Comment ça s'est passé.
On a débarqué à l'aéroport international d'Ispahan Shahid Beheshti un jeudi matin vers 7 h 30, complètement décalés. Le taxi qui nous a pris jusqu'à l'hôtel Abbasi (chambre 312, vue sur le Zayanderuod) coûtait 400 000 rials, soit environ 10 euros. Le chauffeur ne parlait pas un mot d'anglais, et on s'est retrouvés à montrer des photos Google Maps au pauvre mec pendant 40 minutes. Ispahan, c'est d'abord cette odeur omniprésente de diesel et d'épices qui vous prend à la gorge dès qu'on sort de l'hôtel. On a passé les trois premiers jours à tourner autour de la place Naghsh-e Jahan, la plus grande place du monde paraît-il. Le Palais Ali Qapu se dresse là, massif, avec ses fresques fanées aux murs. On y est allés tôt le matin vers 6 h pour éviter la cohue, mais même à cette heure, des groupes de lycéens traînaient avec leurs téléphones. Le bazar d'Ispahan, c'est un cauchemar organisé. On s'est perdus pendant deux heures dans le souk du bazar-e Qeysariyeh. L'air y est tellement saturé qu'on respirait à peine. Les vendeurs de tapis nous criaient dessus à chaque mètre : « Ami, ami, regarde mon tapis ! » On s'est finalement arrêtés chez un marchand de safran, rue Chahar Bagh, qui nous a fait goûter un vrai safran iranien à 2 millions de rials les 5 grammes (50 euros). Le goût était intense, presqu'amer, rien à voir avec ce qu'on achète en France. On n'a pas acheté. La Mosquée Royale (Masjed-e Shah) nous a vraiment surpris. Les carreaux bleus qui couvrent le dôme, c'est un détail qui saute aux yeux de loin, mais une fois dedans, c'est l'acoustique qui frappe : nos pas résonnaient comme dans une cathédrale. Le vendredi, on y était vers 14 h, et la prière de midi venait de commencer. Un homme nous a gentiment indiqué la section réservée aux femmes. On n'est pas rentrés par respect. On a loué une voiture le dimanche avec un chauffeur du nom d'Amir pour la journée (150 euros pour 10 heures) pour aller jusqu'à Persépolis. C'est à 70 km de Chiraz, une autre ville. Le trajet a duré 2 h 30 au lieu de l'heure annoncée parce qu'on s'est arrêtés deux fois à des petits restaurants routiers. On a mangé du khorovash (ragoût d'agneau) accompagné de riz pour 80 000 rials (2 euros). Persépolis, les ruines du palais des Achéménides, c'est immense, mais aussi étrangement silencieux. On a grimpé jusqu'aux hautes terrasses vers 16 h, et le soleil rasant illuminait les reliefs de la pierre. Amir nous a expliqué l'histoire en persan approximatif. Une vraie chance d'avoir un chauffeur : seul, on aurait raté les détails des bas-reliefs. La nourriture locale, on l'a testée partout. Le fesenjan (ragoût de grenade et noix) au restaurant Shahrzad, face à la place Naghsh-e Jahan, coûtait 180 000 rials (4,50 euros) et c'était sucré-salé, assez bizarre pour nos palais français. Le thé à la menthe dans les petits cafés aux alentours était inclus, gratuit, servi dans des verres en verre si chaud qu'on pouvait à peine les tenir. On a pris le bus local vers Kashan, une petite ville à 200 km. Le bus Safaei partait de la gare routière ouest vers 6 h 30 du matin, et on n'a trouvé nos places qu'au dernier moment. Le ticket : 120 000 rials. On s'est endormis, et on s'est retrouvés à Kashan deux heures plus tard, complètement sonnés. On a visité les jardins de Fin (Bagh-e Fin), des bassins entourés de cyprès millénaires, et c'était l'un des rares endroits où on a senti de l'air frais. Le point noir du voyage : le dernier jour à Ispahan, notre hôtel nous a annoncé qu'il y avait un problème avec notre réservation. On s'est retrouvés surclassés dans une suite à 150 euros de plus. On n'avait pas le choix, c'était ça ou chercher un autre hôtel à la dernière minute. On a payé sans discuter, complètement frustrés.
Les bons plans repérés sur place.
Place Naghsh-e Jahan à Ispahan le matin avant 7 h, vue sur le Palais Ali Qapu et le reflet dans le bassin, quasi vide
Persépolis au coucher du soleil : les bas-reliefs achéménides s'animent à la lumière rasante, impressionnant
Bazar-e Qeysariyeh : prendre un guide local (Amir coûtait 50 euros pour 3 heures) pour ne pas se perdre et comprendre les prix réels
Jardin de Fin à Kashan : cyprès centenaires, source d'eau fraîche, moins touristique qu'Ispahan
Restaurant Shahrzad pour le fesenjan et le thé à la menthe gratuit, terrasse sur la place, le soir quand les cars de touristes repartent
Photos — Ispahan
Et au final.
Deux semaines, c'est suffisant pour comprendre que l'Iran n'est pas une destination simple, mais elle a quelque chose d'attachant. Les gens sont curieux, souvent généreux, les monuments vieux de 2 500 ans vous regardent de haut, et la nourriture reste gravée dans la mémoire. La barrière de la langue et l'organisation touristique minimale peuvent être frustantes, mais c'est aussi ça qui rend le voyage réel.








