Comment ça s'est passé.
On a débarqué à Cotonou un jeudi matin, après une nuit de vol avec Air Sénégal depuis Paris. L'aéroport Cadjèhoun était bondé, climatisation cassée. Dehors, mur de chaleur à 34 °C. Le taxi collectif jusqu'à Cotonou centre, ligne informelle sur l'avenue Jean-Paul II, s'est avéré être un vrai jeu des chaises musicales : sept passages payants pour trois kilomètres. Notre hôtel, le Villa Afrikana (chambre 45 000 francs CFA soit 69 euros la nuit), donne sur le carrefour de Zinsou. Dès 6 h le matin, la rue respire le piment grillé et l'essence. Les femmes vendent des beignets de plantain directement devant la porte, 500 CFA l'assiette. On en a avalé trois jours d'affilée avant de trouver un resto décent, l'Espace Kpanon, où on a commandé du poisson à la tomate pour 3500 CFA. Bon marché, portions énormes, serveur qui comprend zéro l'anglais. Le marché Dantokpa : un enfer organiséDantokpa, c'est le plus grand marché de Cotonou. Chaos contrôlé. On y a traîné notre guide, Ismaël, un mec de 28 ans qui bossait en free-lance et parlait français. Il fallait négocier partout : frippes à 1000 CFA le t-shirt, tissus wax par mètres, cuivre martelé. Une femme nous a harcelé 20 minutes pour acheter un collier en coquillage « importé d'Afrique du Sud ». Arnaques ? Probablement. Ismaël nous a avoué avoir touché 20 % de commission sur nos achats. On a trouvé ça dégueulasse quand on l'a réalisé après coup. L'odeur du marché reste en moi. Mélange de sueur, d'épices brutes (piment, gingembre en poudre), de tissu neuf, de diesel. Ça prend à la gorge les premières heures. Abomey : palais et fantômesBus Trajet Trans pour Abomey (5 heures, 6500 CFA), départ à 6 h depuis la gare routière Vedoko. Siège qui bouge mal, climatisation qui soufflait de l'air tiède. Arrivée à midi. On a visité le Palais Royal d'Abomey, monument UNESCO, le seul bâtiment structuré du coin. Les bas-reliefs racontaient les guerres des rois Fon. Guide parlant français (5000 CFA pour deux heures). Moment singulier : regarder les chaînes de Fon sur les murs. C'est lourd. Pas gracieux. Pas lyrique. Juste lourd. On a dormi à l'hôtel Beaumel (chambre 35 000 CFA), tenu par une femme Béninoise et son mari français. Ils avaient une petite terrasse avec des chaises qui grinçaient. Le soir, on a mangé de l'aloco (bananes frites) avec sauce épicée, poulet grillé chez une vendeuse de rue, rue Nationale. 2000 CFA. Bon. Vraiment bon. Elle remettait du piment à la demande, sans demander confirmation. Parakou et le Nord : la route qui ne finit pasTrajet de 13 heures en minibus jusqu'à Parakou (gare routière Zongo à Cotonou, départ 5 h 30 du matin, 13 000 CFA). Route d'Afrique de l'Ouest : nids-de-poule, villages qui surgissent, contrôles militaires tous les 50 km. On a dû descendre 6 fois pour montrer les papiers. Un gendarme nous a demandé si on avait des euros « à échanger » (comprendre : donner). On a refusé poliment. Pas d'escalade, mais un malaise qui dure. Parakou est calme comparé à Cotonou. Pas de foule. Pas de vendeurs agressifs. C'est la sous-préfecture du Nord. On a loué une chambre chez l'habitant, via un intermédiaire, 20 000 CFA. Propreté douteuse, eau chaude deux fois pendant le séjour. On a eu une turista le jour 11, résultat probable du poulet grillé du premier jour. Repos forcé à l'hôtel avec un pack de mouchoirs. Pendjari et la vraie galèreExcursion safari au parc de la Pendjari (120 km, 4h de route). Réservation faite par l'hôtel. Le guide avait un fusil de chasse. Pas rassurant. La piste était défoncée. On a vu des éléphants à distance, des antilopes. Pas de lion. Le guide attendait clairement un pourboire énorme. On a trouvé insultante sa manière de compter les animaux et de faire du « c'est trop cher pour vous » à chaque question.
Les bons plans repérés sur place.
Marché Dantokpa (Cotonou) : arriver tôt, avant 7h, pour éviter la foule extrême
Palais Royal d'Abomey : les bas-reliefs en fonte du roi Ghézo, une lecture brute de l'histoire
Espace Kpanon restaurant (Cotonou, avenue Jean-Paul II) : meilleur poisson à la tomate, 3500 CFA
Route vers Parakou : emporter de l'eau, des recharges téléphone, patience illimitée
Vendeurs de rue à Abomey : aloco et poulet grillé chez les femmes en début d'après-midi, moins cher et plus frais
Photos — Cotonou, Abomey, Parakou
Et au final.
Le Bénin n'est pas facile. Cotonou reste surpeuplée, bruyante, pas très accueillante pour les touristes blancs. Les arnaques existent, les routes tiennent un miracle. Mais au Nord, dans les villages quiets et chez les gens simples, on a senti quelque chose de sincère. Les enfants qui couraient derrière nous en riant, pas pour mendier, juste pour voir des étrangers. Ça valait le coup.
