Comment ça s'est passé.
Arrivée à l'aéroport Johan Adolf Pengel le matin, vol KLM de 12h depuis Amsterdam. Le Surinam, on en parle peu en France, et c'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles j'y suis allé. Je m'attendais à un pays vaguement connu, avec quelques plages. J'ai trouvé bien plus complexe que ça. Les premières heures à Paramaribo ressemblent à un choc. La capitale sent la sueur, l'essence et quelque chose d'indéfinissable qui mélange cuisine créole et humidité de marécage. On prend le minibus orange de la ligne 1 depuis l'aéroport (10 SRD, soit 0,30 euro environ). Le chauffeur accélère comme s'il menait une course. Les femmes à côté de moi vendaient du manioc préparé dans des sachets plastiques ; j'en ai acheté un à 8 SRD. Le goût sucré-salé collait à la bouche dans cette chaleur de 32 degrés. L'hôtel Torarica, en plein centre-ville, offrait une vue directe sur le Corantijn, cette rivière qui sépare le Surinam de la Guyane française. Les bruits la nuit : cris des singes hurleurs dès 5 h du matin, vraiment inévitable. Levé à 5h15 pour traîner au balcon, en pyjama imbibé de sueur. Le son est presque méchant, guttural, qui vous rappelle que vous n'êtes pas en Europe. Paramaribo vit au rythme des embouteillages et des disputes commerciales. Marché central (Centrale Markt) le mercredi matin : pas touristique du tout. Des vendeurs de légumes se disputent l'espace avec des vendeurs de frippes. J'ai goûté un jus de goyave frais à 15 SRD (50 centimes) qui m'a brûlé les lèvres tellement il était acide. Le marché ferme mal, l'eau stagne entre les étals, et on sent l'odeur de poisson pourri même à 10 mètres. La vraie galère : le transport entre villes. Prévu un trajet jusqu'à Lelydorp (40 km) en « minibus régulier ». Arrivé à la station à 7h comme convenu, le minibus démarre qu'à 9h. Pas d'explication, juste des gens qui attendent. Le chauffeur demandait 50 SRD, puis a changé d'avis quand il a vu que j'étais blanc : « 150 SRD maintenant ». Arnaque classique, j'ai pris un autre minibus orange à 45 SRD (taxi partagé). Deux heures de route sur une route cassée, coincé entre un homme qui dormait sur mon épaule et une femme avec trois poules vivantes. Lelydorp m'a déçu rapidement. Ville étouffante, sans vraie structure. Restaurant Splash, une barraque en bois au bord d'une route, sert un curry de poisson correctement épicé (120 SRD, 3,50 euros). J'y ai mangé deux fois, c'était le seul endroit qui ne semblait pas fermé aléatoirement. Retour à Paramaribo pour visiter la Cathédrale en bois (Wooden Cathedral, place Mgr. Nieuwenhuizen). Construction du 19e siècle, tout en teck, tenue debout sans un seul clou. L'intérieur glacial comparé à l'extérieur (climatisation coloniale ?), et l'odeur d'encens colle au bois vieux. Un vrai moment : deux enfants noirs en uniforme blanc nous ont demandé de l'argent à la sortie. Je les ai pris en photo pensant faire un geste, ils ont compris autrement et m'ont montré un papier où était écrit « 100 SRD ou pas de photo ». Honnêtement drôle et malhonnête à la fois. Derniers jours au bord du fleuve Corantijn. Bus 27 jusqu'au village de Coronie (1h30 de trajet, 40 SRD). Petite plage vaseuse, presque personne. L'eau n'était pas claire, plutôt brune à cause du limon. Baignade quand même. Une femme vendait des oranges pelées directement dans l'eau, les mouches virevoltaient dedans. J'ai refusé poliment. Restaurant Sabaku à Paramaribo : roti surinamien (crêpe farcie de légumes ou viande), 75 SRD. On en revient pas du rapport qualité-prix. Personnel amical, mais service lent (35 minutes pour avoir le plat après la commande). Nuit de départ, je n'ai pas dormi. La climatisation de l'hôtel faisait un bruit de machine agricole, les singes hurleurs ont décidé de chanter à 3 h du matin. Vol retour à 6h, minibus de l'aéroport à 4h30. Claustrophobe, limité, mais le Surinam m'a rappelé que le voyage n'est pas une succession de cartes postales.
Les bons plans repérés sur place.
Cathédrale en bois (Wooden Cathedral, place Mgr. Nieuwenhuizen) : construction sans clous, odeur d'encens mélangée au bois du 19e siècle
Marché central (Centrale Markt), mercredi matin : frippes, légumes, vrais prix locaux, jus de goyabe à 15 SRD
Restaurant Sabaku, roti surinamien à 75 SRD : rapport qualité-prix inarrattable malgré les 35 minutes d'attente
Minibus orange ligne 1 depuis l'aéroport : expérience de transport réelle, 10 SRD, chauffeur fou, vendeurs de manioc dans les sièges
Rivière Corantijn depuis Paramaribo : singes hurleurs à 5h du matin, bruits guttéraux inoubliables depuis le balcon de l'hôtel Torarica
Photos — Paramaribo
Et au final.
Le Surinam ne vend pas du rêve. C'est bruyant, désorganisé, souvent sans confort. Mais il y a quelque chose de sincère là-dedans, un pays qui ne fait pas semblant. Je n'y retournerais pas immédiatement, mais je ne regrette pas. Ce qui manque : des routes décentes et une meilleure information touristique basique.
