Comment ça s'est passé.
On a décollé de Copenhague sur un Air Greenland Q200, le petit avion turbopropulsé qui fait la liaison vers Ilulissat trois fois par semaine. Le vol dure une heure et demie, et déjà on voit les côtes du Groenland devenir blanches à mesure qu'on descend. J'ai réservé ma chambre à l'hôtel Icefiord (380 DKK la nuit, petit-déj inclus), situé en face de la baie de Disko. C'est un bâtiment en bois peint en rouge, comme beaucoup de maisons là-bas, et la réception est chauffée par un poêle à bois dont l'odeur de sapin brûlé m'a suivi partout dans les couloirs. Le premier jour, on s'est levé à 5 h, conseil de la réceptionniste, pour essayer de voir les aurores boréales. On a marché vers le point de vue de Sermermiut en piquant à travers des chemins rocheux déjà gelés. La température affichait -8°C, mais le vent coupait davantage. Les aurores se sont montrées vers 6 h 30 : deux bandes vertes fines, timides, qui ont dansé pendant quinze minutes avant de s'évanouir. Ce n'était pas les vagues époustouflantes des photos Instagram, juste deux rubans fragiles qui tremblotaient. Mais j'étais seul avec ma compagne dans le noir, les pieds gelés, et le ciel faisait son truc. C'est ça qui m'a marqué. On a mangé beaucoup de poisson. Le restaurant Cafe Aasiaat, dans la rue principale, servait un halibut grillé avec des algues rouges pour 165 DKK. Le halibut du Groenland a un goût légèrement sucré, presque salé, rien à voir avec le poisson élevé en ferme. J'ai aussi goûté le suaasat, le ragoût traditionnel avec du bouillon clair et des morceaux de flétan brut : c'était étrange, gélatineux, mais fascinant. Le pain au raisin chez Nanu Bakery (32 DKK) était notre petit-déj quotidien, avec un café que j'ai pris à l'emporter parce que le café au café coûtait 45 DKK pour une petite tasse. Les icebergs et la déception relativeOn a payé 400 DKK par personne pour une sortie en bateau avec Ilulissat Icefjord Tours le 3e jour. Le bateau partait à 9 h du petit port, commandé par un gars qui s'appelait Hendrik et qui fumait une pipe qui sentait le miel brûlé. On a navigué pendant deux heures autour des icebergs détachés de la calotte glaciaire. Ils étaient énormes, certains gros comme des immeubles, échoués dans l'eau peu profonde. Mais franchement, après trois quarts d'heure, on regardait tous des glaçons blancs qui ne bougeaient pas. Hendrik nous a expliqué que certains icebergs s'étaient échoués six mois plus tôt et étaient devenus des attractions touristiques figées. C'était moins vivant qu'escompté. On a eu une vraie galère le 5e jour : le bateau pour une excursion à Qeqertarsuaq (l'île voisine) a été annulé à cause d'une tempête de neige surprise. Pas d'avertissement, pas de texte, juste : « Pas de bateau aujourd'hui. » On a perdu 350 DKK et on s'est retrouvé à traîner au supermarché Aldi local (oui, il y a un Aldi au Groenland) en essayant de rester au chaud. Ça m'a énervé. Le 6e jour, on a loué des vélos tout-terrain auprès de la petite agence près du musée (500 DKK pour deux vélos, une journée). On a pédalé vers le village abandonné d'Oqaatsut, à 25 km au nord. La piste était rocailleuse, gelée par endroits, et le silence était total. Pas un bruit, juste nos pédales qui grinçaient. On a croisé un attelage de chiens de traîneau qui filait vers le sud, et le conducteur nous a salués en criant quelque chose en groenlandais qu'on n'a pas compris. Oqaatsut est un village de cinq ou six maisons en bois, abandonnées depuis les années 1970 parce que le port s'est ensablé. Les murs étaient rongés, les portes pendaient sur leurs gonds. On a mangé nos sandwichs (pain, fromage, jambon groenlandais fumé, environ 80 DKK le sandwich) assis sur une pierre avec vue sur la baie. Il faisait -10°C et c'était probablement le meilleur moment du voyage. Avant de partirLe dernier jour, on a visité le Knud Rasmussen Museum (40 DKK l'entrée), une petite maison en bois jaune où l'explorateur groenlandais s'arrêtait. Les explications en danois et groenlandais étaient minimalistes, mais la chambre avec son lit minuscule et sa lampe à huile racontait quelque chose de vrai sur la vie ici il y a cent ans. Le musée fermait à 14 h, on a dû se presser. La compagnie aérienne Air Greenland avait programmé le retour à 17 h, et on ne pouvait pas le rater parce que le prochain vol n'était que trois jours plus tard. Ilulissat a une population de 4 600 habitants. En novembre, les touristes étaient peu nombreux. Les nuits étaient noires presque 24 h sur 24. Il n'y a pas de route qui relie Ilulissat aux autres villes du Groenland : tout se fait en bateau ou en avion. C'est isolé, dur, et ça rend les choses plus réelles, je crois.
Les bons plans repérés sur place.
Sermermiut point de vue : se lever avant l'aube et marcher 1 h dans le noir avec lampe frontale (aurores ou pas)
Cafe Aasiaat, rue principale : halibut grillé frais, goût sucré du nord, 165 DKK
Ilulissat Icefjord Tours : sortie bateau 9 h du matin avec Hendrik, 400 DKK/personne, calme mais honnête
Piste vers Oqaatsut en vélo VTT : 25 km de silence absolu et village fantôme gelé
Nanu Bakery : pain au raisin 32 DKK pour le petit-déj avant de partir courir après les aurores
Photos — Ilulissat, Ouest du Groenland
Et au final.
Neuf jours au Groenland m'ont fait réaliser qu'on voyage pas toujours pour avoir des sensations spectaculaires. Ilulissat m'a donné du silence, du froid qui pique, et des aurores boréales timides. L'arnaque du bateau annulé et le surcoût général (aucun repas en dessous de 150 DKK) m'ont moins enthousiasmé. Mais je reviendrais, probablement en janvier pour les vraies aurores.
