Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à Nouakchott le 14 janvier à 19 h 30 via Air Mauritanie, après une escale à Casablanca. L'aéroport international Nouakchott-Oumtounsy, un bâtiment gris sans charme, nous a craché dehors dans la moiteur de janvier. Température : 28 °C, humidité marine terrible. L'odeur mélangée du kérosène et de la poussière océanique nous a suivis jusqu'au taxi blanc qui nous a menés à l'Hôtel Nouakchott El Baraka (chambre 45 euros, petit-déj inclus). Le propriétaire, Hamidou, a insisté pour nous donner des conseils sur la route vers Chinguetti. Le lendemain matin, levés à 5 h 30 pour attraper le transport collectif au gare routière de Nouakchott (au sud du port). Un minibus blanc de la compagnie Mauritania Express, immatriculé RJ-32847, partait à 6 h 45 vers Atar. Dix heures de trajet, assis sur des bancs en plastique avec quarante autres passagers, nos genoux collant aux sièges. Nous avons croisé des troupeaux de chèvres, des vendeurs de dattes au bord de la route. Le chauffeur, Ibrahim, grillait des cigarettes Fortuna à longueur de trajet, la climatisation défaillante. Nous avons payé 2 500 ouguiya par personne (environ 6,50 euros). À Atar, vers 17 h, hôtel basique : Auberge Sahara, 40 euros la nuit, robinet d'eau chaude qui sort à peine. Le couscous au ragoût de mouton du restaurant attenant (450 ouguiya, très bon) nous a remis debout. De là, direction Chinguetti. Nous avons loué une 4x4 avec chauffeur (Abdi, 45 ans, très discret) pour 150 euros la journée via l'agence Azalai Tours. Route de sable mélangé à des cailloux. Après trois heures, nous sommes arrivés à Chinguetti. La ville m'a frappée d'une drôle de façon : ce n'était pas beau, mais étrange. Des maisons en pierre brute, des ruelles étroites, pas de touristes, presque pas de vie. Nous avons été les seuls Européens visibles ce jour-là. Nous avons dormi à la Maison d'hôtes Araouane (tenue par Hassan, ancien guide touristique). Chambre 55 euros, toit-terrasse avec vue sur l'Adrar. Hassan nous a préparé du thé à la menthe servi dans des petits verres dorés (goût sucré, vivifiant, servi trois fois d'affilée selon la coutume). Il a aussi partagé des galettes de pain plat cuites dans la cour, encore tièdes. La nuit, froid surprenant (15 °C environ), mais le silence était total. Aucun bruit moteur. Le moment marquant : la visite de la Bibliothèque de Chinguetti. Construite en 1557, elle contient encore quelques centaines de manuscrits arabes en verre protégé, mais la plupart ont été transférés au Mauritius ou en France (débat tense, Hassan nous l'a expliqué avec une certaine amertume). L'odeur à l'intérieur : poussière, encre ancienne, papier sec. Petite galère : nous avons dû négocier avec le gardien (Mohammed) pour droit de photo. D'abord, il a dit non. Abdi a parlé avec lui pendant vingt minutes. Mohammed a fini par accepter contre 500 ouguiya. Photos interdites des manuscrits, mais des murs oui. Espace très petit, trois pièces à peine. Excursion dans l'Adrar : le paysage était rouge orangé, géométrique, pas du tout la dune douce. Plutôt des formations rocheuses comme des châteaux érodés. À midi, nous avons pique-niqué à l'ombre d'une falaise : conserves de sardines mauritaniennes (très bonnes, 350 ouguiya la boîte), pain, eau. Abdi nous a fait goûter du lait de chèvre frais qu'il avait apporté dans une gourde. Température : 38 °C à l'ombre. Retour à Chinguetti vers 18 h 30, épuisés. Avant de partir, nous avons traîné au marché central de Chinguetti, petit mais coloré. Tissus indigo, épices (cumin, coriandre, ras-el-hanout), poissons secs, biscuits. Les vendeurs ne parlaient pas français. Abdi a négocié pour nous. Nous avons acheté du henné à 200 ouguiya le petit sachet, des dattes farcies. Une vieille femme, Khadija, nous a donné un sachet de dattes supplémentaire en disant quelque chose qu'Abdi a traduit par « pour la route ». Retour à Atar en 4x4 (route cahoteuse, trois crevaisons dans les quatre dernières heures). Une mécanique en bord de route nous a sauvés grâce à Abdi qui connaissait le garagiste. Nous avons attendu une heure dans une cabane en tôle, à boire du thé. Pas de galère vraie, mais de l'inconfort. À Atar, restaurant L'Oasis du Désert : tajine de poisson (750 ouguiya), copieux et bon.
Les bons plans repérés sur place.
Bibliothèque de Chinguetti : manuscrits du XVIe siècle, visite guidée avec gardien Mohammed, 500 ouguiya pour photos
Auberge Sahara à Atar : couscous-ragoût 450 ouguiya, point de départ obligatoire vers l'Adrar
Gare routière de Nouakchott : minibus Mauritania Express quotidiens, 2 500 ouguiya/pers. jusqu'à Atar
Falaises de l'Adrar : excursion 4x4 avec Abdi, formations rocheuses rouges, pique-nique au pied des rochers
Marché central de Chinguetti : henné frais 200 ouguiya, dattes farcies, tissu indigo traditionnel
Photos — Chinguetti
Et au final.
Chinguetti nous a déçus sur l'aspect touristique : peu de services, bibliothèque moins impressionnante qu'escompté. Mais cette austérité même m'a plu finalement. Le désert est dur, pas maquillé. Hassan et les gens rencontrés étaient bienveillants. Retour à Nouakchott, vol de départ vers Dakar. Mauritanie : pas pour tous, mais pour qui aime le désert brut et les rencontres sans filtres.

