Comment ça s'est passé.
On a décidé de partir à Tripoli en avril, après des mois de recherche sur la sécurité. L'avion Tunisair a atterri à l'aéroport international de Tripoli vers 14 h 30, et là, déjà, le contrôle des passeports nous a pris 2 h 45. Les agents posaient des questions sur notre profession, notre raison de la visite, très sérieux. L'odeur de diesel et de climatisation poussive m'a frappé dès qu'on a mis un pied dehors. On s'est installé à l'hôtel Corinthia Tripoli, rue Ben Aachen, une grosse structure moderne avec une piscine vide et un restaurant fermé trois jours sur quatre. La chambre coûtait 85 euros la nuit. On a demandé au réceptionniste, Hassan, un conseil pour le dîner : il nous a envoyés au restaurant Al-Nakheel, à deux pas dans la médina, où on a mangé un couscous aux pois chiches pour 8 dinars libyens (environ 4 euros) et des brochettes de mouton. Le goût était riche, gras, un peu épicé du piment rouge, mais l'hygiène du lieu... passons. Les murs auraient eu besoin d'un coup de peinture en 2015. Première vraie galèrePour visiter Leptis Magna, notre grosse raison d'être là, on a loué une voiture avec chauffeur, Jamal, via l'hôtel. Départ à 6 h du matin. Jamal conduisait sa Toyota blanche comme un fou sur l'autoroute côtière, et on a dû lui demander trois fois de ralentir. À 120 km/h sur une route avec des nids de poule tous les 50 mètres, c'est pas du luxe. Le site archéologique est à Khoms, à 120 km à l'est de Tripoli, donc deux heures de route. L'entrée coûtait 15 dinars, soit 7 euros. Et là, enfin, ça valait le coup : le théâtre romain du IIe siècle, les colonnes encore debout, les mosaïques au sol qui tenaient bon. On a passé cinq heures là-bas, levé à 5 h 30 pour profiter du matin sans monde, et on a eu raison. Vers midi, la température devait frôler les 32 °C, sec comme du pain rassis. La sueur collait à la peau. Le vrai moment marquant a été près de l'arc de Septime-Sévère. On croisait un couple de Libyens, des archéologues amateurs qui parlaient français – ils nous ont expliqué l'histoire des routes commerciales romaines, l'importance de Leptis comme port. Pendant 45 minutes, on n'a pas eu l'impression d'être des touristes qui passent. On a compris pourquoi les gens d'ici sont attachés à ces ruines. Tripoli, la médina et ses contrastesDe retour à Tripoli, on a flâné dans la Médina vieillesouk al-Baladiya pour 30 dinars (15 euros). Le vendeur a essayé de nous en vendre un à 70 dinars avant de baisser son prix. Pas vraiment une arnaque, mais bon, le marchandage était de rigueur. On a pris un café au Café Wahda, une petite gargote avec trois tables en métal rouillé, le café très fort, non sucré, versé de très haut. Prix : 1,5 dinar. Un client local nous a montré comment faire : pincer le minuscule verre entre le pouce et l'index, souffler pour refroidir, boire d'un trait. Le café brûle légèrement la langue, mais c'est un choc agréable. Les jours suivantsDimanche, visite du musée national de Tripoli, rue al-Fateh. Entrée : 5 dinars. C'est un bâtiment du XIXe siècle reconverti, les collections sont bonnes – mosaïques, statues, poteries. Mais la visite a été éclair : on a croisé un groupe de touristes brésiliens qui parlaient tellement fort qu'on n'entendait rien. On a fait 40 minutes et c'était fait. Le soir, on a mangé dans un restaurant moins touristique, Zarqa, rue Oum al-Mahairi : tajine d'agneau et légumes pour 12 dinars. C'était mieux qu'Al-Nakheel, moins « vendeur de tapis », plus comme manger chez quelqu'un. La télé diffusait un match de foot égyptien. Personne ne nous regardait comme des bizarreries. On a aussi trainé au port de Tripoli un matin. Les bateaux de pêche partaient autour de 5 h 30, c'est impressionnant le bruit : moteurs diesel, cris des pêcheurs, clapotis. Mais l'endroit reste fermé aux touristes sur certaines zones, un flic nous a juste gentiment demandé de circuler.
Les bons plans repérés sur place.
Théâtre romain de Leptis Magna (Khoms) : colonnes du IIe siècle encore debout, entrée 15 dinars, levé à 5 h 30 pour l'éviter
Souk al-Baladiya dans la médina de Tripoli : tisserands, vendeurs de dattes et henné, négociation requise, petit tapis 30 dinars
Arc de Septime-Sévère à Leptis : monument phare, visite guidée informelle par archéologues amateurs libyens francophones
Café Wahda (café traditionnel) : café non sucré versé de haut, 1,5 dinar, vrai spot local sans touristes
Restaurant Zarqa rue Oum al-Mahairi : tajine d'agneau 12 dinars, moins commercial qu'Al-Nakheel, ambiance authentique
Photos — Tripoli
Et au final.
Tripoli n'est pas une destination « facile », et franchement, le climat d'insécurité qu'on sentait est réel – même si notre visite s'est bien déroulée. Leptis Magna vaut vraiment le détour, c'est du solide archéologiquement. Mais les infrastructures touristiques sont pourries, les hôtels manquent d'entretien, et il faut vraiment avoir envie de faire l'effort pour apprécier. On reviendrait ? Peut-être, avec des amis qui connaissent quelqu'un sur place.
