Comment ça s'est passé.
Levé à 5 h 30 à l'hôtel Crowne Plaza Port Moresby pour attraper mon vol Air Niugini vers Goroka. La Papouasie-Nouvelle-Guinée, c'est un pays qui ne sourit pas aux touristes pressés. À Port Moresby, j'ai compris dès l'arrivée à l'aéroport Jackson que rien ne serait facile. Le chauffeur de taxi – Kavi – m'a surcharger de 40 % sur le trajet vers le centre-ville, prétendant que la route était « dangereuse » après 18 h. Il avait raison sur un point : je n'aurais pas dû sortir seul du quartier de Waigani après le coucher du soleil. Les trois premiers jours à Port Moresby ont été une leçon d'humilité. L'hôtel manquait d'eau chaude deux jours sur trois. Le restaurant de l'établissement servait une brochette de poisson à 45 kina (environ 13 euros), correcte mais sans enthousiasme. J'ai préféré manger au marché de Koki, où une femme vendait des kokam (petites noix noires) et du taro bouilli : 3 kina le paquet, saveur terreuse, chaleur tropicale écrasante de 32 °C à midi. L'odeur du poisson fumé à Koki persiste encore dans mes vêtements. La rencontre aux Goroka Show GroundsGoroka, c'était plus respirable. Le vrai choc émotionnel s'est produit aux Goroka Show Grounds, où je me suis retrouvé face aux mud men des villages de l'Asaro. Ces guerriers traditionnels, couverts de boue blanche, dansaient encore en août – hors festival – pour des touristes occasionnels comme moi. L'un d'eux, Peter, m'a expliqué en pidgin-english que c'était un revenu secondaire pour financer l'école de son fils. J'ai senti une malaise : c'était folklore, oui, mais aussi une réalité économique crue. Peter gagnait 50 kina par représentation. J'ai payé 100 kina pour une demi-heure de photos et explications. J'ai grimpé jusqu'au village d'Asaro (2 heures de 4x4 sur une piste boueuse depuis Goroka). La route s'est effondrée partiellement : nous avons dû reculer, contourner, perdre une heure. Le chauffeur n'a rien dit, comme si c'était normal. Et c'était normal. Les maisons du village : très simples, en bois et herbe. Les femmes préparaient du sago à la vapeur. Goût neutre, texture spongieuse. La toilette publique, c'était un trou dans la forêt. Pas de réseau téléphonique. Un moment étrange de déconnexion forcée. Ravitaillement et galères pratiquesÀ Goroka, j'ai dormi à l'hôtel Bird of Paradise – chambres correctes, petit-déjeuner à 25 kina (œuf, pain, café soluble). La compagnie d'autocars Morobe Express m'a promis un bus pour Lae. Le bus est arrivé 4 heures en retard, surchargé, sans climatisation. Douze heures de trajet pour 80 kina. Des poules partageaient l'espace du coffre. Mon voisin, un pasteur qui parlait bon français, m'a expliqué la structure clanique du pays : en Papouasie-Nouvelle-Guinée, on est d'abord membre d'une tribu, puis citoyen. Cela change tout. À Lae, j'ai visité le marché central : mangues, papaye, poisson frais du port. Acheté une mangue pour 2 kina, juteus,e avec une fibre râpeuse qui restera coincée entre les dents. Le restaurant Niugini Café, près du port, servait un curry de poisson local, saveur pimentée, presque trop salé (35 kina). J'ai évité de boire l'eau du robinet partout : bouteilles d'eau minérale Aqua à 8 kina le litre. Petite arnaque locale : un vendeur de souvenirs m'a vendu un « vrai » artéfact asaro pour 150 kina. Même le vendeur a souri quand je l'ai inspecté : c'était du plastique teinté. Les vraies rencontresLes Papouasiens que j'ai croisés – au-delà des guides touristiques – étaient généreux et curieux, mais aussi directs. Une famille m'a invité à dîner chez elle à Goroka : riz, poisson bouilli, feuilles de taro. Ils vivaient dans une maison en béton non finie, électricité instable. Pas de cuisine : un foyer au charbon dehors. Leur fils faisait des études d'ingénieur. L'accueil était sincère. J'ai compris que j'étais un divertissement, mais pas un divertissement « exotique ». Juste un étranger curieux. Les sons : le bruit obsédant du générateur électrique à l'hôtel. Les cris des oiseaux du paradis au lever du soleil, presque agressifs. Les chants des églises protestantes le dimanche, depuis 6 h du matin. Une ambiance religieuse omniprésente.
Les bons plans repérés sur place.
Goroka Show Grounds et les mud men de l'Asaro Valley – représentations improvisées de guerriers traditionnels couverts de boue blanche, explications en pidgin-english
Marché central de Lae – poisson frais du port, mangues sans filet, odeur salée caractéristique
Hôtel Bird of Paradise à Goroka – confortable, petit-déjeuner simple mais correct, staff parlant anglais
Asaro village trek – randonnée 2h en 4x4 depuis Goroka, maisons d'herbe, sago traditionnel
Niugini Café à Lae – curry de poisson local, près du port, curry pimenté, environ 35 kina
Photos — Port Moresby & Goroka
Et au final.
La Papouasie-Nouvelle-Guinée ne se laisse pas apprivoiser en deux semaines. C'est un pays fragmenté, exigeant, où le tourisme reste limité pour de bonnes raisons. Port Moresby reste dangereuse et peu accueillante. Goroka et la vallée de l'Asaro offrent plus de rencontres authentiques, mais l'infrastructure – routes, restaurants, hôtels – reste très basique. Je ne suis pas tombé amoureux, mais j'ai appris. À revenir ? Oui, mais mieux préparé.
