Comment ça s'est passé.
On a débarqué à l'aéroport de Tripoli-Mitiga vers 14h30, après un vol TunisAir depuis Tunis. Le chaos commence tout de suite : pas de panneau d'accueil, les douaniers traînent, une femme essaie de nous vendre des faux billets de taxi. On finit par négocier avec un chauffeur qui demandait 80 dinars libyens (15 euros) pour 15 km jusqu'à l'Hôtel Corinthia, un quatre-étoiles vieillissant mais fiable dans le centre-ville. Les climatiseurs hurlent à mort, l'eau est tiède, mais au moins c'est sécurisé. Premier jour : exploration de la médina de Tripoli. On s'est levés à 6h pour éviter la chaleur étouffante qui monte à 38°C en été. Le souk Al-Attarine pue la viande séchée et l'encens brûlé—une odeur oppressante qui colle à la peau. Les vendeurs nous arrachent les bras pour leurs tapis et leurs objets en cuivre. On a craché 35 dinars (7 euros) pour deux cafés turcs chez Café Triq Al-Rasheed, un endroit minuscule où les hommes jouent aux dames depuis 20 ans, apparemment. Le café était trop sucré, serré comme du sirop, mais le moment où on regardait par la fenêtre—des enfants qui jouaient au foot avec une balle dégonflée—c'était plus vrai que toutes les photos Instagram. Mardi, excursion à Leptis Magna (120 km à l'est). On a pris un van privé via l'hôtel, 90 dinars par personne, 5h de route sur une autoroute bosselée. Le chauffeur s'arrête tous les 50 km pour fumer et appeler sa mère. Les ruines romaines : colonnes blanches qui s'effondrent, mosaïques encore intactes sous le sable, un forum où les pierres sont brûlantes au toucher—on ne pouvait pas rester debout plus de 10 minutes sans transpirer jusqu'aux os. Pas de tour guidé digne de ce nom, juste un type avec un badge qui montre du doigt et dit « très vieux, très vieux ». On a mangé des sandwiches tebaldi (viande grillée dans du pain plat) à 8 dinars à une petite échoppe près du parking—c'était bon, sec, un peu trop salé. La grosse galère : mercredi matin, les routes sont fermées sans préavis. Une manifestation politique à 3 km de notre hôtel. On s'est retrouvés bloqués 2h30 à attendre dans le hall climatisé. Pas d'info, juste des gens qui criaient dehors. L'hôtel nous a offert du thé à la menthe sans glaçons. On a raté notre visite au musée d'archéologie du Château Rouge (Assaraya Al-Hamra), ce qui nous a vraiment pourris la journée. Le soir, le restaurant Al-Baraka (juste à côté du Souk Al-Attarine) nous a servis un couscous moyen avec du poisson fumé et une sauce trop grasse. 22 dinars. Mais la vue sur la baie de Tripoli au coucher de soleil valait le coup. Jeudi, plage de Tajoura (30 km nord) : eau à 26°C, sable clair, épaves de bateaux qui rouillent à la surface. Aucun touriste. Le silence était étrange, presque inquiétant. On a nagé 20 minutes et on avait la tête qui tournait à cause du sel. Un enfant nous a vendu du jus d'orange frais pressé directement d'oranges qu'il avait dans un seau—2 dinars, c'était du sucre pur, mais vivifiant. On a vu des pêcheurs qui descendaient leurs filets. Ils n'ont pas dit un mot, juste nous regardaient. Le dernier jour, avant le vol retour (Turkish Airlines 17h20), on a trainé au Café Cultural Zahra pour siroter un dernier café et manger des makroudh, ces petits gâteaux secs au miel. Les gens parlaient fort, les enfants criaient. C'était bruyant, pas reposant, mais on s'était habitués. On a payé la note en dinars—on en avait trop changés. Les taxis pour l'aéroport coûtaient 60 dinars, on en a trouvé un à 50 après 10 minutes de discussion.
Les bons plans repérés sur place.
Leptis Magna, le forum romain : les mosaïques en tesselles orange et bleu encore visibles sous 2000 ans de poussière
Souk Al-Attarine à Tripoli : chaos complet, mais le café turc chez Triq Al-Rasheed sort directement du charbon
Plage de Tajoura : 30 km au nord, zéro touriste, eau salée qui vous rend léger, jus d'orange frais à 2 dinars
Château Rouge (Assaraya Al-Hamra) : murs jaunes qui s'écaillent, cour intérieure où résonne chaque pas, musée archéologique fermé la moitié du temps
Restaurant Al-Baraka le soir : couscous humide avec vue sur la baie, ambiance locale sans filtre, 22 dinars
Photos — Tripoli
Et au final.
La Libye, c'est pas une destination facile. Les ruines de Leptis Magna valent vraiment le détour—c'est du romain pur sous vos pieds—mais faut accepter l'imprévu, les routes fermées, les hôtels qui datent de 2005. On a aimé l'authenticité crue, les gens qui vous parlent sans paillettes. Par contre, l'insécurité qu'on sentait (même si rien n'est arrivé), c'était usant.
