Comment ça s'est passé.
Levé à 4 h 30 du matin dans l'hostal Salar de Atacama, rue Caracoles à San Pedro. L'air est glacial à cette altitude, les pieds nus sur le carrelage froid m'ont rappelé qu'on était à 2 400 mètres. Le guide touristique, Carlos, avait confirmé qu'on partirait à 5 h pour le lever du soleil sur les geysers du Tatio. Le bus blanc de la petite agence locale n'avait presque pas de chauffage, et la route non goudronnée du nord a secoué tout le monde pendant deux heures. Les geysers du Tatio, c'était spectaculaire mais déçu : on arrive entre 6 h 30 et 7 h, il y a déjà 200 touristes avec des selfie-bâtons. La vapeur dégageait une odeur de soufre acidulée qui piquait la gorge. L'eau chaude à 86 °C était bien là, mais l'endroit ressemblait à un parking naturel. On a eu un vrai moment d'échange avec une couple argentin près du bassin principal : ils expliquaient comment le gouvernement chilien avait fermé trois sources thermales à cause du tourisme de masse. Ça m'a secoué. San Pedro même, c'est une petite ville poussiéreuse. J'ai mangé à la Taberna del Yak sur la place principale : empanadas de queso fresco à 3 500 pesos (4 euros), et un pisco sour à 5 000 pesos dans un verre usé. Le pisco a ce goût sucré et brûlant qu'on ne trouve qu'ici. On a dormi une deuxième nuit, puis pris le bus long-courrier avec la compagnie Turbus vers San Salvador le lendemain à 15 h 30. Douze heures de route vers le sud, aucun confort, un chauffeur qui dormait à moitié. Puerto Natales, c'est différent. Arrivée à 3 h du matin. L'hôtel Lakeland avait oublié notre réservation. Galère classique : on a du coup dormi à la reception jusqu'à 7 h. Cette expérience m'a rappelé qu'en Patagonie, même les agences « reconnues » ne sont pas fiables. Le lendemain, l'excursion aux grottes du marbre sur le lac General Carrera : 6 heures de bateau avec Catamaranes del Sur. L'eau turquoise était froide au toucher, les gouttes s'écrasaient sur la veste imperméable avec un bruit sec. Les grottes avaient des stalactites lisses, presque usées par les mains des touristes. Le repas du midi, inclus, était une viande cordero trop cuite avec des pommes de terre. Le troisième jour, j'ai voulu faire la rando Torres del Paine sans agence. Erreur. Le sentier est très balisé mais le vent arrache littéralement le chapeau de la tête. À 14 h 45, le parc ferme les accès à cause des rafales. J'ai quitté la montagne à 13 h 30, avec seulement 45 minutes pour voir une tour. Les trois pics calcaires se découvraient par-dessus les nuages gris, mais on était trop bas. Mon guide local m'a avoué qu'en novembre (printemps austral), c'est le mois le plus instable. La dernière nuit avant le retour, café au Última Esperanza (nom de la région, café homonymique sur la calle Eberhard) : un cortado à 2 800 pesos, café très fort, presque brûlé. J'ai discuté avec la serveuse, Verónica, qui a grandi à Punta Arenas. Elle m'a dit que les touristes qui viennent sans préparation souffrent surtout du vent. C'est vrai. Le vent de Patagonie, ça use. Retour via Santiago. Volo Aeromexico à 22 h, depuis l'aéroport de Punta Arenas (très petit, très simple). Aucun problème. Bilan : le Chili, c'est réel, c'est grandiose, mais c'est aussi imprévisible et touristique à certains endroits. Les gens sont chaleureux une fois qu'ils vous connaissent. Le désert d'Atacama est survendu pour ce qu'on voit vraiment. La Patagonie vous écrase avec sa beauté brute, mais elle est dure à apprivoiser.
Les bons plans repérés sur place.
Geysers du Tatio : lever à 4 h 30, soufre, bassins à 86 °C, aller très tôt avant les cars touristiques
Taberna del Yak à San Pedro : empanadas de queso fresco, pisco sour vraiment local, prix honnête
Grottes du marbre (lago General Carrera) : bateau turquoise, stalactites sculptées par l'eau, lunch cordero compris
Torres del Paine : vent violent, vue des trois pics entre 13 h 30 et 14 h avant fermeture, sentier Nikol Nikol ouvert mais instable
Route Turbus San Pedro-Puerto Natales : 12 h, chauffeur fatigué, vrai voyage en bus chilien, arrivée 3 h du matin
Et au final.
Dix-sept jours pour comprendre le Chili du nord au sud : fascinant et compliqué en même temps. J'ai adoré les rencontres humaines, moins aimé l'organisation touristique commerciale qui efface l'authenticité des sites. À refaire, mais avec moins d'agences, plus d'improvisation.