Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport Johan Adolf Pengel vers 14h après un vol de 11 heures depuis Paris sur Surinam Airways. Pas d'accueil enthousiaste, juste la chaleur moite qui vous enveloppe dès la sortie, à 31°C et 89 % d'humidité. Le taxi officiel nous a coûté 40 SRD (environ 11 euros) jusqu'à notre guesthouse, le Cozy Inn, une maison coloniale reconvertie dans le quartier de Lelydorp. Les murs jaune pâle, peint probablement dans les années 1970, commençaient déjà à écailler. Premier jour : Paramaribo Centre et ses contradictions Nous avons commencé par explorer le centre historique à pied. La Mosquée en bois d'Omarstraat nous a frappés d'abord par son odeur de teck ancien et ciré, puis par son architecture improbable : une mosquée construite entièrement en bois sans clou unique, vestige du 19e siècle. À côté, la Cathédrale Métropolitaine en bois jaune criard, aussi imposante qu'une maison de poupée. Les touristes manquent franchement ici. Nous avons croisé peut-être quatre autres visiteurs en trois heures. Le marché central de Paramaribo (Centrale Markt) nous a surpris par son brouhaha : vendeurs de fruits tropicaux qui criaient les prix en plusieurs langues, mélange d'odeur de gingembre frais, de poisson fumé et d'égout. J'ai goûté une grappe de mombin (jujube) achetée à une femme âgée pour 8 SRD. Goût sucré-acide, la peau jaune craqueait sous les dents. Nous avons pris un jus de déhal (raisin de mer) au même marché : amer, astringent, servi dans un verre douteux où la glaçe fondait déjà. Restaurant Le Petit Bistro en fin d'après-midi : nous avons mangé du roti de poulet (plat indo-caribéen) pour 35 SRD. Pain aplati, curry maison, servi avec chutney à base de mangue. Cadre décrépi, ventilateur bruyant qui oscillait depuis 20 ans sans doute, mais la nourriture était solide. Le serveur, Rajesh, nous a expliqué que Le Petit Bistro était tenu par la même famille depuis 1994. Les galères s'invitent Le jour 2, nous avions prévu de visiter le Planétarium Chill-Out via la ligne de bus n°7 (Paramaribo City Council). Première galère : le bus n'est jamais arrivé à l'heure annoncée (11h). Nous l'avons attendu 40 minutes. Un vendeur ambulant de cocada (coconut candy) nous a vanté son produit en créole-anglais mélangé, nous ne comprenions pas un mot. Quand le bus est enfin venu, il était surpeuplé, 70 personnes sur 45 places assises. Température interne estimée : 39°C. Un passager à côté de moi sentait l'oignon et la bière de la veille. Nous avons renoncé au Planétarium. À la place, promenade dans le quartier de Palm Garden, zone verte avec des maisons coloniales restaurées. Un enfant nous a demandé de l'argent, franchement, sans détour. Pas agressif, juste direct. Nous avons dit non, il s'en fichait. Kaïteur Falls, ou comment comprendre pourquoi les gens y vont malgré tout Le jour 3, excursion à Kaïteur Falls, la cascade la plus haute d'Amérique du Sud (247 mètres). Départ à 5h15 avec Wilderness Explorers (agence locale, très professionnelle). Van pour 13 personnes, route de Lethem à travers la savane. Paysage plat, vert, étouffant. Nous avons arrêté à Tinamu Lodge pour un déjeuner de crackers et fromage blanc. Godiche, honnêtement. L'avion de brousse (Britten-Norman Islander) qui nous a menés à Kaïteur pesait à peine plus lourd qu'un minibus. Secousses aériennes, turbulences, bruit de moteur piston qui vous entre dans les os. Une dame derrière moi vomissait dans un sac. L'atterrissage sur la piste de terre rouge : brutal, deux rebonds, puis stop. Kaïteur elle-même : silence absolu une fois les turbines coupées, juste le bruit blanc de l'eau qui tombe de haut. Nous avons senti l'embrun pulvérisé sur nos visages, froid soudain au milieu de cette moiteur. C'était le moment où j'ai compris pourquoi des gens prennent cet avion malgré le prix (195 USD par personne). Deux heures maximum sur place, puis redécollage. Retour à Paramaribo : cuisine créole et fatigue Dinner au restaurant historique Torarica (hôtel du même nom). Nous avons commandé du labba (rongeur local) braisé pour 55 SRD. Viande fibreuse, riche, sauce au cacaoté. L'atmosphère était vide, deux autres tables occupées. Le serveur, distant, a apporté l'addition presque avant qu'on n'ait fini de manger. Les deux derniers jours, fatigue accumulée. Nous avons trainé au café Kultur, petit endroit avec des livres en néerlandais et anglais, servi du koffie met melk (café au lait) acceptably chaud, assis sous un ventilateur qui ne tournait qu'à moitié vite. Quelques heures à lire, à observer Paramaribo qui se déplaçait lentement dehors. Immigration surinamaise : la plupart des jeunes parlent une mix de créole, hollandais et anglais. Peu d'espace pour l'improvisation, chacun parle comme il peut.
Les bons plans repérés sur place.
Mosquée en bois d'Omarstraat (Surinameplein) : vérifier les horaires d'ouverture, accès accordé entre 17h et 18h
Marché central (Centrale Markt) : arriver avant 11h30 pour éviter la cohue de midi, bon jus de déhal frais
Kaïteur Falls via Wilderness Explorers : réserver 3 jours avant, apporter du Dramamine si vous craignez l'avion
Roti de poulet au Le Petit Bistro (Henric Eman Straat) : 35 SRD, à manger sur place plutôt que à emporter
Quartier Palm Garden en fin d'après-midi : promenade sans destination, observer l'architecture coloniale sans se faire importuner
Photos — Paramaribo
Et au final.
Paramaribo nous a laissés perplexes. La ville possède une identité singulière, mélange d'architecture coloniale hollando-britannique, de cuisine indo-caribéenne, et d'énergie morose. Nous avons passé 8 jours convenables, pas transcendants. Kaïteur valait le coup. Le reste ? À faire si vous avez du temps à tuer, sans illusions touristiques. Le Surinam demeure largement hors des circuits, ce qui a ses avantages et ses limites : peu de monde, mais aussi peu de services bien organisés.








