Comment ça s'est passé.
Arrivé à Cotonou le 14 février par Air Côte d'Ivoire, j'ai compris d'emblée que ce séjour ne serait pas un circuit touristique lissé. Le taxi depuis l'aéroport international Cadjèhoun (45 km) m'a coûté 12 000 CFA, soit environ 18 euros – le chauffeur m'a expliqué avec un sourire qu'il fallait négocier avant de monter. J'ai débarqué à l'hôtel Azalai Cotonou vers 16 h, épuisé par 4 heures de route où j'ai respiré les gaz d'échappement mélangés à la poussière ocre qui envahit tout à cette période de l'année. Les trois premiers jours, j'ai exploré Cotonou sans plan précis. La ville sent l'iode, le poisson fumé et la sueur – pas déplaisant, juste intense. J'ai pris des petits-déjeuners au café Keur Samba, près du marché Dantokpa, où la patronne m'a servi un café au lait et du pain avec du beurre d'arachide maison pour 1 200 CFA. Ce marché est un dédale de 2 hectares où j'ai failli me perdre en cherchant du savon noir ; les vendeuses m'arrachaient presque des mains les paniers en paille. Le bruit y est assourdissant – conversations, klaxons de motos, musique criarde depuis les transistors. Le jour où j'ai raté le minibus pour Porto-NovoJ'avais prévu de prendre un transport interurbain depuis la gare routière Wadata à 6 h 30. Je suis arrivé à 6 h 40 et le minibus STP (Société de Transport de Personnes) était déjà plein – 15 places occupées par 22 passagers. Le chauffeur m'a proposé de monter sur le toit contre 3 000 CFA supplémentaires. J'ai refusé, frustré, et j'ai dû attendre le prochain bus à 8 h 30. Perte de 2 heures, mais ce retard m'a évité des crampes sur la route de 50 km. Porto-Novo s'est révélée plus calme. J'ai logé au guesthouse Bénin Royal, une petite maison coloniale repeinte en orange, tenue par une octogénaire attachante qui prépare elle-même le dîner. Le soir du 18 février, elle a mijoté un poulet à la sauce d'arachide avec du gari (semoule de maïs) – le plat coûtait 3 500 CFA et goûtait la cuisine de grand-mère béninoise. Le musée Palais Royal, ancien siège du roi du Danhomè, m'a impressionné par ses sculptures Yoruba et Fon, mais l'entrée à 3 000 CFA incluait un guide bavard qui racontait les mêmes anecdotes trois fois. Ce qui m'a surpris (positivement et négativement)Les habitants m'ont régulièrement interpellé pour des conversations : pas d'arnaque, juste de la curiosité. À la basilique Jésus-Sainte-Croix de Porto-Novo, une femme m'a expliqué son pèlerinage avec une sincérité qui m'a ému. Mais la propreté des rues m'a déçu – plastiques partout, particulièrement autour du port de Cotonou où j'ai vu des filets de pêche enchevêtrés avec des bouteilles. J'ai mangé du poisson grillé frais au restaurant La Pirogue (prix moyen 5 500 CFA) sur la plage de Jonquet – la chair était fondante mais le lieu sent fortement l'algue et le fuel des bateaux. En fin d'après-midi, vers 17 h, le ciel virait au rose abrupt, sans nuance, avant de noircir en 20 minutes : phénomène climatique brut qui rendait chaque coucher de soleil presque brutal. J'ai pris le transport public local, les zemidjans (motos-taxis) : 300 CFA par trajet, chauffeurs nonchalants qui slalomaient entre les carrefours sans panneaux. Un jour, mon chauffeur a frebrché d'un coup pour éviter une poule ; on a bien ri. J'ai aussi visité le marché de Godomey, plus épuisant que celui de Cotonou, où j'ai acheté des bijoux en laiton – bonne affaire à 8 000 CFA pour trois paires de boucles d'oreilles. Le point noir : j'avais prévu de voir les maisons de couleurs du quartier Zogbo (réputées pour leurs façades peintes), mais trois jours de pluie m'en ont empêché. Les inondations urbaines paralysent tout – taxi, bus, piétons – pendant quelques heures.
Les bons plans repérés sur place.
Marché Dantokpa à Cotonou : se perdre volontairement entre les étals de tissus, découvrir les vendeurs de féculent à 500 CFA le kilo
Basilique Jésus-Sainte-Croix de Porto-Novo : architecture coloniale blanche, pèlerins pieux chaque mercredi
Restaurant La Pirogue, plage de Jonquet : poisson grillé frais à 5 500 CFA, pieds dans le sable, coucher de soleil rapide
Palais Royal de Porto-Novo : collections Yoruba et Fon, guide compris, 3 000 CFA, très peu de touristes
Trajets en zémidjan : 300 CFA pour naviguer le chaos urbain, rencontrer les gens, voir la vraie ville
Et au final.
Le Bénin m'a livré une image brute, sans filtre : chaleur, bruit, rencontres chaotiques mais authentiques. Les gens sont ouverts, la nourriture généreuse, mais je ne reviendrai pas pour les paysages (peu spectaculaires) ni l'infrastructure touristique (basique). C'est un voyage qu'on fait pour comprendre, pas pour s'échapper.







