Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport de Pamandzi un mardi matin, vers 9 h 30. Le vol Air Austral depuis La Réunion s'était décalé de deux heures, et déjà on sentait que le timing à Mayotte fonctionnerait à son rythme propre. À la sortie, l'air était chaud et humide, avec cette odeur caractéristique du sel marin mélangé aux gaz d'échappement des taxis qui se pressaient à l'entrée. Nous avons pris un taxi collectif (environ 12 euros par personne) jusqu'à Mamoudzou, la capitale, à quarante minutes de route. Notre hôtel, le Z'Île Verte, était situé en plein cœur du centre-ville, près du marché Daoueni. Rien de luxueux : les murs s'écaillaient légèrement, la clim brassait l'air sans vraiment le refroidir, mais le personnel était bienveillant et le petit-déjeuner compris. Dès le premier jour, nous nous sommes perdus en cherchant le marché — Google Maps ne fonctionne pas correctement ici, et les rues ne sont pas toutes indiquées. Un homme d'une cinquantaine d'années nous a remis sur le bon chemin en souriant. Le marché Daoueni lui-même, c'était une certaine forme de chaos organisé : fruits de la passion à 2 euros le kilo, noix de coco fraîches qu'on nous ouvrait devant nous pour boire le lait (0,80 euros), étals de poisson frais dont l'odeur vous prenait à la gorge. Les premiers jours : découverte du lagon et mésaventures administrativesLe mercredi, nous avons voulu louer une voiture auprès de Hertz (agence rue Sada à Mamoudzou). Galère numéro un : notre réservation en ligne n'existait pas dans leur système. Après une heure d'attente et d'explications, on nous a finalement loué une Peugeot 208 pour 55 euros par jour. L'agent était courtois mais ne s'excusait pas vraiment — c'est la norme ici, apparemment. Nous avons roulé vers la plage de Saziley, au nord. C'est un lagon fermé par un récif coral, avec du sable blanc et une eau tiède à environ 27 °C. Des familles y passaient l'après-midi ; des enfants faisaient des châteaux de sable. Ce jour-là, pas de grosse émotion, juste une journée balnéaire tranquille. Nous avons mangé au snack beachfront « Chez Fatou » : un plateau de poisson grillé avec du riz (13 euros), du jus de coco frais (1,50 euro). Le poisson avait un goût légèrement iodé, c'était bon. Les îles du sud : Petite-Terre et rencontre avec l'histoireLe jeudi, nous avons pris le bateau-taxi pour Petite-Terre (9 euros aller-retour, départ à 7 h du port de Mamoudzou). Ce moment a vraiment marqué le voyage. Assise à l'avant du bateau, ma femme a dit : « On n'est plus en France, là. » Et c'est vrai. Petite-Terre, c'est deux îles reliées par une bande de sable, avec un petit fort du 19e siècle, le Fort de Chiconi, partiellement restauré. Les ruines sont envahies par la végétation, les pierres sont rongées par le sel et le temps. Le guide, Djamal (employé de l'office du tourisme), a expliqué que ce fort avait servi à protéger les colons français contre les raids arabes et les pirates. À l'intérieur, vous marchez entre les cellules où ont séjourné des prisonniers, et l'acoustique bizarre des murs vides vous donne une sensation étrange, presque oppressante. Pas menaçante, juste... lourde. Le retour en bateau s'est fait vers 15 h. À bord, un homme âgé vendait des sandwichs au thon (2 euros) — du pain baguette blanc, du thon en boîte, oignons. Peu raffiné, mais ça remplissait l'estomac. Les montagnes et les villages côtiersVendredi et samedi, nous avons exploré la route côtière vers le sud : Bouéni, Kani-Kéli, Mamoudzou-Nord. Le paysage change rapidement. Des routes en mauvais état, des cabanes en tôle, des enfants qui jouent près de la route. Nous avons mangé à un petit restaurant de route sans nom à Bouéni : du curry de viande avec des légumes (9 euros), du riz blanc. La mère qui cuisinait nous a demandé d'attendre 20 minutes. Assis sur un banc en plastique, nous avons écouté la radio locale cribler des annonces en français et en comorien. Nous avons aussi grimpé vers le village de Xé-Mtsapéré, en altitude. De là, on voit une partie du lagon et l'île de Grande-Terre. C'est moins touristique, et vous croisez surtout des habitants qui vaquent à leurs occupations. Une femme nous a proposé de visiter sa maison-jardin où elle cultivait du ylang-ylang. L'odeur ? Florale, suave, un peu entêtante. Elle vendait des branches pour 5 euros. Retour à Mamoudzou : la vraie vieDimanche soir, nous avions une demi-journée à Mamoudzou. Nous avons dîné au restaurant « Lagon Bleu » (place Homère Clarembaux), spécialité de crevettes à la vanille et poisson-sauce (18 euros le plat). L'établissement était presque vide. Le serveur a expliqué que le dimanche soir, tout le monde était à la mosquée ou chez lui. Le repas était bon, mais on sentait une certaine solitude du lieu — ce n'était pas un point de rencontre vivant, juste un endroit pour manger. Lundi matin, retour à l'aéroport. Même vol Air Austral, en retard d'une heure. C'est devenu un pattern durant le séjour : rien n'est jamais à l'heure, les annonces arrivent 15 minutes avant le départ.
Les bons plans repérés sur place.
Fort de Chiconi à Petite-Terre (bateau-taxi départ 7 h du port de Mamoudzou, 9 euros aller-retour) — les ruines du 19e siècle valent le détour malgré leur état
Marché Daoueni à Mamoudzou (ouvert du mardi au samedi, 6 h à 13 h) — fruits frais, poisson du jour, essence même de la vie locale
Plage de Saziley (nord de l'île, route côtière) — lagon calme, eau tiède, sans surfeurs ni parasols loués
Restaurant Chez Fatou à Saziley (plats 10-15 euros) — poisson grillé simple et bon, terrasse face à l'eau
Route côtière sud vers Bouéni (Kani-Kéli) — paysages ruraux, villages sans touristes, restaurants routiers authentiques
Photos — Mamoudzou
Et au final.
Mayotte m'a laissé un goût mitigé. L'île a une beauté géographique certaine — le lagon, les îles environnantes, la lumière — mais elle souffre d'une certaine marginalisation. Les infrastructures sont basiques, le tourisme n'y a pas vraiment pris. Ce qui m'a plu : les habitants, l'absence de foule, la sensation de découvrir quelque chose qui n'a pas été sur-policed pour les touristes. Ce qui m'a déplu : le manque d'organisation logistique, les services qui ferment sans préavis, et une certaine pauvreté visible qui rend difficile de vraiment « décompresser ».








