Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport international Ahmed Sékou Touré un mardi matin vers 7h30, après une nuit blanche depuis Paris. Dès la sortie des portes, une chaleur épaisse nous a frappés, mélangée à l'odeur du fuel des générateurs qui ronronnaient un peu partout. Les formalités ont pris deux heures – l'officiel des douanes voulait qu'on paie un « droit de bienvenue » de 50 000 FG pour accélérer le traitement. On a refusé. Il a signé nos papiers trois jours plus tard. Nous avons réservé une chambre au Hôtel Camayenne, rue de Kindia, un établissement de classe moyenne avec l'eau chaude aléatoire et la clim qui broyait les os à 18 degrés la nuit. Le petit-déjeuner (café noir, pain de mie, omelette) coûtait 45 000 FG, soit environ 5 euros. Pour manger, nous avons découvert le Restaurant Chez Mamou à deux rues de là : un bout de table en plastique, du yassa de poulet (citron et oignons) pour 35 000 FG, et un serveur qui posait 50 questions sur nos origines en essuyant les assiettes avec son tee-shirt. Le goût du yassa m'a rappelé la Casamance, acidulé et sucré à la fois. Le marché de Kindia, les minibus et la première galèreOn a voulu visiter le marché central de Kindia un jeudi, à 40 km de Conakry. Les minibus partagés (les « gbakas ») partent quand ils sont pleins, jamais à l'heure. Nous avons attendu 1h45 pour que les derniers passagers grimpent. Le véhicule, un Toyota Hiace bleu ciel criblé de pneus de rechange attachés sur le toit, empestait la sueur et le parfum bon marché. Une femme à côté de moi vendait du poisson séché – l'odeur était acide, presque suffocante, surtout quand elle ouvrait son sac plastique. À Kindia, le marché grouillait de vendeurs de fruits (mangues à 3 000 FG le kilo), d'épices entassées dans des bassines, de tissus kanji et de viande fumée. Un marchand nous a vendu ce qu'il présentait comme du « miel pur » pour 50 000 FG. C'était du miel mélangé à du sucre fondu – une belle arnaque. Le retour en gbaka a été pire : une panne à 20 km de Conakry, le moteur qui toussait, puis le silence. Nous sommes restés une heure sur le bas-côté de la route nationale, à regarder des enfants vendre des glaçons d'eau bouillie à travers les vitres. L'île de Kassa : le détour salvateurNous avons pris le bateau pour l'île de Kassa un samedi matin à 6h30 depuis le débarcadère de Rogbané. La pirogue était un petit bateau à moteur, jaune et bleu, avec une quarantaine de passagers, des filets de pêche entassés et des poules dans des cages. Trente minutes sur l'océan Atlantique, avec le sel qui piquait la peau et l'odeur iodée de l'eau froide. L'île nous a ramenés à l'essentiel : un village de pêcheurs, quelques cases en bois, une plage de sable noir parsemée de débris de coquillages. Nous avons mangé du poisson grillé chez une habitante nommée Fanta, assise sous un auvent de palme, avec du riz blanc et un jus de bissap glacé (l'hibiscus rouge sang, le goût sucré qui apaise). Moment marquant : regarder les enfants du village chercher des mollusques dans les rochers à marée basse, leurs pieds nus glissant sur les algues, sans se plaindre une seule fois. Cela m'a rappelé que j'avais le luxe de voyager. Conakry : les nuits chaudes et le cimetière des voituresDe retour à Conakry, nous avons visité le Musée National un mercredi après-midi. L'entrée coûtait 15 000 FG. Les collections étaient maigres – quelques masques, des objets de culte – mais une vieille dame qui gardait le bâtiment nous a raconté l'histoire des chefs guerriers locaux pendant deux heures. Elle refusait les 10 000 FG qu'on lui proposait en pourboire, puis elle les a pris avec un grand sourire. Le soir, nous traînions au Bar du Fleuve, face au littoral, où on trouvait de la Guiluxe (bière locale) à 5 000 FG. Les nuits sont bruyantes à Conakry : les générateurs qui crachent, les vendeurs de rue, la musique des bars voisins qui jouent du mbalax jusqu'à minuit. Peu de sommeil réparateur. Nous avons aussi exploré le marché aux épices de Madina en fin d'après-midi, où les vendeurs s'énervent sur le prix du poivre noir – les négociations peuvent durer 20 minutes pour 100 grammes.
Les bons plans repérés sur place.
L'île de Kassa – pirogue jaune et bleue depuis Rogbané, poisson grillé sous l'auvent, enfants cherchant des mollusques
Le marché central de Kindia – accès par gbaka Toyota bleu, mangues à 3 000 FG, vendeurs de tissu kanji
Restaurant Chez Mamou (rue de Kindia, Conakry) – yassa de poulet 35 000 FG, serveur trop bavard mais efficace
Débarcadère de Rogbané – point de départ des bateaux, ambiance de pêche authentique, pêcheurs qui réparent leurs filets
Bar du Fleuve (Conakry) – Guiluxe locale à 5 000 FG, vue sur l'océan Atlantique au coucher du soleil
Et au final.
La Guinée nous a désarçonnés, autant par la beauté brute de ses côtes que par l'imprévisibilité quasi permanente. Les transports erratiques, l'eau qui coupe à tout moment et la corruption discrète des petits fonctionnaires m'ont épuisée. Mais nous repartons avec le souvenir du goût du yassa, du sourire de Fanta sur son île, et du sentiment d'avoir vraiment atterri quelque part, pas juste visité.







