Comment ça s'est passé.
Février 2024. On débarque à l'aéroport international de Damas après un vol Turkish Airlines depuis Istanbul avec trois heures de retard. La salle d'attente sentait le café trop fort et la poussière de béton. Les formalités : deux heures. Les policiers à la douane nous ont posé des questions répétées sur notre profession, notre raison de venir. On a dit « tourisme culturel ». Aucun sourire. L'hôtel Al-Haramein, rue Straight (Al-Moustaqim), surplombe la vieille ville. Chambre 307, vue partielle sur les toits de tuiles orange et les murs couleur sable. La première nuit, on s'est réveillé à 3 h du matin à cause du muezzin de la Grande Mosquée des Omeyades qui résonne entre les murs. Pas désagréable, juste surprenant. La douche : eau tiède qui monte et descend en température chaque deux minutes. Le souk Al-Hamidiyeh, jeudi matin, 7 h 30. On s'était levés tôt pour l'éviter. Raté. Les marchands qui criaient leurs prix en anglais approximatif, les enfants qui nous suivaient en demandant des pièces. Odeur mélangée de cumin, urine de chat, gaz d'échappement de motos. On a craqué sur un plateau de « fattoush » à 2,50 euros au petit café Al-Nawas, coin rue Bab Sharqi. Laitue, tomate, sumac, et le croustillant du pain grillé. C'était bon. Vraiment bon. Les jours qui suivent : galères et lenteurPour aller à Palmyre, on a réservé un taxi auprès du concierge de l'hôtel. 150 euros pour quatre heures de route. Le chauffeur, Khalil, parlait français mal mais volontiers. Il nous a parlé de ses trois enfants, de la difficulté à trouver du diesel bon marché, de son frère « partis en Europe ». Route défoncée jusqu'à Palmyre. Des checkpoints tous les 30 km. À chaque fois, Khalil sortait ses papiers, parlait brièvement aux soldats. On sentait la tension, même si rien ne s'est passé. La chaleur du désert à midi : on aurait dit qu'on brûlait de l'intérieur. Palmyre elle-même. Les ruines de la Grande Colonnade, le Temple de Bel (encore partiellement debout après les destructions), l'Arc de Triomphe. On a marché quatre heures. Les pieds ont gonflé. À 14 h, on s'est assis à l'ombre de ce qui reste d'un mur du IIe siècle. Moment bizarre où on se dit : ce que je vois a survécu à deux mille ans et à des guerres horrifiques. Ça met en perspective les petits soucis de connexion internet qu'on avait. Retour à Damas le soir. Dîner au restaurant Al-Baraka, rue Bab Sharqi, « spécialiste du kebab ». Brochettes d'agneau (4 euros), pain tanoura (0,80 euro), salade d'oignon et persil. Bière Almaza locale (1,50 euro). Le mec à la table d'à côté nous a regardés bizarrement parce qu'on prenait de l'alcool. Pas de commentaire, juste un coup d'œil qui fait sentir étranger. La mosquée des Omeyades et les jours mortsOn y est allé trois fois. La première pour visiter l'intérieur (3 euros d'entrée). Les mosaïques dorées sous la lumière du matin sont impressionnantes. L'acoustique des arcades : un imam chantait quelque chose, sa voix rebondissait partout. On sentait une salinité bizarre, vieille pierre, encens, et puis sous-bruit de la ville dehors. Foules les jeudis et vendredis. Lundi, mardi, mercredi : touristes dispersés, on pouvait respirer. Les derniers jours on n'a pas grand-chose fait. On s'ennuyait. Les cafés où on s'asseyait quatre heures avec un thé à la menthe (0,40 euro) juste pour pas être dans la chambre. On aurait voulu aller à Alep mais aucun transport régulier n'opère. On aurait aimé prendre un bus public mais personne ne savait nous expliquer comment. On a traîné dans la vieille ville, repris les mêmes ruelles trois fois, mangé dans les mêmes endroits. Les trois derniers jours, on avait dit : on se casse après, on a eu raison.
Les bons plans repérés sur place.
Mosquée des Omeyades (rue Bab Sharqi) : entrez tôt le matin avant 9 h, les lumières des mosaïques dorées frappent différemment
Palmyre : engagez un taxi via votre hôtel, pas de bus touristique régulier, apportez au moins 2 litres d'eau
Fattoush au café Al-Nawas (souk Al-Hamidiyeh) : 2,50 euros, meilleur repas du voyage
Rue Bab Sharqi le soir : restaurants Al-Baraka et Al-Koubbeh, rouleaux de feuilles de vignes farcies (3 euros)
Hotel Al-Haramein : pas luxueux mais vue directe sur la vieille ville, petit-déjeuner compris, personnel correct
Et au final.
La Syrie, c'est pas une destination touristique classique. Damas a un poids historique réel, mais la visite est lourde : nervosité aux frontières, lenteur administrative, peu d'infrastructures pour les voyageurs. Voir Palmyre en vrai vaut le coup. Mais honnêtement, après huit jours, on en avait marre de se sentir surveillés et de chercher où manger sans se perdre.







