Comment ça s'est passé.
Nous avons débarqué à Varanasi un matin de novembre, après un vol Air India arrivé avec deux heures de retard à l'aéroport de Lal Bahadur Shastri. Le chauffeur de taxi, Rajesh, nous a prévenus d'entrée : « Madame, Monsieur, Varanasi, c'est pas Agra. Ici, c'est vivant, c'est bruyant, c'est vrai. » Il n'exagérait pas. Nous avons dormi à l'hôtel Alka, une guesthouse modeste près du ghat de Dasaswamedh, où la chambre coûtait 1500 roupies la nuit. Dès le premier matin, levés à 4 h 30 pour observer la cérémonie religieuse, nous avons senti l'odeur âcre de l'encens mélangée aux fumes de bois qui brûlait sur les bûchers funéraires. Ce n'était pas désagréable, juste… intense. Les hindous se baignent dans le Gange pendant que des corps flottent, quelques centaines de mètres en aval. Nous, on regarde les pirogues passer en évitant le regard des morts qu'on ne comprend pas. Mon mari a trouvé ça perturbant; moi, j'ai senti que je comprenais enfin pourquoi ce fleuve est sacré. Ce mélange de vie et de mort, sans détournement, sans euphémisme. Nourriture, marchés et galèresNous avons mangé au restaurant Bread of Life, réputé sans fausse publicité. Les lassis au yaourt coûtaient 60 roupies, les chapatis au fromage 80 roupies. Délicieux et sans diarrhée après (miracle). En revanche, au marché de Chowk, j'ai croisé un vendeur de souvenirs en laiton qui nous a facturé 3000 roupies pour une statue de Shiva – réellement 600 roupies ailleurs. Je me suis énervée, il a ri. Apparemment, c'était attendu. Les marchandises s'empilaient sur les étals, les vendeurs criaient à la fois pour attirer et pour décourager. Ça sentait le cumin, la poussière et les fruits trop mûrs. Nous avons pris l'autobus local, ligne 1, pour visiter Sarnath où Bouddha a donné son premier sermon. Le trajet a duré 45 minutes, les gens s'entassaient comme des sardines. Une femme a vomi dans le couloir central sans que personne ne sourcille. À Sarnath, le Musée Archéologique fermait à 17 h, nous n'avons pu y rester qu'une heure. Les temples ruinés datent du IIIe siècle avant notre ère. Les pierres gravées, encore partiellement érodées, montraient Ashoka et son dharma. Mon guide touristique disait que c'était impressionnant; moi, j'ai juste pensé « ça durera pas longtemps à ce rythme ». Le quotidien hors des sentiers battusNous avons loué un bateau à moteur pour longer les autres ghats, 1200 roupies l'heure. Le batelier, Suresh, nous a montré les laveries, où les blanchisseurs battent le linge contre les pierres depuis l'aube. À 6 h du matin, le son de ces coups de battoir résonnait sur toute la rive. Il disait que certains clients lui laissaient des vêtements sans jamais revenir les chercher. Le ghat de Manikarnika, le principal crématorium, brûlait en continu – on voyait les fumées jaunes même depuis la rivière. Un soir, vers 20 h, le flux touristique autour de notre hôtel s'est soudain intensifié. Une procession religieuse passait dans les rues, avec tambours et chants. Les gens se poussaient sans réelle agressivité, juste… sans notion d'espace personnel. J'ai perdu ma bague (une bague de peu de valeur, heureusement) dans la bousculade. Nous avons cherché, en vain. Parfois, Varanasi vous prend des petites choses, et c'est sa façon de garder un morceau de vous. Les derniers jours, nous avons visité le temple de Kashi Vishwanath, fermé la plupart du temps pour raisons religieuses. Les files d'attente duraient 3 à 4 heures. Nous avons renoncé. À la place, nous avons traîné dans des petits restaurants de quartier, mangé des samosa (4 roupies l'unité) et bu du thé au chai dans des verres réutilisés sans trop poser de questions. Chaque gorgée était trop sucrée et bizarrement réconfortante.
Les bons plans repérés sur place.
Le ghat de Dasaswamedh au lever du soleil : arriver à 5 h, s'asseoir sur les marches en pierre froide, attendre la première puja
Restaurant Bread of Life : lassi mango, pain complet, terrasse avec vue sur le Gange (60-120 roupies par plat)
Bateau à moteur avec Suresh au long des 84 ghats : demander spécifiquement à voir les laveries de linge et les crématoriums (1200 roupies/heure)
Marché de Chowk en fin d'après-midi : négocier sérieusement, éviter les statues de laiton survendues
Visite à Sarnath en autobus ligne 1 : musée avant 16 h 30, temple de Dhamekh avec ses pierres gravées Ashoka (entrée 250 roupies)
Photos — Varanasi
Et au final.
Varanasi nous a secoués, dérangés, parfois irrités. C'est une ville qui refuse de plaire facilement. Je repartirais, mais pas pour des raisons que je pourrais afficher sur un réseau social. Juste parce qu'elle m'intrigue davantage maintenant que nous nous en éloignons.








