Comment ça s'est passé.
On a atterri à Bishkek le 15 novembre à 22 h 30 via Turkish Airlines. L'aéroport Manas ressemble à une gare routière des années 1990 : carrelage marron, néons qui clignotent, des policiers en uniforme gris qui regardent les passeports avec une lenteur calculée. Dehors, le froid mordant nous a frappés au visage. Moins 8 degrés, selon mon téléphone. Odeur de diesel et de pneus brûlés venant de la route. On a pris un taxi Yandex (pas d'Uber ici) jusqu'à l'hôtel Dostuck, rue Erkindik 161, à 15 minutes du centre. La chambre double coûtait 55 euros par nuit. Pas luxueux, mais propre. Radiateur qui fait du bruit, fenêtres qui giclent de givre. Bishkek nous a choqués au premier jour. On imaginait une capitale discrète. C'est un chaos contrôlé. Avenue Chui, la rue principale, c'est des bus Isuzu rouges et jaunes qui klaxonnent sans fin, des vendeurs ambulants criards, des bâtiments soviétiques côté à côté avec des complexes commerciaux neufs. On a visité le Mausolée Manas (entrée gratuite) : un hangar géant avec des statues de chevaux en plâtre et des panneaux maladroitement traduits en anglais. Les toilettes publiques à proximité sentaient tellement l'urine que j'ai dû respirer par la bouche. Marché Osh Bazaar : l'arnaque et les brochettesLe marché Osh Bazaar, c'est là où on s'est fait entuber. Un vendeur de tapis nous a vendu « une soie kirghize authentique » pour 80 euros. C'était du polyester. On l'a découvert en le lavant à l'hôtel. La galère typique du touriste novice. Mais honnêtement, les brochettes de mouton (chachlik) à 0,80 euros valaient le coup. On en a mangé trois. Goût riche, un peu gras, épices légères. À côté, un vieux vendeur de kumys (lait de jument fermenté) nous l'a fait goûter gratis. C'était... aigre. Presque vinaigré. Pas pour nous. Le troisième jour, on a pris la Marshrutka (minibus) numéro 105 jusqu'à Issyk-Koul, le second plus grand lac d'altitude du monde. Trajet de 4 h 30, assis sur des sièges en vinyle bleu, collés à une grand-mère qui tricotait une chaussette rouge. Douze arrêts, pas de climatisation, odeur de tabac. Coût : 2,50 euros par personne. On est arrivés à Karakol vers 15 h. Karakol : les yurtes et le lac qui gèleKarakol, c'est le point de départ pour les treks montagne. On a dormi à la guesthouse Shepherd's Life (70 euros la nuit avec repas). La proprio, Gulnara, une femme de 62 ans, nous a proposé un trek d'une journée vers les Seven Lakes à 2800 m d'altitude. Levés à 5 h du matin. Froid à moins 12 degrés. On sentait l'air glacé raser notre peau à chaque respiration. Paysage désert et blanc, des montagnes qui se perdent dans la brume. En chemin, on a croisé un campement de yurtes nomades. Famille kirghize avec enfants qui faisaient paître des chevaux. On a pris du thé au beurre salé (très salé, franchement) dans la yurte principale. Les enfants nous fixaient comme des extraterrestres. Une jeune fille de 8 ans a essayé de nous apprendre des mots en kirghiz. On a retenu « salam » et « rakhmat ». Moment de vraie connexion, même sans langage commun. Issyk-Koul en novembre, c'est un géant endormi. Nuages bas qui rasent l'eau, couleur grise sale. On nous a dit que c'était bleu turquoise l'été. On a cru sur parole. Les villages côtiers (Bokonbaevo, Jyrgalan) sont petits, maisons en tôle, antennes de satellite un peu partout. On a mangé une soupe de nouilles (laghman) chez une vieille femme : 1,20 euros, garanti maison. Carrément meilleur que Bishkek. Le retour à Bishkek : frustration logistiqueRetour à Bishkek par Marshrutka. Cette fois, le minibus a clim qui marche à peine et un conducteur qui roulait comme un cinglé. Deux heures d'angoisse à chaque courbe. On a compris qu'aucun code de la route n'existait vraiment. Trois bip du klaxon = je change de file. Voilà le système. On a passé les trois derniers jours à Bishkek à traîner dans les cafés. Café Rebus (un boîte repère de la jeunesse locale) : cappuccino correct à 1,50 euros. Soir du dernier jour, on a dîné au restaurant Kyrgyzstan, rue Toktogul, plat principal (bichon, sorte de ravioli à la viande) à 4 euros. Service lent, mais sympa. Au final, deux semaines intenses en Kirghizstan. C'est un pays qui ne vous lâche pas. Pas poli, pas routinier, imprévisible. On a vu des choses magnifiques (les montagnes autour de Karakol, les levers de soleil), mais aussi des moments galères (la frustration de la barrière linguistique, le froid implacable, les transports aléatoires).
Les bons plans repérés sur place.
Mausolée Manas à Bishkek : gratuit, architecture kitsch, vrai moment de curiosité locale
Marshrutka 105 jusqu'à Issyk-Koul : l'expérience authentique du transport kirghiz (2,50 euros, 4 h 30)
Trek Seven Lakes depuis Karakol : demi-journée, moins 12 degrés, yurtes nomades en route
Marché Osh Bazaar : chachlik à 0,80 euros, attention aux vendeurs de tapis de faux
Café Rebus à Bishkek : cappuccino à 1,50 euros, ambiance jeunesse kirghize, musique locale
Photos — Bishkek et région d'Issyk-Koul
Et au final.
Le Kirghizstan nous a conquis par son authenticité brute, mais sans les décors de carte postale. On reviendrait, mais l'été, pour vraiment explorer les treks. Ce qui nous a un peu déçus : les paysages d'automne/hiver manquent de cette lumière dorée qu'on cherchait.
