Comment ça s'est passé.
Levée à 5 h 30 depuis l'hôtel Gaweye pour attraper le premier taxi qui descend vers le marché de Niamey. Le soleil n'était pas encore là, mais la chaleur pulsait déjà. Le Niger, c'est d'abord ça : l'odeur du feu de bois mélangée à celle des épices qu'on grille au marché de Petit Marché, un bazar où les vendeurs crient des prix en haoussa et en français. J'ai mangé un brochette de viande (400 FCFA) en me brûlant la langue parce que c'était sorti du feu deux secondes avant. La vendeuse a ri, m'a donné une tranche de citron. On a loué une voiture avec chauffeur, Abdou, pour la route Niamey-Agadez (environ 900 km). Le trajet a pris plus que les 12 h prévues : panne du radiateur à Tahoua vers 14 h, attente sur le côté de la route pendant deux heures sous une chaleur qui devait frôler les 45°C. Un groupe de nomades nous a apporté de l'eau dans des gourdes en cuir. Abdou a expliqué en souriant que ça arrive souvent en saison sèche. Pas l'idéal, mais c'est la réalité. Agadez, vraiment, c'est différentArrivée à Agadez vers minuit. L'hôtel Ténéré (chambre simple : 35 000 FCFA la nuit, soit environ 53 euros) était fermé, mais le gardien a dormi dehors jusqu'à ce qu'on arrive. Agadez sent la pierre et le bois d'acacia. Les ruelles sont étroites, les façades en banco crème et ocre. La mosquée de Agadez, avec son minaret de 27 mètres en forme de pyramide étagée, se profile au lever du jour. J'ai grimpé dedans un matin vers 6 h (petit bakchich de 5 000 FCFA au gardien) et j'ai vraiment senti le poids du temps en haut, à regarder les toits plats ondoyer sous la chaleur naissante. Le marché d'Agadez est plus petit et plus vrai que celui de Niamey. Moins de touristes. J'ai mangé un riz gras préparé par une femme dans une cour fermée (2 500 FCFA), assis sur un banc en bois, en regardant les enfants jouer aux billes. À côté, un homme vendait des dattes et des noix de cajou. Les gestes sont lents ici. Les gens ont du temps. La galère et puis voilàJour 6 : tentative de visite de la région de Ténéré avec un guide louche trouvé à l'hôtel. Après 20 km, il a décidé de me facturer un supplément « essence » de 50 euros qu'on n'avait jamais discuté. Je suis descendue de la voiture, j'ai négocié dur, on a trouvé un accord pour 20 euros. Moment où j'ai vraiment senti la solitude du désert et une certaine frustration. Mais le mec m'a quand même montré des puits touaregs et des gravures rupestres près de Timia. C'est l'ambivalence du Niger. Retour à Niamey en bus (SNTN, environ 15 h de route, 20 000 FCFA). Bus bondé, odeur de sueur et d'air frais qui ne circulait pas. Mais aussi une femme qui partageait ses noix de coco avec moi et avec qui j'ai parlé en gestuelles et en français basique jusqu'à Tahoua. Les gargotes à Niamey : j'ai testé le dégué (bouillie de sorgho sucrée) au Bar du Sahel, où les serveurs en bleu marine savent ce qu'ils font. Le dégué coûte 1 500 FCFA et c'est bon. Niger, c'est pas simple. C'est souvent chaud, l'infrastructure de touriste fait défaut, les routes cassent les routes. Mais il y a une sincérité dans les rencontres. Pas de folklore maquillé pour visiteurs européens. Juste des gens qui bossent, qui vendent, qui vivent avec ce que le Sahel permet.
Les bons plans repérés sur place.
Mosquée d'Agadez : mur extérieur en banco, minaret visible de partout, montée possible à 6 h avant qu'il fasse trop chaud
Marché de Petit Marché à Niamey : brochettes à 400 FCFA, épices en tas, cacophonie de marchands en haoussa
Gargote Bar du Sahel (Niamey) : dégué sucré à 1 500 FCFA, carrelage blanc, serveurs en uniforme bleu
Puits touaregs près de Timia : gravures rupestres à côté, eau fraîche en bas, silence du désert
Route Niamey-Agadez : arrêt à Tahoua, paysage qui s'ouvre progressivement vers l'ocre, voyage en mini-bus SNTN (20 000 FCFA)
Photos — Niamey et Agadez
Et au final.
Deux semaines qui montrent un pays fragile mais honnête. Les routes usent, la chaleur épuise, et il y a des arnaqueurs comme partout. Mais les marchés, les minarets, les sourires au-dessus du thé brûlant : ça ne s'oublie pas vite. Niger demande du temps et de la patience. Pas pour les pressés.
