Comment ça s'est passé.
On a débarqué à l'aéroport de Larnaca un matin de mars, à 6 h 30. Le soleil tapait déjà fort. On a pris un bus Cyprus Airways Express (ligne 425) jusqu'à Nicosie, trois euros par personne, deux heures de trajet dans un car climatisé mais bondé. Le chauffeur avait les vitres baissées malgré la clim, une odeur mélangée d'essence et de thé à la menthe montait du marché près duquel on s'arrêtait. Nicosie nous a frappés d'emblée : c'est une capitale divisée, coupée en deux par une ligne verte depuis 1974. On a loué un studio chez Stavros, un propriétaire chypriote qui nous a proposé un café sur la terrasse avant de nous remettre les clés. Il faisait 22 degrés dehors, mais il disait que c'était frais pour la saison. On a traversé la vieille ville le premier jour, les rues étroites entre les murs vénitiens du XVIe siècle. La mosquée Selimiye (ancienne cathédrale Saint-Sophie) domait les toits de ses minarets pointus. À l'intérieur, les vitraux avaient été remplacés par des panneaux de bois terne, mais l'acoustique vous prenait à la gorge. Le restaurant Vraka rue Rigenis : on y a mangé deux fois. Leurs pastitsada (pâtes à la sauce riche à base de viande) à 8 euros, et un verre de retsina blanc à 2,50 euros. Le propriétaire reconnaissait les clients. C'était un de ces endroits où les locaux mangent, pas un piège à touristes. À côté, le marché municipal des fruits : une cacophonie de vendeurs qui vous criaient les prix du raisin et des oranges amères. L'odeur de fruits pourris mélangés à celle de l'eau stagnante restait collée aux vêtements. On a eu une galère le troisième jour. On voulait aller vers la ligne verte, accéder à la partie nord (turque). On a pris un taxi sans demander le prix avant. Le chauffeur nous a dit « pas possible, non autorisé pour étrangers ». C'était faux, mais on l'a découvert trop tard. Il nous a demandé 25 euros pour nous ramener à l'hôtel en prétendant avoir fait un détour de cinq kilomètres. On a payé mais ça nous a pourris l'ambiance quelques heures. On s'est rattrapés le jour d'après en prenant un minibus pour Paphos (ligne OSEA, dix euros, deux heures). Le bus s'arrêtait dans trois villages, et à chaque fois on sentait des effluves de barbecue des maisons voisines. Paphos sentait la mer à trois kilomètres avant d'y arriver. On a descendu à la gare routière près du port. Paphos, c'est une petite ville balnéaire avec des ruines partout. Le château de Paphos domine le port depuis le XIVe siècle. On y est montés un matin vers 8 h 30, il n'y avait presque personne. Les murs étaient chauds sous la paume : on sentait la pierre chauffée à 30 degrés en avril. La mosaïque de la maison de Dionysos (site archéologique) juste à côté : des fresques romaines du IIe siècle, des sols en tesselles de marbre multicolore. Les prix d'entrée (10 euros chacun pour le château, 6 euros pour le site archéo) étaient corrects. On a dormi deux nuits à la Annabelle Hotel (quatre étoiles, 85 euros la chambre avec vue mer). Le petit déj était convenable : fromage halloumi frit, pain complet, café grec amer. On a loué un scooter 30 euros par jour (agence Rent-A-Bike rue Evagoras). Sensation bizarre : rouler sur des routes de montagne sinueuses avec l'odeur des pins méditerranéens qui entrait par les manches. On s'est perdus une fois, on a demandé à un local qui nous a parlé en grec pendant trois minutes avant de réaliser qu'on ne comprenait rien et de nous montrer la direction avec ses mains. Les plages de Lara et Toxouti au nord de Paphos : le sable fin, l'eau turquoise était réelle. On y a nagé un après-midi, l'eau était à 18 degrés, trop froide pour rester longtemps. On a mangé des loukoumades (beignets au miel, 3 euros le cornet) chez un vendeur ambulant qui les préparait sur place. C'était sucré, gras, délicieux mais trop pour nos estomacs. Retour à Nicosie le huitième jour. On a passé les deux derniers jours à explorer le monastère de Machairas (minibus local, 5 euros, une heure de montagne). C'est un couvent d'époque byzantine encastré dans le flanc d'une falaise, toujours habité. L'intérieur était sombre, les icônes dorées par la lumière d'ampoules jaunes. Une religieuse nous a offert du loukoum et du café sans nous demander si on en voulait. On s'est senti obligés de regarder son autel pendant vingt minutes en silence.
Les bons plans repérés sur place.
Mosquée Selimiye à Nicosie (ancienne cathédrale) : entrer vers 16 h 30, après les heures de prière, pour la lumière rasante sur les murs de pierre
Marché municipal de fruits rue Rigenis : y acheter du raisin culinaire (les gros rouges) et des oranges amères pour 2 euros le kilo
Maison de Dionysos à Paphos : la mosaïque du banquet romain est intacte, voir les détails de gravure en lumière du matin
Plage de Toxouti au coucher du soleil : un sentier côtier sans touristes qui monte entre les pins
Restaurant Vraka à Nicosie : réserver, commander la pastitsada et demander un vin local blanc sec (kokkkineli) plutôt que le retsina
Et au final.
Chypre, ce n'est pas une destination qui vous projette ailleurs : c'est plutôt un endroit où l'histoire vous saute au visage, ruines par ruines. Nicosie m'a fait sentir le poids politique de la division, pas en lisant les journaux mais en voyant les barbelés des deux côtés de la ligne verte. Paphos était plus touristique, moins intéressant. Et puis il y a aussi le prix : ce pays n'est pas bon marché pour l'Européen du Nord, et les arnaqueurs de taxi gâchent un peu l'expérience.