Comment ça s'est passé.
On a atterri à Zurich un mardi matin via une connexion Lufthansa qui a traîné deux heures sur le tarmac. Première déception : on s'attendait à la Suisse des cartes postales, pas à un aéroport bondé où même les files d'attente semblent organisées de manière suisse—trop organisées, trop silencieuses. Direction Lucerne en train régional S24, départ 11h15, trajet de 1h20. Le train était neuf, les sièges confortables, mais le prix du billet : 29 CHF par personne. Ça commence à peser sur le budget quand on vit en France. Lucerne, c'est la première vraie immersion. On a posé nos sacs à l'hôtel Krone Luzern, pas cher pour la Suisse (120 CHF la nuit, chambre basique mais décente), à deux pâtés de maisons du Kapellbrücke—ce vieux pont couvert en bois que tout le monde photographie. Le matin suivant, on s'est levés à 6h30 pour éviter la cohue touristique. On avait raison. Le pont à l'aube, juste les premiers joggeurs locaux et le brouillard épais qui remontait du lac des Quatre-Cantons. L'odeur d'humidité mélangée au bois mouillé, ça marque plus qu'on le croit. Le premier repas en ville : une déception relative. Raclette à La Pinte, restaurant «traditionnel» dans la Altstadt. Prix choquant (42 CHF pour une assiette), fromage bon mais bourratif, et surtout une servante qui faisait clairement semblant de ne pas comprendre le français—nous parlions français entre nous, elle répondait uniquement en allemand alémanique. Moment agaçant. On a fini par payer et s'en aller, même si le vin blanc (Valais, Fendant) était correct. 18 CHF le verre. On a grimpé au Mont-Pilate via le téléphérique Kraiens, départ à 8h30, ticket aller-retour 64 CHF. Les sommets à 2100 mètres, c'est froid, même en juillet. Les mains dans les poches, on voyait la chaîne complète des Alpes depuis la plateforme. Personne pour crier que c'était magnifique—ça l'était, simplement. Le pique-nique qu'on avait préparé (sandwichs Migros achetés la veille, 4 CHF chacun) avait meilleur goût à cette altitude. Lucerne en trois jours, c'était assez. Les musées surpeuplés, les boutiques de souvenirs à chaque coin, les croisiéristes en troupeaux. On a pris le train pour Interlaken—ligne Brünn Rothorn Bahn, 1h45 de trajet, montées et descentes vertigineuses, tunnels réguliers. Là encore, pas donné : 35 CHF. Mais le trajet en lui-même justifiait chaque franc. Gorges étroites, chutes d'eau latérales, villages suspendus aux flancs des montagnes. Interlaken, c'est différent. Moins touristique que Lucerne—ou plutôt, c'est un tourisme plus sportif, moins photographique. On a pris une chambre à l'Alpin Resort, chaîne petit budget (110 CHF la nuit), un peu spartiate mais propre, avec vue sur la rue principale et les bruits des voitures jusqu'à minuit. On a loué des vélos à l'agence SOS Rental (25 CHF chacun pour 24h) et on a plongé dans les vallées alentour. Les pistes cyclables suisses sont effectivement bien aménagées—pas de grain de sable à gérer, c'est du confort à la suisse. Le point culminant (littéralement) : on a grimpé au Jungfraujoch via le train de montagne depuis Interlaken. 10h30 de départ, trajet 2h15, arrêts à Wengen (funiculaire) et Kleine Scheidegg (dernier bus). Le prix du ticket : 220 CHF par personne aller-retour. C'est cher. Vraiment cher. Mais on était curieux. À 3454 mètres, l'air devient rare, les poumons travaillent. Les tunnels dans la montagne, on les a sentis—froid humide, odeur minérale, un silence de caverne. Une quinzaine de touristes chinois, quelques randonneurs allemands. On a bu un café à la cafétéria au sommet : 7 CHF. Riche pour un café, vraiment mauvais. Le soleil perçait les nuages l'après-midi, les vues sur les chaînes adjacentes valaient le coup, mais il n'y avait rien de révélateur là-haut qu'on n'aurait deviné en bas. Le dernier jour à Interlaken, on a fait une randonnée pédestre de 4h jusqu'au lac de Blausee : 6 km aller-retour, très facile, panorama sans égratignure. La température à midi : 22 degrés, léger vent. L'eau du lac était turquoise, mais froide—on n'y a pas trempé les pieds, juste regardé. Déjeuner dans un petit restaurant de montagne, Blausee Restaurant, fondue gratinée (26 CHF). Fondant, réconfortant, authentique cette fois—les ingrédients, la préparation sans artifice, c'était honnête. Bilan de fin : la Suisse vaut le détour pour les randos, les paysages vrais, la clarté de l'air. Mais c'est cher—très cher—et très organisé. Il n'y a pas de surprises improvisées, pas de petits bistrots perdus avec des gens bavards. Tout fonctionne, c'est le problème parfois. Et le mythe de la Suisse pure, sympathique, montagnarde, c'est vrai sur les pentes mais faux en ville. Les serveurs vous tolèrent, les commerçants aussi. On a apprécié les 10 jours, on reviendrait—mais pas avant deux ans au minimum. Le porte-monnaie en a eu besoin de repos.
Les bons plans repérés sur place.
Kapellbrücke de Lucerne au lever du jour (6h30), avant l'arrivée des autocars
Trajet en train Brünn Rotholm de Lucerne à Interlaken (ligne 160), gorges en tunnels constants
Randonnée lac Blausee au départ d'Interlaken, 4h faciles, restaurant avec fondue locale décente
Téléphérique Kraiens vers le Mont-Pilate, départ 8h30, pique-nique en altitude (prévoir vêtements chauds)
Vélos SOS Rental à Interlaken pour explorer les vallées sans engager le porte-monnaie dans les télécabines
Photos — Lucerne et région de l'Oberland bernois
Et au final.
La Suisse romande et alémanique, c'est deux mondes côte à côte. Les paysages justifient le voyage, les transports en montagne valent vraiment le tarif. Reste qu'on a trouvé les gens réservés, voire froids dans les espaces touristiques, et les prix rongent vite l'enthousiasme. À faire une fois avec les yeux ouverts sur le budget réel.
