Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport international Imam Khomeini d'Isfahan un jeudi soir à 21 h 30, après un vol Turkish Airlines depuis Lyon (escale à Istanbul). Le taxi depuis l'aéroport coûtait 450 000 rials, soit environ 10 euros. L'odeur de pollution urbaine nous a frappés immédiatement, mélange de gaz d'échappement et de poussière désertique. Nous avions réservé une chambre à l'hôtel Abbas, un petit établissement tenu par un couple de Téhéranis, situé dans la ruelle derrière la Mosquée Sheikh Lotfollah. La nuit, depuis notre balcon, on entendait l'appel à la prière à 5 h du matin, criard et répétitif. Pas réellement du dépaysement, plutôt du choc. Isfahan : sous les arcades du bazarVendredi matin, nous avons marché vers la Naqsh-e Jahan. L'immensité de cette place m'a surpris – environ 500 mètres de long. Moins spectaculaire que prévu en photos. Nous avons filé au Bazar-e Bozorg d'Isfahan vers 8 h, avant qu'il ne devienne infernal. Les vendeurs criaient « Hello ! Carpet ! Souvenir ! » en même temps, un brouhaha permanent et fatigant. Nous avons pris un thé à la menthe (15 000 rials, 35 centimes) dans une petit café étouffant du bazar, sans climatisation. La température avait déjà atteint 38 degrés. J'avais commandé un « zereshk polo » (riz aux baies acidulées) au restaurant Azadeh, situé sous les arches de la place ; plat correct pour 85 000 rials (2 euros), mais trop salé et le riz un peu trop sec. Moment marquant : vers 10 h 30, alors que nous photographiions les tilework de la Mosquée Royale, un enfant d'environ 8 ans nous a abordés en anglais, demandant notre aide pour un « projet scolaire ». Mensonge classique. Ses copains attendaient à côté. Nous avons refusé fermement. Un malentendu culturel récurrent ici – la limite entre hospitalité et arnaque est floue. Samedi, nous avons pris un minibus orange (marshrutka) depuis la gare routière Kaveh vers Shiraz : 210 km en 4 heures. Dix-sept personnes dans un bus prévu pour quinze. L'chauffeur roulait à 130 km/h sur des routes en mauvais état. Pas d'arrêt toilette programmé – nous avons demandé après 2 h 30. La compagnie Behnam Bus était fiable, mais inconfortable. Shiraz : les jardins et les souvenirsShiraz, ville plus agréable. Moins de pollution, plus d'espaces verts. Nous avons séjourné chez une habitante via Airbnb, dans le quartier de Darvazeh Quran. La femme, Parisa, parlait français et nous a recommandé ses resto du coin. Le Jardin d'Eram (Bagh-e Eram) nous a vraiment apaisés – ce fut notre moment préféré du voyage. L'air frais sous les cyprès anciens, les fontaines qui clapotent, une température 3-4 degrés plus basse qu'en ville. Nous avons déboursé 200 000 rials (4,50 euros) pour l'entrée. Aucun touriste à 7 h du matin, juste des joggeurs locaux. Mausolée de Hafez : nous y avons passé 45 minutes. Une femme iranienne âgée nous a expliqué les versets du poète sur le marbre blanc. Elle ne parlait pas anglais, nous non plus le persan – mais l'échange avait du sens quand même. Ses yeux humides. Elle nous a offert du sucre d'orge rose traditionnel (nabat), gratuitement. Nous avons mangé une « fesenjan » (poulet à la grenade et aux noix) au restaurant Khaneye Shahrzad : 180 000 rials (4 euros), le meilleur plat du voyage. Goût acidulé intense, sauce veloutée. Le serveur nous a apporté du sangak chaud en supplément, pain plat cuit à l'ancienne. Cette générosité sans calcul nous a touchés. Retour vers Isfahan, galères inclusesRetour le mercredi en bus depuis Shiraz. Notre marshrutka n'est pas parti à l'horaire annoncé (14 h 15 au lieu de 14 h 00). Attente 45 minutes sans explication. Puis, à 60 km d'Isfahan, panne moteur sèche. Trois heures immobilisés sur le bas-côté sous 42 degrés. Pas de climatisation à l'arrêt. Le chauffeur transpirait à grosses gouttes, criait sur son téléphone en persan, complètement dépassé. Un passager nous a offert une bouteille d'eau limonée froide (zest de citron très amer, délicieux malgré tout). Nos derniers jours, nous avons revu Isfahan sans nouvelles découvertes. Le Palais Chehel Sotoun était fermé pour restauration (nous l'avions appris en arrivant devant, pas de communication préalable). Nous avons visité le Pont Si-o-se-pol à plusieurs reprises – ses arches reflétées dans la rivière Zayandeh restent belles, mais la rivière était à moitié à sec, moins dramatique qu'en photo.
Les bons plans repérés sur place.
Jardin d'Eram à Shiraz au lever du soleil (7 h) : cyprès centenaires, silence, 200 000 rials d'entrée
Bazar d'Isfahan avant 8 h du matin : tilework bleu et turquoise, moins de monde, thé à la menthe à 15 000 rials
Mausolée de Hafez : conversation non-verbale avec une habitante âgée qui offre du nabat rose traditionnel
Restaurant Khaneye Shahrzad à Shiraz : fesenjan à 180 000 rials, sangak offert en surplus
Minibus Behnam Bus Shiraz-Isfahan : expérience chaotique mais authentique de transport iranien, 210 km inconfortables
Photos — Isfahan / Shiraz
Et au final.
Ce voyage nous a divisés. Isfahan offre de véritables moments de grâce architecturale et Shiraz une humanité moins commerciale que celle que nous craignions. Mais la pollution urbaine, les fausses approches de touristes, les transports inconfortables et les coupures de programme impromptues ont gâché un tiers de notre séjour. À refaire, oui – mais en mai plutôt qu'en août, et avec beaucoup moins d'attentes.
