuisés mais vivants.

À ne pas rater

Les bons plans repérés sur place.

1

Mosquée du Cheikh Lotfollah à Ispahan, visite à 6 h avant les touristes (ticket 300 000 tomans pour deux)

2

Bazar Bozorg d'Ispahan, section épices : safran au stand 47, authentique et cher

3

Hôtel Moshir à Yazd avec Farida et ses brochettes d'herbes (165 000 tomans/nuit)

4

Tours du vent (Badgir) de Yazd, approche au coucher du soleil vers 17 h 30

5

Désert de Kalut en visite guidée depuis Yazd (8 h de départ, emporter 2L d'eau minimum)

Conclusion

Et au final.

L'Iran n'est pas le pays de vacances classique. C'est bruyant, imprévisible, l'intoxication alimentaire de mon collègue en a fait les frais, et les bazars sont un test de patience. Mais il y a quelque chose : les gens, la nourriture, l'histoire des murs. Nous reviendrions, mais avec une réserve d'antibiotiques et une dose de sérénité accrue.

En résumé

Avis Ispahan / Yazd : carnet de voyage de 12 jours par marievoyageiran

Destination
Ispahan / Yazd →
Pays
Iran →
Durée
12 jours
Période
octobre · Automne
Note du voyageur
4/5
Voyageur
@marievoyageiran →
L'essentiel

Ispahan / Yazd en bref

Pourquoi choisir Ispahan / Yazd

  • Patrimoine UNESCO : mosquées bleues et places historiques exceptionnelles à Ispahan
  • Contraste dramatique entre bazars chaotiques et silence désertique de Yazd
  • Architectures traditionnelles bien préservées : maisons à patio, tours du vent, adobe ancien
  • Rencontres authentiques avec locaux hospitaliers hors circuits touristiques massifs
  • Coût extrêmement bas : hébergement et restauration parmi les moins chers au monde

Pour qui ?

  • Couples aventuriers tolérant l'imprévu et l'inconfort relatif
  • Voyageurs en quête d'authenticité loin des sentiers balisés
  • Photographes attirés par architectures historiques et paysages désertiques
  • Curieux de cultures persanes et disposés à interagir avec les locaux
  • Budgétaires cherchant destinations exotiques bon marché

À éviter si…

  • Vous ne tolérez pas les imprévus ni les transports peu fiables
  • Vous souffrez d'intolérance digestive ou refusez les risques alimentaires mineurs
  • Vous cherchez du luxe, du confort climatisé constant ou des services haut de gamme
  • Vous êtes rebutés par la surcharge sensorielle (bruits, odeurs, foule dense)
À découvrir aussi
Place Naqsh-e JahanMosquée du Cheikh LotfollahPont KhajuGrand Bazaar (Bazar Bozorg)Palais de la Musique (Shams ol-Emareh)Aéroport international Imam KhomeiniGare routière KavehDésert de KalutCentre historique de YazdTours du vent (Badgir) de YazdBoulevard ChaharbaghMontagnes rouges (itinéraire Ispahan-Yazd)
Questions fréquentes

FAQ — Ispahan / Yazd

Combien coûte un séjour à Ispahan et Yazd ?

L'hébergement est très abordable : entre 165 000 et 180 000 tomans par nuit (environ 4-5 euros) pour des guest houses traditionnelles. Les repas coûtent de 40 000 à 220 000 tomans selon le type de restaurant. Un voyage de 12 jours (hôtel + nourriture locale) revient à environ 600-800 euros pour deux personnes.

Comment se déplacer entre Ispahan et Yazd ?

Le train de nuit est l'option principale : environ 13 heures de trajet (départ 20h, arrivée 7h15) en classe 2 avec couchettes trois personnes. Les taxis partagés relient aussi les villes mais demandent plus de temps. Les bus locaux desservent les sites secondaires, avec des horaires approximatifs.

Quels risques sanitaires prévoir pour l'Iran ?

L'intoxication alimentaire est possible : emportez des antibiotiques et de l'Imodium. Les pharmacies locales (comme Farahani à Ispahan) vendent les médicaments courants sans ordonnance. Buvez l'eau en bouteille et soyez prudent avec les restaurants touristiques.

Quel est le meilleur moment pour visiter Ispahan et Yazd ?

Évitez l'été (38-41°C observés en juillet-août). Préférez automne (septembre-novembre) ou printemps (mars-mai). Les hivers sont doux à Ispahan, mais les nuits peuvent être froides à Yazd. La place Naqsh-e Jahan est idéale à l'aube avant la foule.

Est-ce dangereux de traverser le bazar de Ispahan seul ?

Non, mais attendez-vous au chaos et au harcèlement commercial amical. Les vendeurs crient en français cassé, les ruelles sont étouffantes, bruyantes et bondées. Deux heures suffisent pour épuiser. C'est une expérience sensorielle intense, pas dangereuse physiquement.

Peut-on visiter le désert de Kalut depuis Yazd ?

Oui, via des excursions en bus (départ environ 7h). Le trajet est escarpé avec plusieurs arrêts. Comptez environ 4 heures sur le site à 41°C minimum. Apportez au moins 1,5 litre d'eau par personne et des vêtements de protection solaire.

Quel est l'intérêt des tours du vent (Badgir) à Yazd ?

Ces structures architecturales ancestrales canalisent le vent pour climatiser les maisons traditionnelles. À Yazd, elles parsèment le centre historique. On peut les observer pendant une heure, écouter le vent circuler et photographier les formes géométriques typiques.

La gastronomie iranienne convient-elle aux voyageurs européens ?

Oui, mais avec prudence. Le khorovatz (brochettes de viande), le riz à la cardamome et les herbes fraîches sont excellents. Les brochettes d'herbes (khorovatz-e sabzi) sont une spécialité de Yazd à 40 000 tomans. Évitez les restaurants touristiques bondés ; privilégiez les guest houses locales.