Comment ça s'est passé.
On arrive à Téhéran à 23h30 par un vol Iran Air qui a deux heures de retard. L'aéroport Imam Khomeini est vide, l'air climatisé à donner des frissons. On prend un taxi orange jusqu'à l'hôtel Enghelab (150 euros la nuit, standard mais propre) dans le nord de Téhéran. Le chauffeur parle zéro anglais, on montre l'adresse sur Google Maps sur le téléphone. Il négocie un prix, on accepte sans vraiment savoir si c'est normal. Au final, 400 000 tomans pour 30 km. On passe deux jours à Téhéran. On mange une soupe d'abats chez Restaouran Shandiz (avenue Vali-Asr, pas loin du musée archéologique) : c'est gras, chaud, presque édible. Les brochettes koobideh à côté coûtent 80 000 tomans pour deux. L'odeur de cumin et de viande grillée reste collée aux vêtements après deux heures. On visite le palais Golestan en fin d'après-midi, vers 16h30, parce que le soleil devient acceptable. Les carrelages bleus du pavillon des Miroirs reflètent la lumière comme des milliers de petits éclats électriques. Le troisième jour, on prend un bus vers Isfahan via la compagnie Kaveh Bus (100 000 tomans par personne, départ 6h du matin depuis la gare routière sud). On s'endort sur quatre heures de route. Isfahan nous frappe différemment : les anciennes maisons ocre, les ponts en pierre sur la rivière Zayandeh qui est à moitié à sec. La température descend le soir, on a enfin froid pour la première fois. On loge à l'hôtel Evin dans le quartier ouest, loin de la place Naqsh-e Jahan (800 000 tomans les trois nuits, petit déjeuner vraiment mauvais). On sort le matin à 6h30 pour voir la place Naqsh-e Jahan vide. Les arcades sont en construction partielle, des bâches orange partout. On achète du chai dans un petit kiosque à 15 000 tomans le verre, il est sucré à mourir, avec une saveur de cardamome. On reste une heure assis sur un banc à regarder les pigeons. Un enfant nous demande du chewing-gum, on dit non, il rigole et part. La mosquée Imam (anciennement Mosquée Royale) nous prend par surprise quand on entre. Les carrelages bleus turquoise à l'intérieur ressemblent à rien qu'on a vu avant. Les dômes font écho à chaque pas. On enlève les chaussures, on glisse un peu sur le sol en marbre. Une femme iranienne nous regarde drôlement : j'imagine qu'on n'avait pas l'air de savoir où aller. Un prétre (guide local, en fait) nous propose une visite, on refuse poliment mais on le regrette après, parce qu'on a raté des étages entiers. On mange un khorovash (ragoût de viande aux prunes) chez Malek al-Tojjar Restaurant, juste derrière la mosquée Cheikh Lotfallah (assiette à 120 000 tomans, pain lavash inclus). C'est bon, presque délicieux. On commande un second chai. Le serveur nous demande d'où on vient, lui vient de Yazd, nous parle de sa mère pendant quinze minutes. On visite le bazar Isfahan, c'est laborieux. Beaucoup de vendeurs de souvenirs, zéro vraiment intéressant. On achète des épices en poudre à 50 000 tomans le kilo juste pour bouger. L'odeur du safran et du curcuma est tellement présente qu'on respirait presque l'air plutôt que de le respirer. Un vendeur de tapis nous poursuit pendant trois minutes avant qu'on ne rentre dans un café pour lui échapper. Jour 8, on loue une voiture avec chauffeur (Hamid) pour aller à Kashan et Abyaneh. Hamid roule vite, double des camions en klaxonnant. Il met de la musique très fort. On a peur. Abyaneh est un village bâti en brique rouge sur une montagne, on monte à pied pendant 45 minutes, on est fatigué, il fait 28 degrés. Les murs des maisons sont vraiment roses-rouges. Les vieilles femmes du village nous observent depuis les portes. Une nous offre une tomate du jardin. On se sent bizarrement accepté, puis gêné, puis reconnaissant. Kashan, le jour 9 : on visite le jardin Fin (« Fin Garden ») en fin de journée à 18h. C'est moins intéressant qu'on le pensait. Le bassin central est beau mais il y a des touristes allemands qui crient. On s'endort chez un petit hôtel, le Saraye Ameriha, dans une vieille maison restaurée (500 000 tomans la nuit, excellent accueil). Jour 10-11, on revient à Isfahan. On repose les jambes. On refait le tour de la place Naqsh-e Jahan sans vraiment avoir envie. On regarde les gens. On boit du chai. On dort beaucoup. Jour 12, vol retour à Téhéran, puis décollage. Le voyage s'éternise. L'Iran nous a épuisé mais on a l'impression d'avoir compris quelque chose d'assez important sur la hospitalité et l'orgueil.
Les bons plans repérés sur place.
Mosquée Imam à Isfahan : entrer tôt le matin avant 7h, regarder comment la lumière bleue change chaque heure
Chai au kiosque avenue Chaharbaagh : 15 000 tomans, assis sur un banc en bois, regarder les pigeons
Abyaneh village : monter à pied depuis le parking (45 min), les murs ocre-rouge, être offert une tomate par une habitante
Bus Kaveh depuis Téhéran vers Isfahan : 6h du matin, 4 heures de route, paysages de désert vers le sud
Bazar Vakil à Kashan : moins touristique qu'Isfahan, moins volontariste aussi, seller d'épices au fond
Photos — Isfahan
Et au final.
L'Iran dépasse les attentes : les gens sont généreux, les espaces sont grandioses, on mange pour rien. Mais les routes sont chaotiques, les horaires n'existent pas vraiment, et les touristes étrangers dans certains lieux sont clairement filmés ou notés. Ce n'est pas facile.








