Comment ça s'est passé.
On a atterri à l'aéroport international Jackson (Jacksons International), terminal qui sentait le moisi et l'air conditionné défaillant. Le taxi depuis le terminal vers notre hôtel, le Laguna Koitaki Resort, a pris deux heures au lieu de quarante minutes. Le chauffeur a expliqué qu'il y avait eu un accident sur la Waigani Drive, mais franchement, on n'était jamais sûrs. Port Moresby, c'est d'abord ça : l'imprévisibilité. Les nids-de-poule font crac sous les roues, les klaxons hurlent, et partout des visages tournés vers nous avec une curiosité mélangée d'indifférence. Le Laguna Koitaki était notre base les trois premiers jours. Hôtel sans charme excessif, climatisation qui ronronnait sans conviction, mais surtout une piscine avec vue sur les mangroves. On a pris des petits-déjeuners au bar de l'établissement : porridge local à 15 kina, papaye acide mais rafraîchissante à 3 kina, café amer à 8 kina. Une blonde française à notre table s'est plainte que les serveuses ne souriaient pas. C'est vrai, elles pas répondaient pas aux petits jeux de politesse habituels. Port Moresby à pied ? Déconseillé, disait notre réceptionniste. On a testé quand même un matin, vers 6 h 30, en direction du marché de Koki. C'est là qu'on a compris le premier vraiment avertissement. Le bruit des motocyclettes, les vendeurs de betel nut qui entassaient leurs petits sachets rouges sur les trottoirs, l'odeur acre de la betelnoz en train de se transformer en salive rouge dans les bouches ouvertes. On s'est acheté du poisson fumé pour 6 kina auprès d'une femme qui nous observait avec méfiance. C'était bon, vraiment bon, avec une texture qui collait aux dents. Le moment marquant : direction le National Museum and Art Gallery, un bâtiment blanc et sec en plein quartier administratif. On y était quasiment seuls. Une conservatrice allemande, très bavarde, nous a montré des masques de tribus des Highlands qu'on ne verrait jamais autrement. Elle a ouvert un tiroir rempli de crânes rituellement peints. Elle a expliqué, sans détour, qu'il y avait encore des endroits en montagne où les anthropophages traditions subsistaient, « pas formellement, mais le cannibalisme sociétal, c'est pas ça qui disparaît en deux générations ». Ça m'a glacé un peu, honnêtement. On a pris un vol Air Niugini (PX 725) vers Mount Hagen, dans les Highlands. 50 minutes de vol, le petit avion de Bombardier bringuebalant, fumée de cigarette malgré les pancartes. La vue était bonne au moins : forêts noires qui s'étendaient à l'infini, nuages qui montaient du sol comme du brouillard d'usine. À Mount Hagen, on a pris contact avec Adventure Specialists, une agence locale basée dans la rue principale. Leur guide, Thomas, parlait un anglais hésitant mais utile. Thomas nous a menés trois jours dans les villages environnants, notamment Keglsugl, à 1 800 mètres d'altitude. Là, il faisait frais le soir, température qui tombait à 12-13°C, et on s'endormait sous plusieurs couches malgré le « lodge » basique. Les femmes du village nous ont montré comment cultiver la patate douce sur les flancs pentus. On a mangé un stew local, brun et épais à base de tripes et légumes racines, à 4 kina. Pas inspirant, mais rassasiant. Thomas a expliqué qu'avant 1980, les guerres tribales restaient « formelles », avec des tués tous les ans mais des rituels. Maintenant, les armes à feu ont changé la donne, mais il disait ça sans aigreur, juste factuel. La galère : à Mount Hagen, un distributeur de billets sur trois était en panne. On avait limité notre retrait de kinas, par peur des arnaques, et on s'est retrouvés à court. Thomas a dû nous avancer 200 kinas pour compléter. On lui a remboursé en euros à l'aéroport, mais l'incident nous a laissés un peu amers. La banque locale, Bank of Papua New Guinea, rue principale, nous a aussi refusé de changer nos euros sous prétexte que nos billets n'étaient pas « assez neufs ». Retour à Port Moresby, dernier soir au restaurant Waratah Tavern : bière locale à 12 kina, poisson grillé (barramundi) à 45 kina. C'était correct. On s'est assis à côté de deux mineurs australiens qui parlaient du prix du cuivre et des problèmes de sécurité des chantiers. Port Moresby reste une ville d'affaires, des gens qui veulent sortir de là dès qu'ils le peuvent.
Les bons plans repérés sur place.
Marché de Koki au lever du soleil (6h30) pour le poisson fumé local et la sensation vraiment de l'énergie pré-occidentale du pays
National Museum and Art Gallery, Port Moresby (gratuit, ouvert jusqu'à 16h) pour les masques tribaux et les crânes peints expliqués par le conservateur
Village de Keglsugl via l'agence Adventure Specialists, Mount Hagen : trois jours en altitude pour voir les femmes et les cultures de patate douce sur les pentes
Vol Air Niugini Mount Hagen-Port Moresby pour la vue de la forêt dense depuis le petit Bombardier
Laguna Koitaki Resort pour se reposer deux nuits avec la piscine et les mangroves, prix 180 kinas la nuit en chambre double
Photos — Port Moresby
Et au final.
La Papouasie-Nouvelle-Guinée, c'est un pays qui refuse de se laisser digérer facilement. Les Highlands gardent une charge historique et anthropologique rare. Mais Port Moresby, lui, m'a surtout laissé l'impression d'une ville piégée entre expansion et chaos urbain, où les touristes ne sont pas franchement attendus. À revenir pour les montagnards et les tribus isolées, mais pas pour se détendre.








