Comment ça s'est passé.
On arrive à l'aéroport Gbessia de Conakry un mardi à 14h30. Moiteur étouffante, odeur mélangée de diesel et de poisson fumé qui prend à la gorge dès qu'on franchit la porte. La formalité à la douane ? Deux questions, pas de tampon demandé. Un chauffeur nous attend au comptoir Uber (oui, il existe ici, mais bon courage pour trouver une voiture fiable). On descend à l'hôtel Comoé, rue du Docteur Eisenhower, à 5 minutes du centre. Chambre 34 au troisième étage, ventilo qui grince comme une vieille porte. 45 euros la nuit. L'eau chaude est un concept ; on s'y habitue. Le petit-déjeuner, compris, c'est pain de mie industriel avec du Nescafé tiède. Vraiment pas folichon. Marché Kindia et ses labyrinthes bruyantsMercredi matin, on force vers le Marché Kindia. Pas « le marché central », non non. Il y en a cinq. Celui-ci domine le quartier depuis les années 1960 et c'est une cathédrale du chaos. Les vendeurs de tomate crient des prix en franco-guinéen (contraction du français et du soussou). Deux kilos de mangues fermentées : 8000 francs guinéens, soit un euro. On se perd volontairement dans les ruelles, passe devant une étiquette « Chez Mamadou — Beignets chauds ». On en achète six pour 500 francs. L'odeur de l'huile qui crépite, c'est ce qu'on retiendra de mieux cette semaine. Mais là, galère concrète. Un gamin nous pique un appareil photo du sac en toile. Pas brutal, juste discret. On s'en aperçoit cinq minutes plus tard. On revient sur nos pas, le cœur serré. Retrouvé. Il l'avait laissé tomber deux étals plus loin. Merci à un vendeur de pagnes qui l'a gardé. On lui laisse 15000 francs. Moment marquant, oui, mais qui rappelle que le tourisme concentré sur deux ou trois places, ça crée des situations tendues. Îles de Los et rencontre inattendueJeudi, on prend un pinasse (bateau traditionnel, moteur diesel bruyant) vers l'île de Roume aux Îles de Los. Départ à 7h du port autonome de Conakry. Prix : 30 euros aller-retour. Une heure de trajet sur une eau grise-marron qui pue la vase. On s'assoit sur des bancs en bois pourri, coincé entre un commerçant de poisson et une femme qui vend des téléphones. Pas de gilet de sauvetage. On arrive à Roume. Trois restaurants, une plage de sable noir où les touristes se comptent sur les doigts. On commande un plateau de fruits de mer au Chez Ibrahima : poulpe grillé, huître fraîche, riz blanc. 18 euros pour deux. Le gout du citron frais sur la chair de poulpe, c'est ce qu'on oublie pas. Un vrai moment. On discute avec Ibrahim, propriétaire depuis 2011, qui nous raconte que le tourisme c'est du rêve, que les coups de filet électoraux et les coupures d'électricité ont tué l'activité hôtelière. Kindia en détour, routes défoncéesSamedi. On décide de partir vers Kindia en minibus. Route nationale numéro 1, c'est un chaos de nids-de-poule. Une heure et demi pour 70 kilomètres. On paie le trajet 25000 francs (3 euros). Le minibus s'arrête tous les dix kilomètres pour prendre d'autres passagers. Température à l'intérieur : 38 degrés. Pas de climatisation. Une femme à côté de nous mange des cacahuètes bouillies (akassa) qu'elle sort d'un sac en plastique. Bruit incessant des babioles qui roulent sous les sièges, musique mandingue à volume volume maxi. À Kindia, petit hôtel sans nom, gérée par un couple franco-guinéen. 40 euros, douche froide comprise. On visite le jardin botanique de Kindia : c'est vrai, c'est calme, mais les arbres fruitiers sont mal entretenus. On paie 5000 francs d'entrée. C'est pas excitant comme décrochage touristique. Retour, marché Madina, épuisementDimanche, on flâne au marché Madina près de notre hôtel. C'est ici qu'on mange les meilleurs beignets de banane (2500 francs la portion). Odeur de fumée de bois, vendeurs de pagnes imprimées « Bolibana ». On achète un pagnes, malentendu classique : le vendeur nous demande 35000 francs, on pensait 20000. On négocie, on tombe à 28000. C'est comme ça. Lundi, c'est fini. On a l'impression de rien avoir « conquis » en dix jours. La Guinée, c'est pas une destination de cartes postales. C'est bruyant, imparfait, parfois dangereux (on a croisé des braqueurs en sortant d'un bar à 23h, on a eu peur, on n'a pas été agressés). Mais on a mangé du bon poisson, on a parlé à des gens vrais, on a compris qu'il y a un monde entre ce qu'on en lit et ce qu'on respire sur place.
Les bons plans repérés sur place.
Marché Kindia : le bruit, la foule, les beignets chauds de Chez Mamadou, impossibles à oublier
Île de Roume aux Îles de Los : restaurant Chez Ibrahima, poulpe grillé et vue sur la baie, 18 euros
Minibus Conakry-Kindia sur la RN1 : l'expérience de transport « vraie », nids-de-poule inclus, 25000 francs
Port autonome de Conakry à 7h : embarquement sur pinasse vers les Îles de Los, eau grise, sentiment brut
Marché Madina : beignets de banane à 2500 francs, négociation sur les pagnes, vie quotidienne
Et au final.
Conakry ne m'a pas ravi, mais m'a interpellé. Les Guinéens sont chaleureux, les fruits sont parfaits, les routes sont un calvaire. Je ne reviendrais pas demain, mais ce voyage m'a montré combien les voyages vraiment différents, c'est pas les destinations Instagram, c'est les endroits où tu peux te perdre.







