Comment ça s'est passé.
Nous avons atterri à l'aéroport José Martí de La Havane un mardi matin, levés depuis 4 h 30 à cause du décalage horaire. Les odeurs de diesel et de fleur de frangipanier nous ont frappés dès la sortie de l'avion. Le taxi collectivo jusqu'à notre casa particular dans le quartier de Vedado (Casa Margot, gérée par une dame de 67 ans nommée Rosa) a coûté 25 CUP par personne. Rosa nous a servi un café cubain dès l'arrivée : espresso fort avec du sucre roux, déjà versé dans la tasse. C'était 7 h du matin et on n'avait jamais rien goûté d'aussi amer. Les trois premiers jours ont tourné autour du Malecón, cette digue de 8 km qui longe la baie. On a marché le long des bâtiments décrépits de la Vieille Havane, avec leurs façades qui s'écaillaient, leurs fenêtres grillagées. Le mercredi, nous avons pris le bus urbain P-11 (1 CUP le trajet, soit moins de 5 centimes d'euro) pour rejoindre la Cathédrale San Cristóbal, construite au XVIIIe siècle. À l'intérieur, l'air était frais et sentait l'encens. Un groupe de touristes français posait sur les marches pendant que des pigeons volaient bas. Nous avons eu un moment de malaise : une femme s'est approchée de nous près de la plaza, disant qu'elle vendait des cigares « authentiques » à bon prix. Son frère prétendument malade avait besoin d'argent. On a refusé, mais elle a insisté pendant cinq minutes. Plus tard, on a appris que c'était une arnaque classique. Les cigares venaient d'une fabrique touristique, pas de la manufacture d'État. Jeudi, nous avons réservé un tour en voiture américaine des années 1950 : une Chevrolet Bel Air bleu ciel, avec des sièges en cuir craquelés et une clim qui ne fonctionnait qu'à demi. Le conducteur, Miguel, m'a expliqué que ces voitures étaient des symboles du blocus américain. Le moteur cognait légèrement à l'arrêt, la carrosserie était bosselée, mais elle roulait. 40 CUP par personne (4 euros). Nous avons traversé Miramar, quartier plus huppé, puis nous sommes revenus par le bord de mer. La température était de 31°C, avec une humidité étouffante qui collait les vêtements à la peau. Le vendredi soir, nous avons mangé au restaurant La Bodeguita del Medio, au cœur de la Vieille Havane. C'était touristique, et le menu affichait 25 euros pour un ropa vieja (viande effilochée mijotée). Les portions étaient correctes mais l'expérience était artificialisée. Nous avons préféré, le samedi midi, un petit café dans une ruelle sans nom, où une dame préparait des sandwichs de jambon et fromage blanc (pan con queso) pour 2 CUP chacun. C'était meilleur, moins cher, et elle nous a offert un verre d'eau sucrée à la lime sans qu'on demande. Nous avons pris un autobus régional pour Trinidad le dimanche. La compagnie Viazul partait de la gare Terminal de Ómnibus de La Havane. Le trajet a duré 5 h 30, sur une route en mauvais état. En arrivant à Trinidad, vers 17 h, le soleil rasait les toits de tuiles rouges. Cette ville coloniale de 1514 semblait figée. Nous avons logé à la Casa Muñoz, une autre casa particular, tenue par une famille qui vivait sur trois générations dans le même patio. Les murs étaient teints à la chaux, d'une blancheur aveuglante. À Trinidad, nous avons visité le Musée de la Lucha Contra Bandidos (musée de la lutte contre les bandits) : trois étages d'exposition sur la Révolution, de photos en noir et blanc, de murs gris-béton. Un peu oppressant. Le lundi, nous avons marché jusqu'à Playa Ancón, 12 km plus loin. La plage était calme, le sable gris, l'eau turquoise mais froide (26°C). Un vendeur ambulant nous a proposé du rhum local pour 10 CUP la petite bouteille. Nous avons acheté une noix de coco directement à un paysan assis sous un palmier : il l'a ouverte avec une machette, nous avons bu l'eau à la paille. C'était sucré, rafraîchissant, et honnêtement parfait après quatre heures de marche sous le soleil. Le retour vers La Havane le mardi a été moins agréable. Notre vol Cubana de Aviación a eu deux heures de retard. Aucune explication claire, sauf « problèmes de maintenance ». L'aéroport était bondé, la clim ne suffisait pas, et on a dû rester assis avec nos sacs à dos pendant que des enfants pleuraient. C'était frustrant, particulièrement parce qu'on avait une correspondance à Madrid.
Les bons plans repérés sur place.
Malecón de La Havane : marcher au coucher du soleil, regarder les couples assis sur le muret, sentir l'air salé
Casa Margot (Vedado) : petit déj avec café cubain et pain perdu au miel, Rosa parle anglais et donne des conseils fiables
Chevrolet Bel Air de 1950 : faire le tour de La Havane en voiture d'époque, sentir les ressorts du siège
Playa Ancón (Trinidad) : eau turquoise, peu de touristes le matin, noix de coco fraîche à 3 euros
Musée de la Lucha Contra Bandidos : pour comprendre la Révolution, gratuit, petit et intense
Photos — La Havane et Trinidad
Et au final.
Cuba nous a offert des moments vrais, loin de ce qu'on imaginait. Les gens sont généreux et débrouillards, mais l'infrastructure touristique est inégale. On a moins aimé l'omniprésence de la propagande politique (affiches, musées) et certains arnaqueurs qui exploitent l'innocence des visiteurs. Malgré ça, on repartirait.
