Comment ça s'est passé.
Nous avons pris le train à 6 h 45 depuis la gare de King's Cross avec National Express (billet 34 £), direction Manchester. J'avais un peu peur d'arriver trop tôt le matin, mais c'était le seul train qui convenait. Le paysage des Midlands défile pendant trois heures : champs verts, petites villes rouges en brique. À Manchester, il pleuvait. Pas une bruine romantique, non : une pluie dense, froide, le genre qui trempe les jambes du pantalon en deux minutes. Nous avons descendu à Piccadilly Station, trouvé facilement le tram (ligne rouge, 5 £ le carnet de 10 trajets) pour rejoindre notre hôtel, le Travelodge de Deansgate. Chambre minuscule mais propre, 58 £ la nuit. L'odeur du couloir : moquette humide et désinfectant bas de gamme. Premier déjeuner au Crown Court, petit marché couvert où on peut commander des plats chauds à emporter. J'ai pris une meat pie avec une bière locale, Timothy Taylor, environ 12 £. La pâte était farineuse, la viande sans charme, mais c'était réconfortant par ce temps. Manchester m'a surpris. Je l'imaginais grise et monotone. Les quartiers de Spinningfields et Ancoats, ancien cœur industriel reconverti, sont pleins de galeries d'art, de petits restaurants, de brasseries branchées. Nous avons marché longtemps, les pieds trempés. On a visité le musée de la Révolution industrielle (gratuit, excellente salle sur les machines textiles) et la John Rylands Library, une biblithèque victorienne avec des vitraux énormes et des étagères qui montent jusqu'au plafond. L'air y est frais, senteur de vieux papier et de bois poli. J'ai aimé. Mon partenaire, lui, a trouvé ça trop froid et trop silencieux. Deuxième jour, train vers Liverpool (1 h 15, Merseyrail, 18 £). La gare de Lime Street est impressionnante, néo-classique, avec un hall gigantesque. On a sorti les valises et marché jusqu'à notre Airbnb dans le quartier de Ropewalks (50 £ la nuit, petite arnaque : la douche ne fonctionnait qu'avec l'eau froide pendant 24 h, le propriétaire a tardé à réagir). Liverpool est plus vivante que Manchester. Albert Dock bouillonne de touristes, cafés, magasins de souvenirs. Nous avons mangé du fish and chips chez The Scouse House. Portions énormes, poisson frais, 15 £ pour deux. L'humidité de l'estuaire donne à la ville une odeur de sel et d'algues marines. Point marquant : le Cavern Quarter. Petite rue pavée avec des façades reconstruites, des pubs miteux qui jouent de la musique des Beatles en boucle. Nous avons bu une pinte de Guinness au Cavern Club (le vrai, où ont joué les Beatles, 25 £ la pinte). C'est touristique à mort, de la maquette plutôt que du vivant, mais il y a quelque chose d'honnête à entrer dans le truc sans se raconter d'histoires. Un homme de 70 ans assis à côté de nous nous a raconté qu'il avait vu John Lennon ici en 1960. Peut-être vrai, peut-être non, mais on l'a écouté. Moment difficile : le jeudi, nous avons voulu prendre un bus local (numéro 14) pour aller à Pier Head. Attendre 45 minutes dans le froid. Quand il arrive, le chauffeur refuse notre carte de paiement (problème de machine, il dit). Tension. Nous sommes descendus à la station suivante, avons marché. C'était bête, mais ça m'a rappelé que l'Angleterre n'est pas toujours fluide. Nous avons consacré un jour au Walker Art Gallery et au Musée du Monde. Gratuit. Tableaux flamands, quelques pièces exceptionnelles, mais aussi des salles presque vides. L'un des avantages des musées anglais. L'autre jour, nous avons pris un ferry (2 £ le ticket) pour traverser la Mersey jusqu'à Birkenhead : 10 minutes sur l'eau grise, vue sur les docks, l'architecture rouge brique du XIXe. J'ai goûté le goût salé de l'air, enfin. Les soirées, nous les passions dans des pubs de quartier. The Grapes, à Hardman Street, bois foncé, clientèle locale, pas de touristes. Bière à 4,50 £ la pinte. On entendait les conversations, les accents scousers (difficiles à comprendre au début). Peu à peu, on s'accoutume. Dernière nuit, nous avons quitté Liverpool en train à 14 h 30. Retour à Londres, arrivée à 19 h 15. Les huit jours ont passé vite. Manchester et Liverpool ne sont pas des villes de carte postale. Il y a des façades grises, du béton, des rues mornes. Mais c'est aussi ça qui les rend vivantes : elles ne font pas semblant. Elles respirent.
Les bons plans repérés sur place.
Ancoats à Manchester : galeries d'art indie et restaurants dans les anciens entrepôts textiles (20 King Street West).
The Cavern Club à Liverpool : touristique mais vrai (10 Mathew Street, 25 £ la pinte de Guinness).
Crown Court Market à Manchester : 20+ petits restaurants/vendeurs sous un toit, parfait pour un déjeuner rapide et bon marché.
Mersey Ferry depuis Pier Head : 2 £, 10 minutes, vue sur les docks et l'architecture industrielle.
John Rylands Library à Manchester : gratuit, vitraux énormes, silence absolu, odeur de vieux livres.
Et au final.
Nous repartons avec un bilan mitigé mais honnête. Ces deux villes nous ont offert de beaux moments (les musées, les pubs, les ferries, la nourriture correcte). Mais la météo constamment grise et humide nous a usés psychologiquement. Je recommande Manchester et Liverpool à quelqu'un qui cherche l'Angleterre réelle, pas l'Angleterre de chocolat. À celui qui vient pour la magie des Cotswolds ou de Cornwall, je dis d'aller ailleurs.