Comment ça s'est passé.
On a atterri à l'aéroport international de Damas un mercredi matin, après une correspondance chaotique à Beyrouth. Le vol Syrian Air était à l'heure – surprise. Dehors, 34 degrés, l'air sec qui brûle les narines. Un taxi blanc défoncé nous a menés à l'hôtel Cham Palace pour 1500 livres syriennes (environ 3 euros au taux du marché noir). La chambre sentait le moisi et l'encens bon marché. Les trois premiers jours ont tourné autour de la Vieille Ville. Le souk Al-Hamidiyeh, c'est moins un marché qu'un champ de ruines partiellement réoccupé : des magasins fermés côté à côté avec des vendeurs de tissu et de dattes. On y a acheté des pistaches au kilo chez Abu Hassan, un type qui vend là depuis quarante ans, dit-il. Elles coûtaient 8000 livres le kilo et elles étaient effectivement bonnes. Le goût salé et sucré à la fois, les mains qui collent. La Grande Mosquée des Omeyyades et la réalitéJeudi matin, levée à 5 h 30 pour éviter la foule. La mosquée est techniquement ouverte mais l'aile nord reste fermée pour « restauration » depuis 2016. On a quand même pu voir la cour intérieure – les arcades bleues et blanches sont intactes, le silence était épais. Un gardien nous a demandé 2000 livres pour une photo. On a refusé, mauvais réflexe de touriste. L'après-midi, on a tenté un restaurant recommandé par un guide qui datait de 2010 : fermé. On s'est rabattue sur Al-Khayam, rue Straight, où on a mangé un poulet rôti avec hummus pour 5000 livres. Pas mauvais. La viande était tendre, l'hummus ordinaire. Le serveur parlait un français approximatif et nous a raconté sa cousine à Marseille pour faire la conversation. Les galères commencentSamedi, on a voulu prendre un microbus pour Maaloula, le village chrétien à 60 km nord. Départ prévu à 7 h de la gare routière Harasta. On y est allée à 6 h 45. Le bus était déjà plein. On a attendu une heure pour le suivant. Température qui monte, odeur de diesel et de sueur dans un espace grand comme un placard. Enfin partis vers 8 h, le trajet a pris 2 h 45 au lieu de 90 minutes. Contrôle de police à mi-chemin, les flics ont jeté un oeil aux passeports et on a roulé. Maaloula elle-même reste une déception relative. Le village est fragmenté, certaines zones encore marquées par les combats. On a grimpé jusqu'au couvent Sainte-Thècle – la vue sur la vallée est bien, mais les murs sont criblés de trous de balles. Une nonne nous a servi du café dans une tasse en plastique, gratuit. C'était amer et chaud, franchement agréable après les trois heures de bus. Palais Azem et musées décevantsRetour à Damas dimanche. Le Palais Azem est un vrai bâtiment, une belle cour en marbre avec une fontaine, des salons aux murs peints. Mais l'électricité fonctionne par intermittence. On visitait dans la pénombre relative. Entrée 500 livres. On a croisé deux touristes allemands et c'est tout. Le musée national était fermé lundi (jour de maintenance, paraît-il). On a dû reprogrammer mardi matin. Les collections sont réelles – bronzes, mosaïques romaines, calligraphies – mais l'air conditionné ne fonctionnait pas et on suait à travers les salles. La climatisation qui se fait entendre par à-coups, puis disparaît. Le moment qui a changé les chosesMardi soir, on a pris un taxi pour le quartier de Berzeh, un endroit moins touristique qu'on nous avait recommandé. Le chauffeur, Nasser, a annulé la course à mi-chemin parce qu'il y avait un contrôle militaire à l'entrée. On s'est retrouvés là, à pied, sans vrai plan. Nasser – par pure gentillesse – nous a emmenées chez sa soeur à pied, à 500 mètres. Elle nous a donné du thé à la menthe et des pâtisseries faites le matin. On a parlé trois heures, elle en français, nous en anglais. Elle enseignait l'histoire avant 2011. C'était un moment qui avait du poids. Mercredi, on a fait une pause. Café Rawda sur l'avenue Shukri al-Quwatli, une terrasse minuscule avec quatre tables. Café turc à 1000 livres. On a écrit des cartes postales et on a attendu que le temps passe. Derniers jours sans grand reliefJeudi visite du Christian Quarter, ruelles étroites, églises Sainte-Marie-Magdala et d'autres. C'est intact mais vide de touristes. Vendredi, départ à 14 h depuis l'aéroport. Un dernier sandwich chez Abu George (3000 livres) – fromage blanc et tomate entre deux pains trop mous.
Les bons plans repérés sur place.
Souk Al-Hamidiyeh, magasin Abu Hassan – manger des pistaches en marchant entre les vendeurs de tissu
Grande Mosquée des Omeyyades – aller tôt le matin, avant 7 h, cour intérieure vide
Couvent Sainte-Thècle à Maaloula – café gratuit offert par une nonne, vue sur la vallée
Café Rawda avenue Shukri al-Quwatli – café turc à 1000 livres, terrasse de quatre tables, silence
Quartier de Berzeh la nuit – plutôt que les zones touristiques principales, rencontres plus authentiques
Photos — Damas
Et au final.
Damas n'est pas une destination pour prendre des photos d'époque dorée. C'est une ville grise, marquée, pas particulièrement accueillante aux touristes. Mais il y a des moments – une tasse de café, une conversation qui s'allonge, des gens contents de parler à des étrangers. Je n'irai pas dire que j'ai adoré. Ce que j'ai moins aimé : l'instabilité en arrière-plan, l'infrastructure touristique quasi inexistante, les files d'attente invisibles. À recommander seulement aux voyageurs qui acceptent l'inconfort.








