Comment ça s'est passé.
Nous avons débarqué à Mostar un jeudi matin de septembre après un vol Ryanair depuis Lyon (5h45 d'attente à l'enregistrement, c'était sympa). L'autobus numéro 10 depuis l'aéroport de Sarajevo jusqu'à la gare routière de Mostar coûte 25 KM (environ 12 euros) et traverse des paysages de montagne brûlés par le soleil. On sent déjà que c'est différent dès qu'on pose le pied en bas du bus : odeur de poussière mélangée à celle du café turc qui s'échappe des petits restaurants le long de la Neretva. On a pris une chambre au Muslibegovič House, une maison ottoman rénovée dans la vieille ville (65 euros la nuit, petit-déj compris). Dès le premier soir, le proprio nous explique en anglais très approximatif que le pont (Stari Most) a été dynamité en 1993 et qu'on peut voir les impacts de balles sur les immeubles juste en levant la tête. C'est jarring. Ça change complètement la façon de regarder les façades. Le Stari Most et ses suicides touristiques Le pont reconstruit en 2004 est effectivement impressionnant, mais franchement surpeuplé à partir de 11h. On y est allé le vendredi à 6h du matin pour l'avoir à peu près seul. La pierre blanche qu'on voit à différents endroits, ce sont les zones qui ont dû être remplacées après le bombardement. Les touristes qui sautent du haut (27 mètres) dans la Neretva, c'est devenu un spectacle : ils demandent 50 KM par personne avant de se jeter. On a croisé un mec de Lyon qui l'a fait. Il tremblait en remontant, puis il s'est offert un burek au miel à 2 euros au café d'à côté. Les nervures de mon estomac se sont contractées rien qu'en regardant. La galère avec le bus local Jour 4, on a voulu se rendre à Blagaj pour voir la source de la Buna. On pensait prendre le bus local. Le chauffeur du bus 15 (arrêt près de la mosquée Koski Mehmed-Pasha) nous a dit que le bus partait à 9h. On y était à 8h50. Il est parti à 9h35 plein à craquer, arrêts toutes les trois minutes, climatisation cassée, température à 38°C dedans. Trajet 20 km en 1h15. Le retour ? 2h30 parce qu'il y avait un accident de voiture et on était coincés. C'était franchement pénible. Blagaj valait le coup (la tekija ottomane en bord de eau est dingue) mais pas à ce prix humain. Nourriture et cafés On a mangé dans trois restaurants qui valaient vraiment le coup. D'abord, le restaurant Hanu Fard (on l'a trouvé sur une petite ruelle, pas sur Google Maps), où un burek à la viande coûte 3,50 euros et c'est trop bon. Le gars qui fait la pâte la pétrit à la main, je l'ai vu. Ensuite, on s'est perdu dans les petites ruelles et on a trouvé ce café sans enseigne où une femme de 70 ans environ servait du cevapcici avec du ajvar (pâte de poivrons rouges) maison. 4 euros les dix bâtonnets. Le goût ? piment, épices, un truc fumé qu'on arrive pas à identifier. C'est resté dans ma bouche pendant quatre heures. Enfin, le Sadrvan, un peu plus touristique, mais où le café turc (2 euros) est préparé à la braise sur du sable chaud, et où tu vois les serveurs faire la même geste depuis 30 ans. On a passé deux jours à Mostar et quatre à rayonner autour : Počitelj (petit village avec une forteresse, 20 km au sud), la cascade de Kravica (1h30 de route, l'eau est glacée en septembre), et deux jours à Sarajevo pour le Musée Olympique et les tunnels de guerre. À Sarajevo, la gare routière Autobusni Kolodvor est un cauchemar d'organisation, mais les buses FlixBus (12 euros Mostar-Sarajevo) sont confortables. Les moments qui ont marqué Un moment. On était assis sur la rive de la Neretva, dimanche soir vers 18h, en buvant un café. Un groupe de trois jeunes Bosniaques du coin jouaient de l'accordéon sous le pont. Pas des musiciens de rue qui demandent l'aumône : juste des gens qui jouaient. L'air était doux, presque froid. Et ce bruit de l'accordéon qui rebondissait sous le pont, c'est entré en moi d'une façon que j'ai du mal à décrire. On s'est regardés avec mon copain sans dire un mot. Autre chose : en marchant dans la vieille ville, on a vu des impacts de balles dans les murs. Des centaines. Certains ateliers d'artisans n'ont pas caché ça, ils ont juste continué. C'est sobriquet de voir une devanture de boutique de souvenirs avec ses impacts de balles visibles sur la pierre. Ça dit quelque chose sur la résilience, mais sans être de la pommade.
Les bons plans repérés sur place.
Stari Most à 6h du matin, avant les foules et les vendeurs de bracelets
Restaurant Hanu Fard : burek à la viande fait maison à 3,50 euros
La Blagaj tekija au bord de la source de la Buna (mais prendre un taxi privé, pas le bus 15)
Cascade de Kravica à 40 km au sud : baignade dans eau glacée, parfait en septembre
Café du Sadrvan : regarder la préparation du café turc sur braise et sable chaud
Photos — Mostar, Bosnie-Herzégovine
Et au final.
Mostar n'est pas juste un pont. C'est un endroit où l'histoire récente collisionne avec le présent, et où les gens ont décidé de continuer à vivre et à boire du café malgré tout. Les transports locaux sont un cauchemar et les prix touristiques grimpent, mais c'est un voyage qui vaut le coup. Je reviendrais, mais pas en haute saison.








