Comment ça s'est passé.
On a atterri à Tripoli un jeudi matin, 6 h 30, après une nuit de sommeil approximatif sur Tunisair. La capitale libyenne n'est pas accueillante au premier coup d'œil : routes cabossées, arrêts d'autobus inexistants, et cette chaleur qui vous colle à la peau avant même d'avoir franchi la porte de l'aéroport—on parlait de 34 °C et on n'était qu'en novembre. Notre hôtel, le Corinthia Bab Africa près de la médina, était décent mais surpeuplé. 120 dinars libyens la nuit (environ 25 euros), chambre bruyante donnant sur une rue où les klaxons commencent à 5 h du matin. Les premiers jours, on a flâné dans la médina de Tripoli, particulièrement autour du souk des épices. L'odeur est écrasante—un mélange de cumin, de coriandre et d'humidité qui pique le nez. On a commandé un couscous au restaurant Al-Medina (prix : 18 dinars, environs 4 euros), c'était bon mais gras, servi dans une assiette en plastique. Les vendeurs de jus d'orange frais nous interpellaient constamment—0,5 dinar le verre. On en a bu trop, d'ailleurs. Le vrai choc a été de quitter Tripoli pour Leptis Magna, à 120 km à l'est. On a louée une voiture Dacia avec un chauffeur nommé Osama (90 dinars la journée). La route côtière longe la Méditerranée mais elle est en mauvais état, parsemée de nids-de-poule. Après deux heures, on est arrivé sur le site archéologique. C'est étrange : les ruines romaines—théâtre, basilique, arc de Septime Sévère—se dressent dans un silence total, presque inquiétant. Pas de touristes, pas de guides officiels, juste nous trois et des vestiges. On a grimpé sur les gradins du théâtre vers 11 h du matin. La pierre était brûlante, on pouvait à peine la toucher. Une vue sur la mer gris-bleu qui ne bouge pas. Le site n'a pas de véritables aménagements : pas de boutique, pas de toilettes, rien. On avait apporté de l'eau. C'est resté quatre heures là-bas, c'était presque oppressant, cette grandeur abandonnée. Osama, notre chauffeur, nous a expliqué que la sécurité était « maintenant stable », mais il y avait quelque chose de non-dit. Retour à Tripoli en fin d'après-midi. Le repas du soir au restaurant Al-Saraya, spécialité locale : du tajine de poisson frais (35 dinars), c'était le meilleur plat du voyage. La sauce était relevée, le poisson fondait. On a mangé dehors, sur une petite terrasse, avec la famille du restaurateur qui nous observait avec bienveillance. Deux jours avant de partir, on a eu un gros problème : notre permis de séjour n'était pas clair. On aurait dû enregistrer nos passeports auprès de la police locale dans les 24 heures. Un employé de l'hôtel—très gentil—nous a aidé à régler ça au bureau de sécurité, mais ça a pris une demi-journée. C'est un truc qu'on ne savait pas du tout. On a aussi essayé de prendre un bus local (ligne non-numérotée, destination écrite en arabe) pour aller à Ben Ashur : on s'est trompés de direction, on a dû descendre au bout de 45 minutes et repartir à pied. Les derniers jours ont été plus détendus. Le château de Tripoli, aussi appelé fort rouge, offre une bonne vue sur la baie, mais les murs sont criblés de balles. Un homme qui gardait les lieux nous a montré des photos de tireurs depuis 2011. Ça refroidit.
Les bons plans repérés sur place.
Leptis Magna, théâtre romain côtier — y aller tôt le matin avant 9 h, apporter 2 litres d'eau minimum
Souk des épices de la médina de Tripoli — goûter le jus d'orange frais au verre (0,5 dinar), marchander sans agressivité
Restaurant Al-Saraya pour le tajine de poisson (35 dinars) — réserver la veille, terrasse vue sur la baie
Corinthia Bab Africa, si hôtel classique — situé près de la médina, personnel anglophone
Fort rouge (château de Tripoli) — accès gratuit, vue sur la baie, visite rapide (30 min)
Et au final.
Tripoli nous a marqués par ses contradictions : des ruines romaines magnifiques mélangées à une capitale désorganisée, des gens chaleureux mais une infrastructure touristique quasi-inexistante. On ne regrette pas d'y être allés, mais la Lybie n'est pas une destination facile. Trois jours auraient suffi.