Comment ça s'est passé.
Arrivée à l'aéroport international El Alto de La Paz à 16h45, après 14 heures de vol depuis Paris. L'altitude frappe d'abord : 3640 mètres. J'ai dû m'asseoir 20 minutes à l'hôtel avant de pouvoir faire quoi que ce soit. L'air est sec, glacial, je sentais chaque respiration brûler mes poumons. Taxi depuis l'aéroport jusqu'à la Pensión San Jorge dans le quartier de Sopocachi : 80 bolivianos (environ 11 euros). Le chauffeur m'a parlé en aymara les trois quarts du trajet. J'ai compris « agua » quand il pointait les tuyauteries cassées le long de la rue Mariscal Santa Cruz. Cette ville s'écoule littéralement sous elle-même. Les trois premiers jours à La PazLevé à 5h malgré le décalage, j'ai grimpé jusqu'à la Basilica de San Francisco pour voir le coucher de soleil qui remontait du Yungas. Le marché du Witches Market (Mercado de las Brujas) occupait ma première matinée complète. Odeur de musc, d'herbes sèches, de cuir pourri. Les vendeurs me pressaient d'acheter des fœtus de lamas desséchés (30 bolivianos pièce) pour la bonne fortune. J'ai refusé poliment. Le marché Rodríguez avec ses fruits d'altitude (fruits de la passion à 3 bolivianos le kilo) était moins touristique mais plus chaotique. Déjeuner à la Asadería Milluni : viande grillée accompagnée de papas a la huancaína, 35 bolivianos. Vraiment bon marché, portions énormes. J'ai rencontré une galère le jour 2 : bus municipal n°7 depuis la Avenida Mariscal Santa Cruz jusqu'au télécabine Estación Miraflores. Le bus était tellement bondé que mes pieds ont quitté le sol pendant trois arrêts. Une femme m'a pincé le bras en pensant que j'essayais de lui voler son sac. Malentendu culturel classique. J'aurais dû prendre un taxi pour 15 bolivianos. Le télécabine rouge « La Paz » monte jusqu'à 3850 mètres. Vue vertigineuse sur la vallée : les toits ocre des maisons serrées contre la pente. Température : 12 degrés, vent qui gifle le visage. J'ai passé trois heures au Mirador Killi Killi, juste à regarder les nuages se déplacer entre les montagnes sans vraiment bouger moi-même. Mon cœur battait vite pour rien. Direction le Salar d'UyuniAprès deux jours à combattre le soroche (mal d'altitude), j'ai acheté un tour de trois jours avec la compagnie Andes Activity Tours (420 dollars pour trois jours avec transport 4×4, repas et hébergement). Départ à 7h du matin depuis la gare routière de La Paz. Minibus Toyota Hiace blanc, douze passagers, route pavée jusqu'à Oruro, puis piste désertique pendant sept heures. Petit déjeuner routier dans un petit bled : œufs frits, pain sec, café infâme. J'ai dû uriner derrière les rochers avec une Française qui voyageait seule. Aucune intimité dans ce voyage. Le Salar d'Uyuni lui-même. 10 858 kilomètres carrés de cristaux de sel blanc pur. J'ai senti l'absence d'odeur, le vide olfactif, presque douloureux. Le silence aussi. Rien à 200 kilomètres à la ronde. Juste le crissement des pneus sur le sel. Températures extrêmes : 22 degrés le jour, moins 8 la nuit. On a dormi à la Hostería Luna Salada, construite entièrement en brique de sel. Douche tiède à 19h. Dîner : truite locale avec riz blanc, 40 bolivianos. Le coucher de soleil sur le salar : le ciel orange se reflétait dans la fine couche d'eau qui recouvre le sel pendant la saison humide (janvier à avril). Autres touristes faisaient les mêmes blagues de perspective (photos avec le doigt sur la tête d'un ami au loin). J'ai trouvé ça ridicule mais j'ai participé quand même. Regret mineur. Lagunes colorées et cementerio de trenesLe deuxième jour, trajet jusqu'aux Lagunas Coloradas. Lagune rouge : oxyde de fer et algues halophiles. L'eau sentait le soufre, acide, presque métallique. Flamants roses rose vif (pas blanc pâle, vraiment rose fuchsia) en suspension dans l'eau. 45 minutes de contemplation. Froid intense : 8 degrés malgré le soleil direct. Retour à Uyuni le jour 3. Visite du Cementerio de Trenes : locomotives à vapeur abandonnées depuis 1945, rouille ocre, fenêtres brisées. Guide murmonnant l'histoire de la ligne ferroviaire anglaise fermée après l'effondrement des cours de l'étain. Café médiocre à la gare (15 bolivianos) avant le vol retour. Vol retour La Paz en avion de brousse Cessna : seize places, vol très chaotique à cause de la turbulence thermique. Demi-heure à s'inquiéter qu'une aile ne tombe. Arrivée à La Paz à 16h15. J'ai vomi une fois après l'atterrissage. Les derniers joursMusée de l'Or péruvien (nommé ainsi bien qu'en Bolivie) : pieces précolombienne en or pur, petites statuettes de 500 grammes. Entrée 30 bolivianos. Deux heures là-dedans. Retaurant près du musée, le Griego : ragoût de mouton avec légumes locaux, 45 bolivianos. Goût riche, presque trop salé. Dernière soirée : bar Sushi Boliviano dans Zona San Miguel (fusion étrange mais fonctionnelle). Pisco sour à 35 bolivianos. Discussion avec une architecte locale sur l'expansion incontrôlée de la ville. Elle se plaignait des permis de construire jamais appliqués. Problème systémique selon elle.
Les bons plans repérés sur place.
Mercado de las Brujas (La Paz) : vraiment chaotique, sentez l'odeur de musc des herbes séchées, venez tôt le matin avant 9h
Salar d'Uyuni en saison humide (janvier-avril) : le reflet du ciel est époustouflant, dormez à la Hostería Luna Salada pour le silence total
Laguna Colorada : l'eau vraiment rouge, flamants roses en vol bas, apportez écran solaire SPF50+ et chapeau épais
Télécabine rouge Miraflores (La Paz) : vertige garanti, vue sur toute la vallée, allez-y vers 17h pour voir les nuages arriver
Cementerio de Trenes (Uyuni) : locomotives rouillées abandonnées, 20 minutes de visite, peu touristique comparé au Salar
Photos — La Paz + Uyuni
Et au final.
La Bolivie m'a surpris par son mélange de beauté brute et d'infrastructure défaillante. Le Salar était réellement dépaysant, mais l'altitude m'a pourri le premier jour et demi. Le rapport qualité-prix reste excellent. Je reviendrais, mais pas avant trois ou quatre ans minimum.
