Comment ça s'est passé.
Nous sommes arrivés à Berlin-Tegel un mercredi matin à 9h30. Le ciel était gris, chargé, et l'air mordait les joues – température affichée sur le panneau de la gare : 6°C. C'était exactement ce que nous voulions : pas de touristes brûlants, des rues respirables, et une ville qui se montrait sans décorum. Le premier jour, nous avons pris le bus M41 depuis l'aéroport jusqu'à Alexanderplatz. Le trajet dure 45 minutes, coûte 3,80 euros. Notre hôtel, le Circus Berlin à Kreuzberg, n'était qu'à trois stations de U-Bahn. Les murs de la chambre étaient minces – on entendait les voisins tousser. Mais l'accueil était vraiment bienveillant, et le petit-déjeuner incluait du pain pumpernickel noir avec du fromage blanc et de la confiture de groseille. Goût acide, légèrement amer. Nous en avons mangé trois tartines. Le moment marquant a eu lieu au Mémorial du mur de Berlin, Bernauer Strasse. Nous avons visité le centre d'exposition à 11h. Dans la salle principale, une vidéo d'archive montrait des Berlinois de l'Est sauter par une fenêtre en 1961. Un homme âgé près de nous pleurait en silence. C'était étouffant. Nous n'avions pas prévu de rester aussi longtemps, mais nous sommes restés deux heures. L'entrée coûte 12 euros et franchement, ça vaut le coup. Nous avons mangé au Curry 36, une petite échoppe de currywurst mythique à Mehringdamm. La queue était longue même à 14h. Une portion de Currywurst (saucisse avec sauce curry) : 3,90 euros. La texture grillée, presque croustillante sur les bords, contraste avec la sauce épaisse et épicée. Nous avons commandé sans ketchup comme les locaux le recommandaient. Ils avaient raison. Le deuxième jour, direction le Musée Pergamon sur l'Île aux musées. Nous nous sommes levés à 7h pour éviter la foule. À 9h, les portes ouvraient. Le billet musée coûte 14 euros. Voir la Porte d'Ishtar en vrai, en relief, avec ses briques bleu-cyan, nous a figés sur place pendant dix minutes. Pas de photo mentale suffisante, même après toutes les images qu'on a vues avant. Mais voilà la galère : nous avions réservé une table au restaurant Tim Raue (étoilé Michelin, Kreuzberg) pour le soir. Nous sommes arrivés à l'heure exacte, 19h. Le serveur nous a dit qu'il n'y avait pas de réservation à notre nom. Nous avons le mail de confirmation sur le téléphone, mais c'était trop tard – ils avaient donné notre table à quelqu'un d'autre quarante minutes plus tôt. Nous avions payé 180 euros par personne. Dispute courtoise mais frustrante. On a fini au Prism, un restaurant fusion vietnamien-allemand à Mitte. C'était bon, genre très bon (pad thaï réinventé à 16 euros), mais pas ce qu'on avait en tête. Nous n'avons jamais reçu notre remboursement. Le troisième jour était dédié à l'Est. Nous avons marché dans Friedrichshain toute la matinée. La galerie à ciel ouvert de la East Side Gallery – les peintures murales sur 1,3 km d'ancien mur – sent la peinture fraîche et l'humidité du béton mouillé. Novembre à Berlin, c'est aussi une odeur de feuilles mortes qui pourrissent doucement. Certaines fresques sont taggées, certaines s'écaillent. Ce n'est pas un musée intact, c'est une lutte perpétuelle. Nous avons acheté des pretzels chauds à un vendeur près de Ostbahnhof (2,50 euros le kilo) et du vin chaud à un marché de Noël naissant. Le vin était épicé, un peu trop sucré. Les pretzels étaient parfaits : sel grossier, la mie un peu dense et humide à l'intérieur. Les deux derniers jours ont mélangé détente et épuisement. Nous avons visité Charlottenburg Palace (entrée 12 euros), plus tranquille que les musées du centre, avec des plafonds dorés et des tapisseries qui demandaient de la concentration. Le dimanche, marché bio à Markthalle Neun à Friedrichshain, où nous avons grignoté du fromage de chèvre local et des pâtes aux champignons préparées sur place (7 euros). Le soir, apéro à Berghain Kantine – l'espace de restaurant du club berlinois le plus connu du monde. Bière locale (Pilsner Urquell, 5 euros) dans une salle avec du béton brut et des gens qui ne souriaient pas beaucoup. Ambiance sérieuse mais pas hostile. Le vol retour était à 13h. Nous avons pris le M41 tôt. Une passagère âgée nous a aidés à plier nos bagages. Ce genre de petits gestes reste.
Les bons plans repérés sur place.
Mur de Berlin, Bernauer Strasse – exposition de deux heures minimum, apporter des mouchoirs
Curry 36, Mehringdamm – currywurst sans ketchup, queue de 20 minutes garantie
East Side Gallery – marcher les 1,3 km en fin d'après-midi pour la lumière déclinante
Île aux musées, Pergamon inclus – ticket jour entier 29 euros, arrive à l'ouverture à 9h
Marché bio Markthalle Neun, le dimanche – fromage local et plats à emporter, ambiance sans kitch
Photos — Berlin
Et au final.
Berlin nous a marqués différemment que prévu. Moins de « je suis emerveillé », plus de « j'ai compris quelque chose ». L'absence de sourires commerciaux, les blessures visibles de l'histoire, l'énergie dispersée plutôt que concentrée – c'est ce qui rend la ville vraie. Le seul vrai reproche : ce restaurant qui nous a oubliés. Sinon, on y revient.








