Comment ça s'est passé.
Levé à 5 h 30 à l'hôtel Azalai Tombouctou pour voir les premiers rayons sur le Niger. La chambre coûtait 45 euros la nuit, literie basique mais ventilateur qui fonctionne. Je suis parti à pied vers la Mosquée Djinguereber, construite en 1570, et c'est là que j'ai vraiment senti le poids du temps : l'odeur acre de la poussière du Sahara mélangée aux encens intérieurs, les murmures des fidèles au-dessus de ma tête alors qu'on me montrait les colonnes en bois dur. Pas de touristes à 6 h du matin. Juste moi et l'imam qui m'a sourit. Le premier choc a été à la gare routière d'Oualofata. J'attendais un minibus climatisé. Ce que j'ai eu : un véhicule qui aurait dû être retiré de la circulation en 1995, 22 passagers (j'en ai compté), et 4 heures pour 130 km. La climatisation : une fenêtre cassée. Mais le passager à côté, Amadou, m'a offert du bissap tiède de sa gourde en calebasse. Goût sucré, légèrement aigre, presque aphrodisiaque. On a discuté en mauvais français pendant tout le trajet. Les jours suivants à TombouctouMarché de Tombouctou le mardi : j'ai acheté des dattes à 2000 francs CFA le kilo, du couscous de millet chez une femme qui faisait cuire sur des braises. Température ressentie : 42 °C à midi. Les étals fondaient littéralement.Bibliothèque manuscrite Ahmed Baba : à 500 francs CFA l'entrée, c'est un petit musée qui garde des Corans du XVe siècle dans des malles. Humidité oppressante, dépôt de poussière sur chaque chose. Étrange. Le conservateur parlait français avec accent québécois, affirmait avoir étudié à Montréal, mais c'était probablement faux.Restaurant le Tamadjaout, près de la mosquée de Sidi Yahya : mafé de mouton à 4500 CFA (7 euros). Sauce d'arachide riche, viande qui se défaisait. Pain flatbread grillé sur place. J'en ai commandé deux portions.Le moment difficile a eu lieu le jour 5. Mon appareil photo a été victime d'une tentative subtile de « taxe de visite » à la Mosquée Djinguereber : le gardien m'a demandé 15 000 francs CFA (22 euros) pour « l'entretien », ce qui n'était pas affiché. J'ai refusé poliment, mais pendant 20 minutes, je n'ai pas pu prendre de photos. C'est frustrant quand le prix change selon ta tête. Plus tard, j'ai compris que c'était la normale ici. La nuit du jour 6, je suis allé au Bar Boréal, près du quai du Niger. Bière Flag locale à 1500 CFA (2,30 euros), musique de kora qui sortait d'une radio cassée, tables en bois instable. Un groupe de Maliens jouaient à l'oware avec des coquillages. L'atmosphère était vivante, pas du tout touristique. J'ai bu trois bières et noué une conversation étouffée avec Fatoumata, une pharmacienne à la retraite qui m'a raconté qu'elle avait dû fuir Tombouctou en 2012 pendant l'occupation. Elle s'était réinstalée depuis mais gardait ses affaires toujours prêtes. Le dernier jour, excursion sur le Niger en pirogue avec Abdoulaye (trouvé via l'hôtel, 30 euros pour 4 heures). Le fleuve brille jaune-orange, les rives sont plates et jaunes aussi. Aucune faune visible à part un héron gris. Abdoulaye m'a donné du thé à la menthe préparé sur un petit réchaud primus en métal. On s'est arrêtés sur une île où il y a un marabout (saint homme) enterré. Silence complet sauf le bruit de l'eau qui s'entrechoque contre la pirogue.
Les bons plans repérés sur place.
Mosquée Djinguereber à 6 h du matin : silence absolu, odeur d'encens, vitraux de poussière dorée
Restaurant le Tamadjaout, mafé de mouton 4500 CFA, pain flatbread grillé sur braises visibles
Bibliothèque Ahmed Baba (500 CFA) : voir les Corans du XVe siècle en malles, humidité palpable
Pirogue sur le Niger au coucher, thé à la menthe marabout Abdoulaye, 30 euros pour 4 heures
Marché mardi matin (dattes, couscous de millet), 2000 CFA/kilo, ambiance dense et chaude
Et au final.
Tombouctou m'a déçu sur l'aspect logistique (routes, arnaques opportunistes) mais racheté par ses habitants et cette sensation brute d'être dans un endroit qui a vraiment compté historiquement. Je n'irais pas pendant la saison chaude à nouveau.







