Comment ça s'est passé.
Arrivée gelée à MoscouNous avons atterri à l'aéroport de Domodedovo un mardi matin à 6h30, en février. Dehors, moins 14°C. L'air glacial m'a saisi à la gorge, sec et piquant, avec une légère odeur de fuel des bus de l'aéroport. J'ai tout de suite regretté de ne pas avoir apporté de crème pour les lèvres. Le Sheremetyevo Express (train Aeroexpress, 500 roubles) nous a menés en 35 minutes jusqu'à la Gare de Kazan, foyer chaotique de voyageurs et de vendeurs de caviar en cartouche. Nous descendons à l'hôtel Arbat House, un trois-étoiles avenue Bolchaïa Nikitskaïa, à 10 minutes à pied du Kremlin. La chambre sent le radiateur chaud et l'eau de javel. C'est correct, pas plus. Le Métro, vraiment un musée souterrainLundi matin, 8h, nous prenons la ligne rouge (Sokolniki) à la station Borovitskie Vorota. Le bruit des freins résonne sur les quais. La station Komsomolskaya m'a réellement surprise : lustres dorés, mosaïques colorées, colonnes massives. Ce n'est pas une gare, c'est un théâtre souterrain où circulent 10 millions de personnes par jour. Le tarif du carnet de 20 trajets coûte 1 960 roubles (environ 22 euros). Les femmes russes, impeccablement maquillées malgré le froid, nous observent avec curiosité. Première galère : j'ai raté ma correspondance à Teatralnaya. Pas de panneaux en anglais, juste du cyrillique. Un homme âgé, devinant ma confusion, me tire par la manche vers le bon quai. Geste spontané qui m'a touchée. Le Kremlin et ses murs de brique rougeNous visitons l'Ensemble du Kremlin le mercredi. Billet combiné : 700 roubles (8 euros) pour les murailles, 900 roubles pour le Palais des Armures. À 14h, le soleil rase les façades jaunes et blanches des bâtiments. L'Église de l'Assomption (Uspenski Sobor) exhale une odeur épaisse d'encens et de bougies végétales. Les fresques bleu électrique du plafond sont si anciennes qu'on distingue à peine leurs contours sous la saleté dorée des siècles. Deuxième galère : au Palais des Armures, un contrôleur refuse de nous laisser entrer sans vérifier nos sacs à main. Même pas méchant, juste rigoureux. On comprend que la sécurité n'est pas une suggestion ici. Nourriture : entre déception et ivresse gastronomiqueJeudi soir, nous mangeons du bortsch à la Blinnaya, rue Pyatnitskaya. Bol fumant à 380 roubles (4,50 euros). Saveur de betterave, d'aigre avec la crème fraîche (smetana), texture veloutée. Ici, le bortsch n'est pas sucré comme en Ukraine, c'est terreux, moins photogénique. Nous prenons aussi des pelmeni (boulettes russes) à 220 roubles chez Scandinavia, on les trempe dans du vinaigre blanc, c'est savoureux mais gras. Mercredi midi, déjà frustration à la Stolovaya (cafétéria d'État) du musée. Poulet bouilli sec, patates sans saveur. 250 roubles pour déprimer. Les restaurants touristiques du centre (Café Pushkin, Ryba & Myaso) affichent des prix parisiens. Nous avons esquivé. Neige, silence, cathédrale Saint-BasileVendredi, il neige. Gros flocons qui collent aux cheveux. Température tombe à -18°C. Place Rouge vide à 7h du matin. La Cathédrale Basile-le-Bienheureux, avec ses dômes en tête d'oignon rouge, bleu, or, émerge de la blancheur comme un gâteau oublié. À l'intérieur, humidité, dallage glissant. Les escaliers sont étroits, les couloirs sentent le moisi. Billet : 500 roubles. Pas écrasé par la foule à cette heure. Instant de grâce sans l'armée de selfie-bâtons. Moment marquant : vendredi après-midi, dans un petit café (Zhili-Byli, rue Malaya Bronnaya), nous commandons du thé russe servi dans un podstakannik (support métallique en argent terni). La serveuse, Katya, 60 ans environ, nous parle un anglais hésitant de son petit-fils qui veut emigrer en France. Elle nous offre des pépites de chocolat russe (300 roubles le paquet, goût intense, presque amer). Échange humain qui tranche avec l'indifférence des grandes artères. Galerie Tretiakov et fatigueSamedi, nous visitons la Galerie Tretiakov. Art russe ancien, icônes byzantines, peintures du XIXe siècle. Tarif : 600 roubles. Le musée est souterrain, mal éclairé. Après trois heures, les jambes crient grâce. On zappes les salles 8 et 9. Dimanche, dernière marche en fin d'après-midi. Le soleil disparaît à 17h45. Les lumières de Noël demeurent (on est en février, elles ne sont pas enlevées). Ambiance mélancolique. Train de nuit pour Saint-Pétersbourg : compartiment P-12 du Sapsan Red Arrow (départ Gare Léningrad à 23h59). 1 400 roubles pour une place couchette 4 personnes. Pas dormi, trop de bruit aux arrêts.
Les bons plans repérés sur place.
Station Komsomolskaya (ligne rouge) : mosaïques et lustres dorés, arriver à 8h avant les foules
Cathédrale Basile-le-Bienheureux à l'aube : 500 roubles, visiter avant 8h du matin
Bortsch à la Blinnaya, rue Pyatnitskaya : 380 roubles, vrai goût de betterave terreux
Café Zhili-Byli, rue Malaya Bronnaya : thé en podstakannik, conversations non touristiques
Palais des Armures du Kremlin : 900 roubles, encens et fresques bleu électrique (peu visité l'après-midi)
Photos — Moscou
Et au final.
Moscou nous a fractionnés. Beauté authentique des stations de métro, accueils surprenants de locaux, mais aussi bureaucratie fermée, nourriture inégale et froid qui épuise. À refaire, oui, mais mieux préparé : apporter des crèmes pour le froid, louer un traducteur pour les petits restos, arriver en mai plutôt qu'en février.








