Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport de Johannesburg O.R. Tambo un samedi matin, mal dormi après 12 heures de vol avec South African Airways. La chaleur nous a frappés dès l'ouverture de la porte de l'avion : 28 degrés à 9h du matin, un contraste brutal avec Paris. Nous avons pris un Uber jusqu'à notre hôtel à Sandton, une banlieue cosue de Jo'burg, où la réceptionniste nous a proposé un verre de jus de mangue frais. Le prix : 45 rands, environ 2,50 euros. Le lundi, nous avons visité Soweto en compagnie d'un guide local, Thabo, qui nous a parlé sans détour des tensions actuelles. Nous avons déjeuné au Sakhumzi Restaurant, une petite maison transformée en resto, où nous avons mangé un bobotie (plat à base de viande hachée et œufs) pour 120 rands. Les murs sentaient la cuisine épicée, le cumin dominant. Thabo nous a montré la maison de Nelson Mandela, un musée bien géré mais touristique. Le moment qui m'a marqué : une femme vendeuse de rue qui vendait des bracelets en perles nous a raconté son histoire en zoulou et anglais, puis a refusé notre argent, préférant qu'on prenne simplement ses bracelets. Gêne, confusion, puis gratitude. Cap Town : la montagne et les tensionsNous avons pris un vol de 2h15 avec Kulula Air (vol SA507, départ 15h40) jusqu'au Cap. Notre auberge, la Wild Hostel à Sea Point, était tenue par des routards sud-africains qui nous ont averti : ne pas sortir seul le soir après 19h. Nous avons respecté le conseil. Nous avons grimpé la Table Mountain un mercredi matin, levés à 5h30 pour prendre la première rotation de la téléphérique. À 1 086 mètres, le vent était glacial, les rafales nous plaquaient contre la paroi rocheuse. Le prix du billet aller-retour : 95 rands. La vraie galère : le bus MyCiTi que nous avons pris pour aller à Boulders Beach s'est arrêté à un feu sans explication pendant 45 minutes. Surchauffe du moteur. D'autres passagers pestaient en afrikaans. Une femme nous a dit « Welcome to Cape Town » avec un sourire fatigué. Nous avons finalement marché 2 km jusqu'à Boulders, où nous avons observé les manchots africains. C'était moins « magique » que prévu : beaucoup de touristes, des cordes de délimitation, mais les manchots étaient là, réels, à croasser en colonie. Nous avons dîné à The Codfather Seafood Restaurant, un établissement touristique mais honnête, où j'ai commandé un bouilli de langouste locale (crayfish) : 185 rands, riche en saveur, la chair blanche et sucrée. Le serveur nous a expliqué les tensions entre les communautés colorées et noires, un sujet que les guides évitent. Conversation crue, utile. Kruger : le safari et la patienceNous avons loué une voiture chez Hertz (Toyota Corolla, 280 rands la journée) et roulé vers le nord pendant 5h. Nous avons choisi Skukuza Rest Camp, le lodge principal du parc, plutôt qu'un lodge privé trop cher. Nous avons dormi dans une rondavel (petite hutte ronde), électricité et eau chaude incluses : 450 rands la nuit, acceptable. Nos premiers safari ont été décevants. 8h du matin sur une piste, pas un éléphant. Nous avons vu des phacochères et des impalas, plus des oiseaux multicolores dont les noms nous échappaient. Le soir, en longeant le cours d'eau du Crocodile, nous avons senti la terre mouillée et la végétation pourrie, une odeur animale qu'aucune description ne capture. Le troisième jour, vers 17h, un troupeau d'éléphants a traversé la piste à 50 mètres. Six individus, dont deux jeunes. Nous avons arrêté le moteur. Silence total pendant 10 minutes. Pas besoin d'adjectifs : c'était là, c'était bruyant (leurs pas sourds), et c'était fini. Nous avons mangé au Skukuza Restaurant tous les midis et soirs : la nourriture était correcte, pas raffinée, mais copieuse. Un kudu steak (viande locale) : 130 rands. La bière Castle, 28 rands la canette. Nous avons parlé avec un ranger qui nous a expliqué les problèmes de braconnage : malgré les efforts, 40 rhinocéros braconnés par mois en 2019. Nous avons quitté Kruger en fin d'après-midi, route vers Hoedspruit. Arrêt à une station-service Total à Phalaborwa : chaos organisé, achats de dernier moment, files énormes. Le manque de fluidité dans les files d'attente, une petite frustration accumulée. Retour et derniers instantsÀ Jo'burg, avant le vol retour, nous avons visité le Apartheid Museum, situé dans le quartier de Mahlasedi. Musée sombre, nécessaire, dur. Entrée 90 rands. Nous avons bu un café au comptoir à côté : cappuccino correcte, 35 rands, servi dans un vrai bol.
Les bons plans repérés sur place.
Skukuza Rest Camp, parc Kruger : demander la rondavel n°14 face au Crocodile River pour les safaris à l'aube
Sakhumzi Restaurant, Soweto : bobotie et histoires de resistance, ambiance de maison
Téléphérique Table Mountain : partir avant 6h pour éviter les files (95 rands l'aller-retour)
The Codfather Seafood Restaurant, Cape Town : crayfish bouilli, portion généreuse, 185 rands
Apartheid Museum, Johannesburg : 90 rands, 3 heures minimum, photos interdites en certaines sections
Photos — Le Cap & Parc Kruger
Et au final.
L'Afrique du Sud nous a confrontés à des réalités complexes : beauté des paysages et des animaux, mais aussi inégalités criantes, insécurité ressentie, et tourisme qui gomme les aspérités. Les safaris nous ont moins transformés que prévu, et la surpopulation touristique au Cap était étouffante. Mais Soweto, les rencontres locales brutes, et ce moment silencieux face aux éléphants valaient le détour.
